Passer au contenu principal

PhilippinesDuterte retire son pays de la CPI

Rodrigo Duterte se retire de la Cour pénale internationale, alors qu'une enquête vise sa politique meurtrière contre le trafic de drogue.

Le président Duterte a promis d'éradiquer le trafic de drogue en faisant abattre des dizaines de milliers de délinquants.
Le président Duterte a promis d'éradiquer le trafic de drogue en faisant abattre des dizaines de milliers de délinquants.
Archive/photo d'illustration, Keystone

Le président philippin Rodrigo Duterte a annoncé mercredi le retrait de l'archipel du traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI). Cette instance se penche sur sa politique meurtrière contre la drogue.

«Je déclare (...) que les Philippines révoquent leur ratification du Statut de Rome avec effet immédiat», a dit le président dans un communiqué. Les Philippines emboîtent ainsi le pas au Burundi, devenu en octobre 2017 le premier pays à quitter la CPI.

La cour établie à La Haye a annoncé début février l'ouverture d'un «examen préliminaire», étape préalable à une enquête, sur la campagne antidrogue menée par Rodrigo Duterte. Cette politique sème l'inquiétude dans les rangs de la communauté internationale.

Milliers de morts

Elu en 2016, Rodrigo Duterte avait promis d'éradiquer le trafic de drogue en faisant abattre des dizaines de milliers de délinquants.

Depuis son élection, près de 4000 trafiquants et usagers de drogue présumés ont été tués par la police, d'après les statistiques officielles. Les défenseurs des droits humains affirment qu'il faut multiplier par trois ces chiffres pour obtenir le bilan réel des morts.

Accusé d'encourager les tueries, Rodrigo Duterte n'a eu de cesse de dénoncer la décision de faire des Philippines le premier pays d'Asie du Sud-Est placé sous examen préliminaire de la seule instance permanente chargée de juger les crimes de guerre.

«Il y a tellement de massacres dans tous les coins d'Asie et vous me choisissez. Vous feriez mieux de faire disparaître ça parce que je me retirerai de la CPI», avait-il prévenu.

Investigations pas empêchées

Cette révocation ne deviendra effective qu'au bout d'un an. D'après les spécialistes, elle n'empêche pas des investigations. «La décision des Philippines de quitter la CPI ne ferme pas la porte à l'examen par la procureure du bilan atroce du gouvernement en matière d'abus graves», a ainsi réagi Param-Preet Singh de Human Rights Watch.

D'après Celeste Mallarie, professeure à l'Université de droit des Philippines, la cour peut «enquêter sur tout fait commis depuis que le pays est devenu membre de la CPI (...) jusqu'à un an après la notification de notre retrait».

L'examen préliminaire doit permettre à la procureure de la Cour Fatou Bensouda de déterminer s'il existe «une base raisonnable» pour ouvrir une enquête.

«Intention de nuire»

Le traité de Rome créant la CPI a été adopté en 1998, entrant en vigueur en 2002. Cette cour est chargée en particulier des crimes contre l'humanité, génocides et crimes de guerre.

L'archipel avait ratifié le traité en 2011 sous le mandat du prédécesseur de Rodrigo Duterte, Benigno Aquino, octroyant à la CPI l'autorité pour enquêter sur des crimes commis sur son sol.

Rodrigo Duterte a accusé la CPI d'avoir lancé son «examen préliminaire» «avec l'intention de nuire». «Il est clair que la CPI est utilisée comme un outil politique contre les Philippines», a-t-il affirmé, évoquant des «attaques scandaleuses, sans précédent ni fondement, contre (son) gouvernement et (sa) personne».

«Les actes présumés que j'aurais commis ne constituent ni un génocide ni un crime de guerre», a-t-il martelé. Les décès sont «survenus durant des opérations de police légitimes».

«CPI pas compétente»

Dès le 13 octobre 2016, alors que Rodrigo Duterte n'était au pouvoir que depuis quatre mois, Fatou Bensouda s'était déclarée «profondément préoccupée» par les informations sur les meurtres extrajudiciaires de milliers de trafiquants et toxicomanes présumés.

La pression sur les Philippines s'est accrue en février lorsque le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève a évoqué le bilan de l'archipel en la matière, appelant Manille à accepter la visite d'un rapporteur spécial de l'ONU.

Les autorités philippines s'étaient initialement déclarées prêtes à coopérer, mais avaient demandé une investigation équitable. Le porte-parole de Rodrigo Duterte, Harry Roque, avait quant à lui affirmé que la CPI n'était pas compétente. Elle est destinée à être un «tribunal de dernier recours», or la justice philippine fonctionne parfaitement bien, a-t-il assuré.

AFP

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.