Le drame au Brésil devrait coûter très cher à Vale

MineLe géant minier basé à Saint-Prex a dû provisionner 2,9 milliards de francs. En Suisse, les réactions officielles restent mesurées.

Depuis vendredi, jour où le barrage a cédé, plusieurs dizaines d’hélicoptères patrouillent les endroits recouverts de boue en quête de survivants.

Depuis vendredi, jour où le barrage a cédé, plusieurs dizaines d’hélicoptères patrouillent les endroits recouverts de boue en quête de survivants. Image: EPA/ANTONIO LACERDA

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Il y a un peu plus de six mois, au siège international de Saint-Prex, Vale accueillait tout un panel d’invités, dont plusieurs journalistes. L’objectif était d’expliquer comment la compagnie envisage de recycler le sable des résidus miniers pour le transformer en une alternative sérieuse au sable marin naturel. Car en plus de détruire une grande partie de l’écosystème marin, l’exploitation de cette ressource menace désormais les plages d’érosion.

Le géant minier brésilien a profité de cette présentation pour diffuser une courte vidéo témoignant de son attention aux questions sociales et environnementales. Quel contraste entre ce florilège d’images montrant une nature florissante et des villages remplis de familles heureuses et la situation, ces jours, à Brumadinho.

Vendredi, près de cette petite ville de l’État du Minas Gerais, la rupture du barrage appartenant à l’entreprise brésilienne a tourné à la catastrophe humaine, avec près de 60 morts et quelque 300 personnes portées disparues. Pour ces dernières, les chances de sortir indemne du torrent de boue qui s’est déversé sur la région sont chaque heure plus infimes.

Population en colère

Depuis dimanche, les inquiétudes se portent sur un deuxième barrage du groupe. Et elles sont suffisamment sérieuses pour que les pompiers décident de procéder à des évacuations de villages aux alentours.

La colère à l’encontre du géant minier est palpable dans cet État du Brésil qui vit son second drame majeur en trois ans. «Vale a été inconséquent et incompétent. Nous pensions qu’il aurait tiré les leçons de Mariana (ndlr: la rupture d’un autre barrage minier avait fait 19 morts en 2015), mais trois ans plus tard, c’est notre ville qui est meurtrie», s’est insurgé le maire de Brumadinho.

La colère est d’autant plus forte que Vale assure que le barrage en cause a été inspecté à deux reprises ces derniers mois. La première en septembre 2018 par l’entreprise allemande TÜV SÜD, puis la seconde le 10 janvier dernier. Pour l’instant, aucune explication sur les raisons de ce drame n’a fuité.

En Suisse, ce drame pourrait faire le jeu des instigateurs de l’initiative pour des multinationales responsables, laquelle reste pendante et inquiète les directions des grandes entreprises installées sur sol helvétique. «Si l’initiative était acceptée, Vale serait tenu par la loi d’analyser les risques en matière de violations des droits humains et d’atteintes à l’environnement sur sa chaîne d’approvisionnement et de prendre des mesures concrètes. Ceci augmenterait la pression au sein du groupe pour plus de responsabilité», indique l’ONG Public Eye.

Conséquences en Suisse

Du côté des autorités, le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) ne souhaite pas commenter plus spécifiquement «les activités de Vale», mais rappelle que la Suisse soutient les nouveaux principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme. «Nous figurons parmi les premiers pays à se doter d’une telle stratégie visant la promotion de la cohérence entre activités économiques et droits de l’homme», assure un porte-parole.

Quant au canton de Vaud – particulièrement concerné dans la mesure où il abrite le siège international de Vale – le Département de l’économie, de l’innovation et du sport dirigé par Philippe Leuba estime qu’à ce stade, faute d’informations suffisantes, il est trop tôt pour se prononcer sur d’éventuelles actions.

Répercussions financières

Pour le géant minier, les répercussions financières s’annoncent lourdes. Suite à la rupture du barrage, les autorités locales lui ont infligé une amende de 79 millions de francs. Dans la foulée, la justice brésilienne a ordonné un gel des fonds du groupe à hauteur de 2,9 milliards de francs (soit environ 11 milliards de reales). Des montants qui pourraient servir à indemniser les familles touchées par ce drame, et aussi à réparer les dégâts dans cette région désormais souillée par des eaux polluées. La société ne fait pour l’heure aucun commentaire.

D’après un quotidien local, les fonds bloqués correspondraient à la moitié des actifs de l’entreprise, soit un montant colossal. Lundi, Vale, dont le titre en Bourse s’effondrait, a annoncé un gel des primes pour ses cadres ainsi que des dividendes. Combien ce drame coûtera-t-il finalement à Vale? Pour le moment, il est trop tôt pour l’estimer. Seule certitude, le groupe est très doué pour passer entre les gouttes. Dans la presse locale, un juge a rappelé «l’impunité des responsables du drame du barrage de Mariana». Selon lui, sur les 68 amendes infligées, Vale n’en aurait payé qu’une. Les victimes attendraient toujours leur indemnisation.

Créé: 28.01.2019, 21h21

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