Départ des médecins cubains: «un désastre»

BrésilJair Bolsonaro a lancé une offensive contre les médecins cubains. Ils doivent désormais quitter le Brésil, un coup dur pour certaines régions rurales.

8300 médecins devront rentrer avant le 12 décembre.

8300 médecins devront rentrer avant le 12 décembre. Image: Folhapress

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Le départ du docteur Miguel, le seul qu'on avait ici, est un désastre», se désole Enedina de Olivera, une retraitée brésilienne, après l'arrêt brutal du programme de coopération avec Cuba «Mais Médicos» (Plus de médecins).

Cette femme de 65 ans est assise devant chez elle, à quelques mètres du modeste dispensaire où il soignait les 4000 habitants du faubourg défavorisé de Vila Mutirão, dans la localité d'Alexania située dans l'Etat de Goias, à 90 km de la capitale Brasilia.

Il y a deux ans, le jeune médecin Miguel Pantoja, de Camagüey (centre de Cuba), était arrivé dans le cadre de «Mais Médicos» lancé en 2013 par la présidente de gauche Dilma Rousseff.

L'idée était d'amener des médecins dans les déserts médicaux de régions pauvres et rurales du Brésil, pas assez attirantes pour les généralistes brésiliens.

Remis en question

Mais avant même son installation au pouvoir en janvier prochain, le président élu d'extrême droite Jair Bolsonaro, farouche anticommuniste, a lancé une offensive contre les médecins cubains.

Il a mis en question leurs compétences, leurs conditions de travail proches de «l'esclavage», avec leur gouvernement qui retient 70% de leur salaire et leurs familles qui ne sont pas autorisées à les accompagner.

La Havane a accusé le coup et aura fait rentrer ses quelque 8300 médecins avant le 12 décembre. Il n'y aura plus de «diplomatie de la blouse blanche» cubaine dans le Brésil de Bolsonaro.

Coup dur pour les habitants

«Ils vont devoir envoyer quelqu'un sinon qu'est-ce qu'on va faire?», demande Mme De Oliveira, dont le généraliste cubain soignait les problèmes de thyroïde.

Son départ avec celui de milliers d'autres médecins est un coup dur pour les habitants des zones isolées de l'immense Brésil, qui vont se retrouver sans aucun médecin. Le Dr Pantoja, 30 ans, qui a laissé une fille à Cuba, a mis sa blouse blanche pour la dernière fois. Les patients arrivent à vélo, sous un soleil ardent. Une mère lui confie son bébé. Une femme âgée l'embrasse très chaleureusement.

Pantoja est mince, porte un jean, et se fond dans la population multiculturelle du Brésil. Dès cette semaine, le gouvernement a lancé des appels à candidature pour combler les vides laissés par les Cubains, mais beaucoup redoutent que les recrutements soient lents et que ces postes n'intéressent personne.

Comme à Alexania, cette petite ville de 30'000 habitants avec seulement 10 médecins généralistes, dont six étaient cubains. Vingt autres médecins brésiliens exercent à l'Hôpital Municipal.

«On va souffrir»

Le même jour de cette fin de semaine, à l'aéroport de Brasilia, des dizaines de médecins -- les premiers à rentrer -- attendent dans une longue file le moment d'embarquer. Certains rapportent chez eux des appareils d'électro-ménager et même des animaux domestiques.

«Qu'on le veuille ou non, on va souffrir» de la situation «parce qu'une partie des postes ne sera pas pourvue de nouveau. C'est mathématiquement impossible», dit à l'AFP le maire d'Alexania, Allyson Silva Lima.

Le dr Pantoja n'est que l'un des milliers de médecins envoyés par Cuba depuis des décennies dans plus de 60 pays amis, comme l'Equateur, le Venezuela, l'Angola ou l'Algérie, un motif d'orgueil et une source de devises pour La Havane.

Le Brésil versait à la Havane un salaire de 3000 dollars par mois pour chaque médecin cubain, qui n'en percevait que 30%, tout en continuant de toucher son modeste salaire à Cuba et d'y garder son poste.

«C'est un pays où beaucoup de choses sont gratuites», explique le dr Pantoja, «c'est très difficile de soutenir la croissance économique». L'argent que ponctionne La Havane «va aux universités, aux écoles, aux hôpitaux dont Cuba a besoin. La santé comme l'université sont entièrement gratuites.»

Défections

Mais depuis quatre ans, il y a eu des défections et quelque 150 médecins cubains ont fait des démarches légales pour exercer au Brésil. Beaucoup se sont mariés au Brésil. L'association médicale brésilienne (AMB), très critique envers le fait que les Cubains peuvent exercer sans revalider leur formation au Brésil, estime qu'il est faux que les médecins ne veuillent pas exercer partout au Brésil.

«Ce qui fait défaut, c'est une politique, des crédits, des structures adaptées pour que la médecine brésilienne puisse être exercée dans toute sa plénitude», dit à l'AFP son président Lincoln Lopes Ferreira. (afp/nxp)

Créé: 24.11.2018, 07h40

Articles en relation

La viande halal à l'épreuve de Bolsonaro

Brésil Le président Bolsonaro veut transférer l'ambassade du Brésil à Jérusalem. Les producteurs brésiliens de viandes halal redoutent des répercussions négatives. Plus...

L'ambassade du Brésil sera transférée à Jérusalem

Diplomatie Benjamin Netanyahu a salué la décision «historique » de Jair Bolsonaro de transférer l'ambassade du Brésil de Tel-Aviv à Jérusalem. Plus...

Une ère de rupture s'ouvre pour le Brésil

Bolsonaro président A peine élu, le nouveau président brésilien d'extrême droite commence à préparer la transition vers un régime de rupture. Plus...

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.