Donald Trump, roi de la provocation

Etats-UnisLe candidat républicain fait encore des vagues en proposant d’interdire aux musulmans d’entrer aux Etats-Unis. Or il domine toujours les sondages républicains.

Malgré ses dérapages verbaux à répétition, Donald Trump reste en tête des sondages pour l'investiture républicaine.

Malgré ses dérapages verbaux à répétition, Donald Trump reste en tête des sondages pour l'investiture républicaine. Image: AFP

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Les républicains semblent pris de court face au phénomène Donald Trump. Le milliardaire a de nouveau provoqué une déflagration politique en proposant lundi d’interdire aux musulmans d’entrer aux Etats-Unis. «Il est clair que la haine dépasse l’entendement», a affirmé le candidat républicain à la présidentielle en faisant référence à un sondage du Center for Security Policy, selon lequel 25% des musulmans vivant aux Etats-Unis estiment que les actes de violence contre les Américains sont justifiés. «Nous devons déterminer d’où vient cette haine. D’ici à ce que nous puissions comprendre ce problème et la menace qu’il pose, notre pays ne peut pas être victime d’attaques horribles de la part de gens qui ne croient qu’au djihad.»

Au cours d’un meeting de campagne lundi soir en Caroline du Sud, Donald Trump a fait un triomphe en présentant son plan. Il s’est justifié en prétendant qu’il avait des amis musulmans soutenant son idée: «Ce sont de gens formidables, mais ils savent que nous avons un problème parce que quelque chose est en train de se passer et que nous sommes démunis face à cela.»

Paul Ryan, président républicain de la Chambre des représentants, a désavoué Donald Trump mardi matin. «La liberté de religion est l’un des principes fondamentaux de notre Constitution», a-t-il déclaré à Washington. «Cela (ndlr: le projet de Donald Trump) n’est pas du conservatisme. Ce qui a été proposé hier (ndlr: lundi) n’est pas représentatif de ce qu’est ce parti. Et, plus important encore, ce n’est pas représentatif de ce qu’est ce pays.»

La recette gagnante

Les provocations à répétition de Donald Trump ont fait de lui le favori pour l’investiture républicaine à l’élection présidentielle de 2016. A moins de deux mois des premiers caucus de l’Iowa, deux nouveaux sondages publiés cette semaine offrent néanmoins des résultats contradictoires dans cet Etat du Midwest. Le premier, réalisé par CNN, place Donald Trump largement en tête avec 33% des intentions de vote. Il y devance le sénateur texan Ted Cruz (20%) et Ben Carson, le seul candidat noir en lice chez les conservateurs (16%). Le second, réalisé par Monmouth University, place Cruz, candidat du Tea Party, en tête avec 24% des intentions de vote devant Trump (19%) et Marco Rubio, sénateur de Floride (17%).

Pour un Donald Trump qui se targue constamment de faire la course en tête dans les sondages, ces résultats sont potentiellement inquiétants. «Donald Trump a construit avec talent sa campagne sur la théorie de l’exceptionnalisme américain», analyse Jennifer Mercieca, experte en rhétorique politique à la Texas A & M University. «Il promet de faire de nouveau de l’Amérique un pays d’exception. Il se présente comme l’homme qui incarne la réussite, la richesse et la force. Sa rhétorique de la division est la conséquence de son message sur l’exception américaine qui plaît à un segment de la population. Dans ce contexte, Donald Trump ne peut pas se permettre de reculer dans les sondages sous peine de passer pour un perdant.»

Dans l’Iowa, un Etat terrien dont les préoccupations semblent bien éloignées de celles de Donald Trump, la campagne et la personnalité du milliardaire new-yorkais divisent profondément républicains et démocrates. «Il y a une profonde colère vis-à-vis de la direction qu’a prise ce pays», explique John Wills, un représentant étatique républicain du nord de l’Iowa qui soutient Marco Rubio. «Trump dit des choses que les gens ont envie d’entendre, même si ceux-ci ne sont pas toujours d’accord avec lui.» John Mills est un vétéran de l’armée américaine qui a servi en Irak et en Afghanistan. «Les gens sont frustrés de voir que les politiciens ne font pas le travail pour lequel ils ont été élus, poursuit-il. Et ils apprécient l’honnêteté de Trump.»

Dans la banlieue de Des Moines, Miyoko Mikiji, une jeune femme qui a combattu en Irak, fait campagne pour le Sénat étatique sous la bannière démocrate (lire ci-dessous). Elle tombe des nues lorsqu’elle entend les propos de Donald Trump. «Trump est venu il y a quelques semaines parler dans une école de ma ville, raconte-t-elle. Un des élèves lui a demandé ce jour-là s’il était prêt à nommer un musulman dans son gouvernement et il a répondu oui. Ce qu’il a dit lundi est bien différent. Pour moi, Donald Trump est beaucoup plus un rebelle qu’un révolutionnaire.»

Le ton guerrier adopté par les candidats républicains à la présidentielle au lendemain des attentats de Paris et de San Bernardino laisse aussi Miyoko Mikiji songeuse. «Nous ne pouvons pas anéantir tous les gens que nous n’aimons pas, poursuit-elle. Ce n’est pas une stratégie viable à long terme. Et je pense que les électeurs vont être plus sensibles à notre message selon lequel notre plus grande force est la paix.»

Bagarre en vue

Dans l’ombre de Donald Trump, le sénateur Ted Cruz commence à récolter les fruits d’une campagne construite elle aussi autour d’un programme ultraconservateur sans les provocations du milliardaire new-yorkais. Marco Rubio, charismatique sénateur républicain de Floride, a aussi solidifié les fondations de sa candidature ces derniers mois grâce à ses bonnes performances lors des débats télévisés. Il récolte les voix des républicains qui privilégient un candidat moins conflictuel que Trump pour l’élection présidentielle de novembre 2016. Jeb Bush, frère cadet de George Bush, est désormais largement distancé dans les sondages dans l’Iowa.

«Nous nous attendons à une forte mobilisation le 1er février prochain», prédit Scott Adkins, président du Parti républicain à Waterloo, dans l’Iowa. «Nous avons douze candidats qui ont des idées différentes, mais une conviction commune: si Hillary Clinton est élue, nous devrons vivre pendant quatre ans de plus avec la politique de Barack Obama. Et les gens ici sont frustrés parce qu’ils pensent que nous n’avons pas de leader fort à la Maison-Blanche.»


Les républicains se déchirent, Hillary Clinton pose ses marques

Le calme dans le camp démocrate contraste avec les vives batailles républicaines. Après des débuts difficiles, Hillary Clinton semble avoir trouvé son rythme de croisière à moins de 2 mois des premiers caucus de l’Iowa, le 1er février prochain. Selon le dernier sondage de l’Université Monmouth, l’ancienne secrétaire d’Etat possède une confortable avance sur Bernie Sanders, son plus proche rival dans l’Iowa. Elle recueille 55% des intentions de vote contre 33% pour le sénateur du Vermont. Martin O’Malley, l’ancien gouverneur du Maryland, est loin derrière avec 6% des sondés.

Dans ce contexte, Hillary Clinton peut déjà se permettre de mener une campagne nationale en prévision de la présidentielle de novembre 2016. Ce vendredi, elle se rendra dans l’Oklahoma, un Etat dominé par les républicains, et dans le Missouri, un Etat très disputé. Selon le site Internet Politico, qui a interviewé certains des principaux donateurs de la campagne d’Hillary Clinton, cette dernière se prépare à affronter trois adversaires potentiels pour la Maison-Blanche: Donald Trump, Ted Cruz et Marco Rubio.

La candidature présidentielle d’Hillary Clinton inspire plusieurs femmes démocrates à faire campagne au niveau local et étatique. Un éditorialiste du Des Moines Register, le principal quotidien de l’Iowa, a qualifié ces candidates de «femmes révoltées». Parmi elles, on retrouve Miyoko Mikiji qui fait campagne pour le Sénat de l’Iowa, ainsi que Claire Celsi, une femme qui brigue la Chambre des représentants de l’Iowa. «Hillary Clinton mène une campagne extrêmement bien organisée, estime Claire Celsi. Elle est intelligente. Je pense que les résultats pour les démocrates seront bien différents de ceux de 2014 (ndlr: les élections parlementaires avaient donné lieu à une vague républicaine), car les gens se mobilisent beaucoup plus lors des présidentielles.»

En 2014, l’Iowa avait élu Joni Ernst au Sénat, une femme qui avait projeté une image de force très «masculine» pendant sa campagne. «Nous avons eu un problème de message, reconnaît Miyoko Mikiji. Mais nous y avons travaillé pour ne plus laisser les républicains s’approprier la Bible et le patriotisme.»

(24 heures)

Créé: 09.12.2015, 08h09

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