Donald Trump ironise à propos de la destitution

États-UnisLe président américain a promis qu'il soutenait «pleinement la transparence» sur le lanceur d'alerte dans l'affaire ukrainienne.

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«Pas de pression, rien du tout»: Donald Trump a contesté mercredi toute irrégularité après la publication du contenu d'un échange dans lequel il demande à son homologue ukrainien d'enquêter sur son rival Joe Biden. Cet échange, «accablant» pour les démocrates, met en difficulté le 45e président américain, désormais menacé par une procédure de destitution explosive.

De nouveaux développements dans cette affaire sont à attendre jeudi avec l'audition par le Congrès du directeur du renseignement national, Joseph Maguire, qui avait d'abord refusé de leur transmettre le signalement à l'origine du scandale, rédigé par un lanceur d'alerte membre des services de renseignement. Ce mystérieux document, dont tout Washington attend la publication, a été consulté mercredi soir par un groupe restreint de parlementaires à huis clos.

«Il est évident qu'il y a beaucoup de choses très troublantes là-dedans», a déclaré le sénateur républicain Ben Sasse en sortant. Mais sa voix restait plutôt isolée dans son camp. Chez les démocrates, plusieurs élus ont jugé ce document «profondément troublant». Leur leader au Sénat, Chuck Schumer, a appelé à sa «publication immédiate».

Promettant la «transparence» sur ce mystérieux lanceur d'alerte qui a fait part à sa hiérarchie de ses inquiétudes concernant l'appel entre le président ukrainien Volodymyr Zelensky et Donald Trump, ce dernier a toutefois déclaré que l'agent n'avait eu accès qu'à des informations «supposément de seconde main».

Visiblement fatigué, presque abattu, le milliardaire républicain a tenté jeudi de balayer les critiques en se posant en président actif sur tous les fronts diplomatiques, pendant que ses adversaires démocrates s'acharnaient, selon lui, dans des «chasses aux sorcières» sans fin.

«Une destitution pour ça ? C'est une blague!», a-t-il lancé lors d'une conférence de presse dans un hôtel new-yorkais, proche du siège des Nations unies. «Les démocrates ont fait ça durant le semaine des Nations unies, c'était tout planifié...», a-t-il avancé.

«Si vous pouviez vous pencher dessus»

La transcription de cet échange, que la Maison Blanche a fini par publier, sur la base de notes prises par des conseillers américains, jette une lumière crue sur la relation asymétrique entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, un novice en politique élu en avril à la tête d'un pays très dépendant de l'aide américaine.

Après avoir souligné que son pays «a été très très bon à l'égard de l'Ukraine» sans que cela ait été «forcément réciproque», Donald Trump évoque Joe Biden, parmi les favoris de la course à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2020, et les affaires en Ukraine de son fils Hunter. «Beaucoup de gens veulent en savoir plus sur le sujet, donc cela serait formidable si vous pouviez vous pencher dessus», dit-il à Volodymyr Zelensky.

Donald Trump propose à son homologue ukrainien de travailler en coopération avec son avocat Rudy Giuliani et avec le ministre de la Justice Bill Barr, et précise que les deux juristes vont se mettre en contact avec lui prochainement. Dans son échange, Donald Trump ne brandit pas de menace concrète et ne propose pas directement de contrepartie. Mais il invite le président ukrainien à la Maison Blanche aussitôt après avoir écouté sa réponse sur Joe Biden.

Mercredi, Donald Trump a assuré que cet échange était parfaitement «anodin» et qu'il n'avait exercé «aucune pression» sur Volodymyr Zelensky. «Ce fut un bon échange téléphonique, normal», a abondé Volodymyr Zelensky lors de sa première rencontre avec Donald Trump, à New York. «Personne n'a fait pression sur moi», a-t-il encore assuré, tout en soulignant ne pas vouloir «être impliqué dans les élections aux Etats-Unis».

«Chef mafieux»

Malgré ces dénégations, les démocrates ont jugé que la transcription reflétait «sans ambiguïté un abus choquant et accablant de la fonction présidentielle pour un gain politique personnel».

«C'est comme cela qu'un chef mafieux parle: Qu'avez-vous fait pour nous? Nous en avons tellement fait pour vous mais cela n'est pas très réciproque. J'ai un service à vous demander », a estimé l'un de leurs leaders, le représentant Adam Schiff.

A quelques 400 jours du scrutin, les démocrates ont lancé mardi la première étape de la mise en accusation solennelle du président, une procédure rare et explosive qui a peu de chances d'aboutir à sa destitution, mais jette une ombre sur sa campagne de réélection. Ils le soupçonnent d'avoir gelé une aide de près de 400 millions de dollars destinée à Kiev pour forcer le président ukrainien à l'aider. Dans l'échange entre les deux hommes, Donald Trump ne mentionne pas cette aide.

Compte-tenu de la majorité démocrate à la Chambre, Donald Trump risque bien d'être mis en accusation (un «impeachment), ce qui n'est arrivé qu'à deux de ses prédécesseurs. La chaine NBC News estimait mercredi soir que 218 membres sur les 435 que compte la Chambre (soit la majorité nécessaire) soutenaient cette option.

Mais le Sénat, où les républicains sont majoritaires, devra ensuite instruire le «procès» du président et rendre son verdict à une majorité des deux-tiers. Pour que le milliardaire new-yorkais soit destitué, les démocrates devraient convaincre 20 sénateurs républicains, ce qui paraît hautement improbable à ce stade. (afp/nxp)

Créé: 25.09.2019, 23h13

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