La douleur des familles a été trop vite récupérée

Orlando Alors que les proches des victimes se réunissaient dans une école, Trump et Clinton reprenaient leur duel politique.

Pendant toute la matinée de lundi, les familles de victimes sont arrivées en silence dans le bâtiment de brique de l’école Delaney, à quelques minutes à pied de Pulse et de l’hôpital où sont encore traités 29 des 53 blessés.

Pendant toute la matinée de lundi, les familles de victimes sont arrivées en silence dans le bâtiment de brique de l’école Delaney, à quelques minutes à pied de Pulse et de l’hôpital où sont encore traités 29 des 53 blessés. Image: AFP/JOE RAEDLE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Cesar Flores a les larmes aux yeux. Mais le père de Mercedez, l’une des 49 victimes de la plus grande fusillade de l’histoire des Etats-Unis survenue ce dimanche à 2 h du matin à Orlando (Floride), semble déterminé à les contenir. Il raconte comment il a appris, quelques heures plus tard, la mort de sa fille de 26 ans. La jeune femme étudiait pour «pouvoir enquêter sur des meurtres», selon son père. Elle s’était rendue samedi soir à la discothèque Pulse avec son amie Amanda Alvear, âgée de 25 ans. Toutes les deux sont tombées sous les balles d’Omar Mateen, le tireur. «Ma fille était heureuse, elle est partie», glisse Cesar Flores, un homme qui a immigré du Guatemala en 1984. «Ne quittez pas vos enfants des yeux, ne les laissez pas seuls. Dans ce pays, la vie n’apporte rien de bon.»

Pendant toute la matinée de lundi, les familles de victimes sont arrivées en silence dans le bâtiment de brique de l’école Delaney, à quelques minutes à pied de Pulse et de l’hôpital où sont encore traités 29 des 53 blessés. L’école a été transformée en centre d’accueil pour les proches qui tentaient de savoir et de comprendre ce qui s’est passé dans la boîte de nuit.

Luis Chavez et son épouse, Ana Disla, sont là pour leur neveu Anthony Laureano Disla, un danseur professionnel de 25 ans originaire de Porto Rico. «Il était arrivé à Orlando il y a 3 ans dans l’espoir d’avoir une vie meilleure», raconte-t-il. Samedi soir, Anthony Laureano était au Pulse avec ses deux colocataires. Il est le seul des trois amis à n’avoir pas survécu…

Trump insulte Obama

Mais dans ces Etats-Unis horrifiés, le temps du recueillement est bousculé. Pendant que les autorités terminaient ce lundi leur long et difficile travail d’identification des corps, la fusillade d’Orlando était déjà récupérée à des fins politiques. Donald Trump, le candidat républicain à la Maison-Blanche en novembre, a vivement critiqué Barack Obama. Le milliardaire new-yorkais a estimé que le pays est dirigé par un «imbécile» qui n’est «soit pas fort, pas intelligent, ou qui a quelque chose d’autre en tête». Il s’est aussi félicité d’avoir forcé Hillary Clinton à utiliser le terme «islamisme radical».

L’ancienne secrétaire d’Etat a aussi réagi hier à la tragédie dans un discours prononcé à Cleveland dans l’Ohio, l’un des Etats-clés sur la route de la Maison-Blanche. Hillary Clinton a une nouvelle fois plaidé en faveur d’un durcissement du droit au port d’arme, l’un des thèmes centraux de sa campagne présidentielle. «Si le FBI vous surveille, vous ne devriez pas pouvoir aller vous acheter une arme sans qu’on vous pose des questions», a-t-elle martelé en faisant référence à la surveillance du FBI dont Omar Mateen avait fait l’objet. «Si vous êtes trop dangereux pour monter dans un avion, vous êtes trop dangereux pour vous acheter une arme aux Etats-Unis.»

«Terrorisme interne»

Barack Obama a pour sa part affirmé que les autorités n’avaient pas de «preuves» que le tireur faisait partie du groupe Etat islamique même s’il a revendiqué son soutien à Daech juste avant de déclencher la tuerie. «D’après ce que nous pouvons dire à l’heure actuelle, il s’agit certainement d’un exemple de ce terrorisme interne qui nous inquiète depuis si longtemps.»

Sur les lieux de la tragédie, Chris Hansen, l’un des survivants qui est venu en aide aux victimes, avait planté sur son chapeau le petit drapeau multicolore de la communauté homosexuelle. «C’est la mère de l’une des victimes qui me l’a donné», raconte-t-il. «Elle est venue vers moi et elle m’a dit: Je voudrais te donner ça pour te remercier. A ce moment-là, je n’étais pas sûr si son fils était mort. (…) Je l’ai mis sur mon chapeau aujourd’hui pour qu’elle puisse voir que nous sommes tous dans le même bateau et que nous allons le rester.»

«Je pardonne à l’assassin»

Chris Hansen rejette la récupération politique de la fusillade. «Il s’agit d’un individu qui avait décidé de cibler une communauté parce qu’il a vu deux hommes s’embrasser, affirme-t-il. C’est ce qui a déclenché ce carnage. Pour moi, ce n’était pas un groupe terroriste. J’aimerais que les politiciens puissent durcir les contrôles lors des ventes d’armes.»

En montrant sur son téléphone la photo de sa fille Mercedez peu avant de s’engouffrer dans le bâtiment de l’école Delaney, Cesar Flores souffle encore un message aussi discret que bouleversant: «Je pardonne à l’assassin de ma fille. Je ne peux pas vivre avec une haine aussi grande.»

Créé: 13.06.2016, 22h39

Articles en relation

«En 2016, on peut encore mourir parce qu’on n’est pas hétéro»

Massacre d'Orlando Une manifestation d'hommage aux victimes de la fusillade de ce week-end a été organisée à Lausanne, lundi. Plus...

Bilan revu à 49 morts, une victime reste non-identifiée

Massacre d'Orlando L'agent spécial du FBI en charge de l'enquête a précisé lundi que le tueur avait été inclus dans le premier bilan de la fusillade perpétrée dimanche dans une boîte gay. Plus...

Sous le choc, les homosexuels refusent de céder à la peur

Massacre à Orlando La communauté Lesbienne, gay, bi et trans, «abasourdie» après l'attaque de dimanche contre une boîte gay aux États-Unis, a exprimé sa «tristesse» et sa «colère», notamment en France. Plus...

Le père du tueur: «A Dieu de juger les homosexuels»

Massacre à Orlando Seddique Mateen, le père du tueur d'Orlando d'origine afghane a exprimé sa «tristesse» de perdre son fils dans une vidéo mise en ligne lundi sur sa page Facebook. Plus...

Le travail du FBI au cœur des interrogations

Orlando L'enquête doit tenter de déterminer si le tireur a agi seul ou sur ordre et comprendre son parcours vers un passage à l'acte. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.