Édouard Philippe défend avec fougue les 80 km/h

France«En six mois, 116 vies ont été sauvées», affirme le premier ministre, qui lance un défi à ceux qui voudraient rétablir les 90 km/h.

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D’abord, le sens des symboles: pour dévoiler les effets de l’introduction depuis le 1er juillet dernier d’une limitation à 80 km/h sur les routes départementales françaises (au lieu de 90 km/h), le premier ministre Édouard Philippe s’est rendu dans un centre de réadaptation, à Coubert, non loin de Paris. Et c’est là, devant des victimes polytraumatisées de la route, qu’il a livré ses chiffres: «Les résultats que nous sommes en mesure de produire pour l’année 2018 sont historiques. Il n’y a jamais eu aussi peu de morts sur les routes françaises!»

En chiffres globaux, les routes ont fait 3259 morts en 2018, soit 189 de moins (–5,5%) que l’année précédente. Sur la même période, il y a eu un recul de 3950 blessés, et pour les cas graves, ceux qui sont hospitalisés plus de 24 heures, la baisse atteint même 25%. «Je n’ai pas peur de le dire, c’est un chiffre exceptionnel», s’est rengorgé le premier ministre. Pour bien enfoncer le clou, il a calculé que si l’on considère uniquement les routes où la limite à 80 km/h a été introduite et qu’on compare les résultats avec la moyenne des cinq dernières années, «116 vies ont été épargnées depuis le 1er juillet».

Défi aux «gilets jaunes»

Le message est clair et, délivré dans un centre de réadaptation, il sonne comme un défi à tous ceux qui ont critiqué cette limitation de vitesse et souhaitent sa suppression: «Nous avons pris une décision que nous savions impopulaire – et qui s’est révélée impopulaire. Mais nous sommes fiers des résultats présentés, fiers de ces vies épargnées, fiers d’avoir considérablement réduit le nombre de nos concitoyens qui se retrouvent confrontés à un drame.»

Le matin même, tous les commentateurs estimaient qu’il devrait reculer et annoncer plus de souplesse dans l’application de cette limitation de vitesse. Car les 80 km/h sont considérés comme un des éléments qui ont alimenté la colère des «gilets jaunes», c’est une mesure qui a fâché dans les régions périphériques et que de nombreux maires ou présidents de départements ont critiquée. Ils y voient une limitation arbitraire, centralisatrice, qui aurait dû être réservée à certains tronçons dangereux et laissée à l’appréciation des élus locaux.

Emmanuel Macron lui-même avait pris ses distances. En petit comité, au mois de décembre et lors de sa rencontre la semaine passée avec Laurent Wauquiez, le président des Républicains, il aurait laissé entendre que «c’était une connerie». L’Élysée a démenti, mais le fait est que le 15 janvier, lorsque le président a lancé officiellement le Grand débat devant 650 maires, à Grand Bourgtheroulde, il a remis en cause le principe des 80 km/h: «Il faut ensemble qu’on trouve une manière plus intelligente de le mettre en œuvre. Il n’y a pas de dogme», avait-il affirmé. D’ailleurs, la semaine passée, un sondage pour la chaîne LCI révélait que 78% des Français seraient favorables à une suppression de la limitation dans le cadre du Grand débat.

Lundi matin, le ton du premier ministre était bien différent. Certes, à la question d’un journaliste, il écarte toute divergence ou «bras de fer» avec le président – «Ce n’est pas le genre de la maison», affirme-t-il avec hauteur – mais il défend les 80 km/h passionnément: «J’aborde ce débat avec la conviction qu’il serait inouï de prendre des décisions qui auraient pour impact de faire augmenter le nombre de morts et le nombre d’accidents sur la route. Voilà, c’est ma position!»

La balle aux départements

D’ici au mois de février, Édouard Philippe s’engage à transmettre à chaque président de Conseil départemental les statistiques qui le concernent. Car ce sont eux qui ont la gestion des routes départementales où la limitation a été introduite. «Ensuite, chacun prendra ses responsabilités», lâche-t-il gravement. Sous-entendu: s’ils décident de rétablir les 90 km/h sur un tronçon, ce sont eux qui auront à en assumer les conséquences.

Quels pouvoirs seront laissés aux élus locaux? La question n’est pas tranchée, mais les conséquences pourraient être importantes: dans une interview publiée dans «Le Parisien», le président du Conseil départemental de Côte-d’Or, François Sauvadet, affirme qu’il rétablirait les 90 km/h sur 80% des routes. Pas moins…

Créé: 28.01.2019, 19h34

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