Elections au Bélarus: «une opportunité perdue»

LégislativesL'UE déplore qu'aucun représentant de l'opposition n'ait été élu aux législatives qui se sont déroulées dimanche au Bélarus.

Dépouillement à Kreva, près de Minsk, le 17 novembre 2019.

Dépouillement à Kreva, près de Minsk, le 17 novembre 2019. Image: AFP

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«Manque de respect» des règles démocratiques, «opportunité perdue» : le verdict des observateurs occidentaux et de Bruxelles était sévère lundi contre le Bélarus, au lendemain de législatives où aucun représentant de l'opposition n'a été élu.

Pourtant, Alexandre Loukachenko, président de l'ex-république soviétique depuis un quart de siècle, disait vouloir un rapprochement avec l'Union européenne, qui lui reproche justement son bilan en la matière.

Une porte-parole de l'UE, Maja Kocijancic, a évoqué dans un communiqué «une opportunité perdue d'organiser une élection correspondant pleinement aux standards internationaux» au Bélarus, malgré un scrutin «dans une atmosphère calme».

«Ces élections ont démontré un manque de respect général à l'égard des engagements démocratiques», a indiqué pour sa part Margareta Cederfelt, cheffe des 400 observateurs électoraux de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Elle a critiqué de manière plus générale les restrictions aux «libertés fondamentales» dans ce pays dirigé d'un main de fer par Alexandre Loukachenko depuis 1994.

Fraudes massives dénoncées

Dès dimanche, l'opposition, qui comptait deux élus dans la précédente législature, a dénoncé des fraudes massives. Les principaux opposants, notamment les deux élus sortants, ont été exclus du scrutin.

De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a donné une tout autre appréciation. Selon ses propos cités par l'agence Ria Novosti, il a salué lundi la «tenue avec succès» du scrutin et souligné que les observateurs russes présents sur place avaient relevé «un niveau traditionnellement élevé d'organisation».

Selon la liste des députés élus publiée par la commission électorale du Bélarus, toutes ces personnalités sont favorables au pouvoir, issues d'administrations, partis et organisations le soutenant.

Parmi ceux-ci, l'ambassadeur du Bélarus en Turquie, un ex-ministre de l'Information, un haut responsable de la présidence, un vice-ministre de la Défense ou encore un ancien porte-parole de la diplomatie. On y compte aussi Miss Bélarus 2018, Maria Vassilevitch.

«Excellence»

Le président bélarusse dirige cette ex-république soviétique sans partage. Aucun scrutin organisé au Belarus depuis 25 ans n'a été jugé libre par les observateurs internationaux de l'OSCE. «Le système bélarusse de falsification des élections a été porté jusqu'à l'excellence», a ironisé le politologue bélarusse Pavel Oussov, qui dirige le Centre d'analyse et de précisons basé à Varsovie.

La commission électorale a par ailleurs revendiqué une participation de 77,22%, un niveau très exagéré selon le politologue, qui relève que les Bélarusses se déplacent de moins en moins pour des élections dont l'issue est connue d'avance. «On ne vote plus et on ne compte plus vraiment les voix», résume-t-il.

Le site d'information indépendant naviny.by estime que «sans même jeter un oeil (sur l'opposition) et lui crachant dessus, l'État a constitué la chambre parlementaire qu'il désirait».

Présidentielle en 2020

Le président Loukachenko s'était pourtant récemment illustré en prônant de nouveau un rapprochement avec l'Union européenne, qui accuse ouvertement le pays de bafouer les droits de l'Homme. Il a ainsi effectué la semaine passée une visite en Autriche - la première dans l'UE en trois ans -, s'y défendant de toute atteinte aux libertés démocratiques et appelant à resserrer les liens politiques et économiques.

Le dirigeant bélarusse est cependant passé maître dans l'art de louvoyer entre les Occidentaux et la Russie, avec laquelle il discute depuis des années d'une hypothétique union.

Le Bélarus s'était attiré des sanctions de la communauté internationale après la réélection d'Alexandre Loukachenko en 2010 à un quatrième mandat présidentiel et les répressions visant l'opposition et les médias indépendants qui l'avaient suivie. Certaines de ces sanctions ont depuis été levées, et Alexandre Loukachenko espère obtenir de nouvelles concessions avant la présidentielle de 2020, à laquelle il compte se représenter.

Répondant aux accusations de falsification électorale après avoir voté dimanche, le président a balayé les critiques : «Si la société n'aime pas la manière dont le président organise (le vote), ils peuvent en choisir un nouveau l'année prochaine. Je ne m'accrocherai pas». (ats/nxp)

Créé: 19.11.2019, 00h59

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