Donald Trump provoque l’escalade avec l’Iran

Moyen-OrientLa mort du général Soleimani a entraîné des promesses iraniennes de «vengeance».

Le général Qassem Soleimani était le commandant de la Force Al-Qods, l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution islamique.

Le général Qassem Soleimani était le commandant de la Force Al-Qods, l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution islamique. Image: AP

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Donald Trump avait tourné la page de 2019 en affirmant le 31 décembre depuis sa propriété de Floride: «Je veux la paix. J’aime la paix.» Quarante-huit heures plus tard, le président des États-Unis a entamé 2020 sur le pied de guerre en ordonnant l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani jeudi à Bagdad. Et le Pentagone a annoncé vendredi au «Washington Post» le déploiement de 3500 soldats américains au Moyen-Orient en réponse à la promesse de l’Iran de prendre «sa revanche». Sur son compte Twitter, l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême iranien, a assuré qu’une «vengeance implacable» attendait «les criminels qui ont sur leurs mains le sang» du général Soleimani et «celui des autres martyrs».

Donald Trump, qui devait se rendre vendredi soir depuis son lieu de villégiature en Floride à un meeting électoral à Miami avec des représentants de la droite évangélique américaine, a déclaré lors d’une brève allocution à la nation que l’opération militaire visant le général Soleimani «aurait dû être entreprise il y a longtemps». «De nombreuses vies auraient pu être épargnées», a affirmé le président des États-Unis. «Nous avons agi hier soir pour stopper une guerre. Nous n’avons pas agi pour déclencher une guerre.»

«Une nouvelle guerre»

Cette opération s’est produite en marge de la rentrée politique au Congrès et a provoqué de nouvelles divisions entre élus démocrates et républicains. Dans une allocution largement dédiée au procès de Donald Trump qui devrait s’ouvrir prochainement au Sénat et pourrait aboutir à sa destitution, Chris Van Hollen, un sénateur démocrate, a fustigé les «actions du président» des États-Unis en Iran, qui «pourraient être l’étincelle déclenchant une nouvelle guerre au Moyen-Orient». L’élu du Maryland a assuré que les Américains étaient plus «en danger» depuis la mort du général Soleimani.

Les démocrates ont aussi critiqué la décision de Donald Trump d’autoriser l’opération militaire contre le général Soleimani à Bagdad sans en avoir prévenu le Congrès. «L’absence de préavis peut conduire à des décisions hâtives et inconsidérées», a martelé le sénateur new-yorkais Chuck Schumer après avoir indiqué que «personne ne devrait verser une larme pour le terroriste». Le chef de file de la minorité démocrate au Congrès a réclamé des «réponses» de la part de la Maison-Blanche.

«Un salopard diabolique»

Dans le camp républicain, les élus ont félicité la décision prise par Donald Trump. Mitch McConnell a applaudi la mort du «cerveau terroriste iranien» dans un discours au Congrès lui aussi consacré à la procédure de destitution de Donald Trump, qu’il a une nouvelle fois vivement critiquée. Ben Sasse, un élu conservateur qui s’était démarqué de Donald Trump par le passé, a cette fois loué la mort d’un «salopard diabolique qui a assassiné des Américains».

L’assassinat du général Soleimani marque le point d’orgue d’une escalade entre Washington et Téhéran qui a débuté lorsque Donald Trump a annoncé le 8 mai 2018 le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran négocié par son prédécesseur Barack Obama. Cette décision a été rapidement accompagnée de l’introduction de nouvelles sanctions économique américaines visant l’Iran en août 2018.

Les tensions se sont accrues en 2019 lorsque l’Iran a abattu un drone américain en juin et a annoncé en juillet la reprise de ses activités d’enrichissement d’uranium. Les fronts se sont encore durcis à la fin du mois de décembre lorsqu’un civil américain a été tué au cours d’une attaque perpétrée par la milice Kataeb Hezbollah contre une base militaire irakienne. Deux jours plus tard, le 29 décembre, les États-Unis ont riposté par des frappes qui ont fait 25 morts au sein du mouvement pro-iranien en Irak. Cette opération militaire a elle-même provoqué le 31 décembre l’invasion de l’une des enceintes de l’ambassade américaine à Bagdad par des milliers de miliciens pro-iraniens et des civils.

«Ni guerre ni paix»

Depuis son arrivée à la Maison-Blanche en janvier 2017, Donald Trump a passé la majorité de son mandat à prôner le désengagement militaire américain en Syrie, en Afghanistan et en Irak. Cette volonté est aujourd’hui testée par le raid contre le général Soleimani. «Il est dur d’imaginer une résolution diplomatique», estime Ray Takeyh, un expert de la question iranienne au Council on Foreign Relations, dans une analyse publiée par l’organisation. «La République islamique va probablement poursuivre sa stratégie du «ni guerre ni paix» annoncée par Ali Khamenei, le guide suprême iranien, lorsque les États-Unis se sont retirés de l’accord nucléaire avec l’Iran en 2018. C’est pourquoi la tâche de l’administration Trump est de continuer à affaiblir l’Iran. Et ses succès sur ce front sont notables. Elle a déjà détruit l’économie iranienne et a éliminé l’un de ses commandants les plus notoires.»

Créé: 04.01.2020, 08h38

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Le puissant général était adulé par tous

C’était un homme clé du Moyen-Orient, architecte de l’influence iranienne dans la région. Respecté même par ses détracteurs, le général Qassem Soleimani faisait l’unanimité dans la population, certains le voyant même comme un potentiel leader du pays, succédant à l’actuel président Hassan Rohani.

Qassem Soleimani est né en 1957 dans une famille d’agriculteurs pauvres de Rabor, dans l’est de l’Iran, selon son autobiographie citée par «The Guardian». Il s’enrôle dans l’armée à la Révolution de 1979, dans le corps des Gardiens de la révolution islamique, la Force Al-Qods. En 1998, il est à la tête de cette unité d’élite chargée des opérations extérieures de la République islamique d’Iran. Selon le «New York Times», il s’est distingué pour la première fois lors de la guerre Iran-Irak, entre 1980 et 1988, en menant des missions de reconnaissance derrière les lignes ennemies.

Le puissant général a toujours agi dans l’ombre, en Irak et en Syrie, pour asseoir l’influence de l’Iran dans ces pays. Il va même jusqu’à soutenir l’invasion américaine en Afghanistan, au lendemain du 11 septembre. Plaide, en homme pragmatique, une collaboration avec Washington pour renverser les talibans. C’est aussi lui qui, à la chute de Saddam Hussein en 2003, négocie avec les diplomates de George Bush la formation du premier gouvernement intérimaire, portant au pouvoir les exilés chiites irakiens de Téhéran. C’est un incontournable dès le début du conflit en Syrie en 2011, où l’Iran apporte une aide précieuse au régime de Bachar el-Assad.

«Pour les chiites du Moyen-Orient, c'est un mélange de James Bond, Erwin Rommel et Lady Gaga», écrivait l’ancien analyste de la CIA Kenneth Pollack dans son portrait de Soleimani pour le numéro de «Time» consacré aux 100 personnalités les plus influentes du monde en 2017. À l’annonce de sa mort, des dizaines de milliers d’Iraniens sont descendus dans les rues de Téhéran.

Virginie Lenk

La Suisse veut éviter la surenchère

Signe de la montée des tensions, le chargé d’affaires de l’ambassade de Suisse en Iran a, pour la deuxième fois en quelques jours, été convoqué vendredi par le Ministère des affaires étrangères iranien. «Il a été informé de la position défendue par l’Iran et a transmis pour sa part le message que les États-Unis l’ont chargé de remettre», précise un porte-parole du DFAE. Ce dernier «invite les deux parties à éviter toute escalade».

Depuis la crise des otages en 1980, la Suisse représente en effet les intérêts américains en Iran, maintenant ainsi le seul canal de communication diplomatique entre les deux pays. Début décembre encore, elle a joué le rôle de facilitateur dans l’échange de deux prisonniers.

Daniel Warner, politologue américano-suisse, invite cependant à ne pas surestimer le rôle diplomatique que la Suisse peut revêtir dans cette crise: «La fonction de messager qu’elle remplit est absolument nécessaire, et sera de plus en plus importante. Ce serait cependant le moment de passer à une neutralité active, comme cela a été le cas lors de la crise des otages en 1980. Reste à voir ce que Berne décidera. Toutefois, il sera très difficile d’en faire davantage, car Donald Trump ne comprend pas la diplomatie traditionnelle et n’a aucun contrepoids dans son entourage.»

Pour l’expert, le principal risque pour la Suisse est de perdre sa neutralité, alors que l’année dernière le président Ueli Maurer avait rencontré Donald Trump mais pas son homologue iranien, «ce qui donne l’impression que la Suisse n’est pas tout à fait neutre».

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