Deux ex-tortionnaires syriens présumés devant la justice européenne

BerlinUn ancien directeur de prison de Damas et un ex-membre des services secrets qui ont fait défection au régime d'al-Assad en 2012, réfugiés en Allemagne, vont être traduits en justice.

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Deux Syriens, ex-membres des services secrets, ont été mis en accusation pour crimes contre l'humanité en Allemagne, a annoncé mardi le parquet fédéral. Cette décision ouvre la voie au premier procès au monde de responsables syriens pour les exactions commises sous le régime de Bachar el-Assad.

Les deux hommes avaient été arrêtés en février en Allemagne. Ils sont sont soupçonnés d'avoir été actifs dans une prison de Damas, où des actes de torture ont été commis. Un troisième suspect, lui aussi syrien, avait été interpellé le même jour en France. Il avait été mis en examen et écroué peu après pour «complicité de crimes contre l'humanité». La décision de la justice allemande constitue un «signal important en particulier pour les victimes du système de torture d'Assad», s'est félicité Wolfgang Kaleck, secrétaire général de l'ONG allemande ECCHR, qui a appuyé des plaintes de Syriens réfugiés en Allemagne contre des dirigeants de leur pays.

Le très probable procès «nous donne, à nous survivants, l'espoir d'une justice» pour les crimes sanglants commis depuis huit ans et demi en Syrie, a jugé un Syrien, ancien détenu de la prison Al-Khatib où sévissaient les deux suspects. Le procès, qui devrait se tenir à Coblence (ouest), devrait débuter début 2020, selon l'ONG.

Coups, électrochocs, sévices sexuels

Le principal suspect dirigeait la prison damascène où, selon le parquet, au moins 4000 personnes ont subi des actes de torture entre la fin avril 2011 et le début septembre 2012. «Au moins 58 personnes sont mortes suite aux sévices» qu'elles ont subis.

Les détenus de cette geôle avaient pour beaucoup participé aux manifestations réclamant liberté et démocratie dans le sillage des «Printemps arabes» à partir de mars 2011. Ils y ont reçu «des coups de poing, de bâtons, de câbles, de fouet» et subi «des électrochocs», détaille le parquet.

Certains ont été pendus par les poignets «de manière à ce que seules les pointes des pieds touchent encore le sol» et «ont continué à être battus dans cette position», poursuit-il. Il évoque aussi «des privations de sommeil pendant plusieurs jours» et «au moins un cas de viol et de sévices sexuels graves».

Le principal suspect «a approuvé et surveillé (...) le recours à ces tortures brutales et systématiques», précise encore la justice. Ancien de la direction des renseignements secrets généraux syriens, il aurait fait défection au régime d'Assad en 2012 avant de venir en Allemagne comme réfugié en 2014.

L'autre suspect est accusé d'avoir à l'automne 2011 participé à l'interpellation et à la torture «d'au moins 30 personnes» lors d'une manifestation à Douma, fief rebelle près de Damas. Il avait quitté la Syrie en février 2013 avant de rejoindre l'Allemagne en avril 2018.

Investigations «César»

Ces trois arrestations étaient intervenues dans le cadre d'une enquête franco-allemande directement liée aux investigations «César», un ancien photographe de la police militaire syrienne, exfiltré sous ce pseudonyme. En 2014, il avait révélé des dizaines de milliers de photos effroyables montant des corps torturés et suppliciés dans les geôles du régime entre 2011 et 2013.

Les enquêteurs travaillent par ailleurs à partir des témoignages de victimes de ces tortures ou de proches de victimes réfugiées en Europe.

Ces recours s'appuient sur le principe juridique de la compétence universelle qui permet à un Etat de poursuivre les auteurs de crimes quels que soient leur nationalité et l'endroit où ils ont été commis. L'Allemagne et la France figurent parmi les rares pays au monde à appliquer ce principe.

C'est actuellement la seule possibilité de juger les crimes commis en Syrie. La perspective d'une saisine de la Cour pénale internationale reste «bloquée en raison des vétos russe et chinois au Conseil de sécurité de l'ONU», selon la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), au moins 60'000 personnes sont mortes sous la torture ou à cause des terribles conditions de détention dans les prisons du régime où quelque 500'000 personnes au total ont été incarcérées depuis 2011. La guerre en Syrie a fait plus de 360'000 morts. (ats/nxp)

Créé: 29.10.2019, 11h56

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