La traque aux «fake news» est lancée

MédiasPrès de vingt médias viennent de fonder une plateforme commune de lutte contre les fausses informations véhiculées par le Net.

Depuis fin 2016, les interactions liées à de fausses nouvelles ont «chuté sur Facebook, tandis qu'elles continuaient d'augmenter sur Twitter».

Depuis fin 2016, les interactions liées à de fausses nouvelles ont «chuté sur Facebook, tandis qu'elles continuaient d'augmenter sur Twitter». Image: AFP

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Les élections européennes vont être un défi majeur pour les journalistes qui traquent les «fake news», poussant des médias à unir leurs forces pour mener ce combat dont l'efficacité continue à faire débat.

Dix-neufs médias membres de l'International Fact-Checking Network (IFCN) ou Réseau international de fact-checking, dont l'AFP, viennent de lancer FactCheckEU, un projet collaboratif pour lutter contre la désinformation et les fausses nouvelles (également appelées «fake news» ou infox), dans le cadre des élections européennes.

Plateforme commune

Concrètement, les membres qui incluent le quotidien français «Libération», le site grec Ellinika Hoaxes, le média italien «La Voce», les Danois de «TjekDet», ou encore le média hongrois «Faktograf», pourront étudier en commun les informations douteuses, et s'entraider, notamment pour traduire les contenus dans des langues qu'ils ne maîtrisent pas. Leur travail est regroupé sur une plateforme commune, (www.factcheckeu.info) et certains sont traduits en anglais, pour les diffuser auprès d'un public plus large.

Ce projet vise notamment à répondre au problème créé par la circulation de nombreuses «fake news» par-delà les frontières. «Une fausse information peut très bien voyager d'un pays à un autre en Europe, et la diversité des langues rend le combat contre cette désinformation plus difficile», explique à l'AFP Jules Darmanin, coordinateur de FactCheckEU.

«Manque d'information»

Il cite notamment l'exemple d'une vidéo montrant des adolescents grimpant sur un sapin de Noël, et qui les présente comme des migrants musulmans «offensés» par ce symbole. Une vidéo identifiée depuis longtemps comme trompeuse (elle a été tournée en Egypte) mais qui sert de support à des fausses nouvelles depuis des années, tantôt en Roumanie, en Suède, en France ou en Espagne.

En outre, ce projet directement inspiré du service Checknews de «Libération» permettra aux internautes, sur le même modèle, de poser des questions aux équipes de FactCheckEU.

«Au-delà de la lutte contre la désinformation, cela permettra aussi de combler un manque d'information, sur le fonctionnement de l'Union européenne ou sur ce qu'il se passe dans un autre pays européen», souligne Jules Darmanin.

Nouveau test

Autre initiative, Google (dont le fonds pour l'innovation dans les médias finance en partie FactCheckEU, avec l'IFCN, Google et la fondation Open Society du philanthrope George Soros) a organisé ces dernières semaines des formations au fact-checking, à Bruxelles, Milan, Francfort...

Ces élections seront un nouveau test pour les fact-checkeurs face à la multiplication des «fake news». Alors que leur efficacité fait régulièrement débat, Jules Darmanin estime que critiquer le rôle des fact-checkeurs face à un phénomène d'une telle ampleur, et qui sape la démocratie, «c'est comme de reprocher le feu aux pompiers».

Une étude publiée en octobre par des chercheurs des universités de New York et Stanford a calculé que depuis fin 2016, les interactions (partages, «likes»...) liées à des fausses nouvelles ont «chuté fortement sur Facebook, tandis qu'elles continuaient d'augmenter sur Twitter», et elle suggère que les efforts de Facebook pour limiter la diffusion de la désinformation après l'élection de Donald Trump «pourraient avoir eu un impact significatif».

Supprimer ou pas?

Mais, comme l'a encore montré l'actualité ces derniers mois en France, malgré ses efforts pour contrer le phénomène, Facebook continue régulièrement à servir de canal à la diffusion massive d'infox. Selon l'ONG Avaaz, les principales fausses nouvelles liées aux «gilets jaunes» ont généré plus de 105 millions de vues en 4 mois.

Le réseau social assure qu'il parvient à réduire drastiquement la visibilité des contenus faux ou trompeurs. Mais il reste opposé à leur suppression systématique, comme l'a rappelé récemment à des journalistes Tessa Lyons, une des responsables du réseau.

«Il y a des cas où les vérificateurs ne sont pas d'accord entre eux sur leur degré d'inexactitude, il y a aussi des infox qui s'avèrent après coup être en fait exactes, et certains disent que si nous retirions des contenus, on nous accuserait d'entretenir les théories complotistes», explique-t-elle.

Elle estime en outre que de plus en plus souvent, les infox «ne sont pas des choses absolument inexactes, mais qui sont basées sur une vérité et qui la déforment et la transforment en quelque chose de trompeur».

C'est pourquoi, plaide cette responsable, Facebook cherche maintenir un équilibre «entre la liberté d'expression et la nécessité d'avoir des informations fiables», et s'en tient à «réduire la diffusion des fausses informations, et à donner des informations à ceux qui les regardent», notamment en leur fournissant des liens vers les articles de fact-checking. (afp/nxp)

Créé: 07.04.2019, 09h36

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