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Procédure en destitutionLe Congrès américain repousse le vote

Les parlementaires voteront vendredi sur les deux chefs d'inculpation retenus contre Trump dans l'affaire ukrainienne.

Après quatorze heures d'un débat houleux, les démocrates ont surpris en repoussant à vendredi l'adoption attendue en commission de l'acte d'accusation de Donald Trump, qui marquera une étape décisive avant le vote historique sur son probable renvoi en procès pour destitution.

«Tribunal fantoche», «dictateur»: marquées par les déclarations outrées de républicains, les dernières minutes de ce débat-fleuve ont, comme toute la procédure, reflété les profondes divisions des Américains sur le sujet. Avec virulence, les élus de la commission judiciaire de la Chambre des représentants débattaient depuis la matinée des deux chefs d'inculpation retenus par les démocrates contre le président dans l'affaire ukrainienne: «Abus de pouvoir» et «entrave à la bonne marche du Congrès».

Peu après 23h, le chef démocrate de la commission a annoncé qu'il ajournait le débat jusqu'à vendredi 10h (16h en Suisse). Un vote est alors attendu sur chacun des chefs d'inculpation. Il reviendra ensuite à la Chambre de voter sur ces textes lors d'une séance plénière, prévue mercredi selon des médias américains.

Face à ce feu nourri, le chef démocrate de la commission, Jerry Nadler, a imploré ses collègues républicains de «ne pas justifier un comportement» présidentiel dont ils savent «au fond de leur coeur qu'il est mauvais».

Comme chaque camp reste soudé, Donald Trump est quasi assuré d'être mis en accusation à la chambre basse, où les démocrates disposent d'une majorité confortable, puis acquitté au Sénat, contrôlé par les républicains, sans doute dès janvier. Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, l'a d'ailleurs affirmé jeudi soir sur Fox News: «Il n'y a aucune chance que le président soit destitué.»

Sa mise en accusation au Congrès entachera néanmoins le bilan de Donald Trump et ternira sa campagne de réélection. Avant lui, seuls deux présidents américains, Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998, ont vécu une telle épreuve. Mis en cause dans le scandale d'espionnage politique du «Watergate», le républicain Richard Nixon avait démissionné en 1974 pour éviter cet «impeachment».

«Au-dessus des lois»

Lors du débat en commission, les républicains ont dénoncé une «mascarade» ou encore un «coup monté» contre le président. «Personne n'est au-dessus des lois», ont rétorqué les démocrates. «Aucun président n'est censé être un dictateur aux États-Unis», a renchéri le chef de la commission, Jerry Nadler.

Donald Trump est dans la tourmente pour avoir demandé, cet été, à l'Ukraine d'enquêter sur le démocrate Joe Biden, bien placé pour l'affronter lors de la présidentielle de 2020, et sur les affaires de son fils Hunter dans ce pays. Or, une aide militaire cruciale pour Kiev, en conflit armé avec la Russie, avait été bloquée quelques jours avant cette demande, sans explication.

De ces faits incontestés, démocrates et républicains tirent des conclusions aux antipodes. Pour les premiers, Donald Trump a commis un «abus de pouvoir» à des fins personnelles, mettant en jeu l'intégrité des élections et la sécurité des États-Unis.

Les démocrates lui reprochent aussi d'avoir ensuite «entravé» le travail du Congrès en refusant de participer à leur enquête. Jugeant la procédure «inconstitutionnelle», la Maison-Blanche a en effet interdit à des conseillers du président de témoigner ou de fournir des documents réclamés par la Chambre.

«Examen de conscience»

Donald Trump et ses partisans jurent de leur côté qu'il n'y a eu «aucune pression» exercée sur l'Ukraine et que les demandes d'enquête étaient légitimes pour lutter contre des soupçons de «corruption». Selon eux, Hunter Biden a été employé par le groupe gazier ukrainien Burisma uniquement parce que son père était à l'époque vice-président des États-Unis.

Ces échanges n'ont pas échappé à Donald Trump, qui a tweeté ou retweeté plus de cent fois jeudi, un record, dont des dizaines de messages sur la procédure de destitution. L'impact de cette procédure sur l'opinion est incertain, les Américains apparaissant divisés: 47,3% pour et 45,9% contre, selon la moyenne des sondages établie par le site FiveThirtyEight.

En annonçant l'ajournement jeudi soir, Jerry Nadler a affirmé qu'il voulait laisser le temps aux élus de «faire un examen de conscience avant de se prononcer». Furieux, les républicains l'ont accusé de les avoir trahis en modifiant par surprise le calendrier.

Les démocrates ont répliqué que les républicains avaient tenté, en proposant une litanie d'amendements, de dissimuler ce vote embarrassant pour Donald Trump au milieu de la nuit. «Nous voulons le faire en pleine lumière du jour», a expliqué un démocrate. «Les Américains méritent la vérité», a tweeté une autre.

AFP

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