«Enfin une bible des femmes ni saintes ni soumises!»

ReligionLa misogynie est-elle dans le texte? Ou dans l’oeil du lecteur? La réponse décoiffante de vingt théologiennes.

Les théologiennes présentes jeudi à l’Université de Genève lors du vernissage d’«Une bible des femmes». De gauche à droite: Lauriane Savoy, Hanna Woodhead, Chen Bergot, Pierette Daviau, Joan Charras-Sancho, Fidèle Houssou Gandonou et Élisabeth Parmentier.

Les théologiennes présentes jeudi à l’Université de Genève lors du vernissage d’«Une bible des femmes». De gauche à droite: Lauriane Savoy, Hanna Woodhead, Chen Bergot, Pierette Daviau, Joan Charras-Sancho, Fidèle Houssou Gandonou et Élisabeth Parmentier. Image: LAURENT GUIRAUD

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«La Bible est loin d’être féministe. Mais la misogynie qu’on lui prête est surtout le fait de ceux qui ont interprêté les écrits perpétuant des stéréotypes patriarcaux», assène Pierrette Daviau. Professeure retraitée de la très catholique Université Saint-Paul à Ottawa, la Québecoise était ce mercredi à Genève au côté de deux théologiennes de la Faculté protestante, la professeure Elisabeth Parmentier et la doctorante Lauriane Savoy. Elles ont présenté «Une bible des femmes» (Labor et Fides), l’étonnant ouvrage collectif qu’elles ont dirigé. Et lancé un cours publique au titre éloquent: «Ni saintes ni soumises»!

Une «bible» des femmes? Non pas pour remplacer la Bible, mais pour dévoiler les figures féminines méconnues, repérer les traductions biaisées et les interprétations tendancieuses… sans peur d’empoigner les passages les plus controversés. Exercice critique mené par une vingtaine de théologiennes francophones de Suisse, de France, du Québec et du Bénin, il fait écho à la «Woman’s Bible» éditée aux Etats-Unis – en 1898! – par Elizabeth Cady Stanton et vingt femmes insurgées contre des siècles de lecture patriarcale.

A quoi ressemble la nouvelle rébellion? En voici six exemples. Une lecture rafraîchissante, à l’heure où des lobbys religieux soutiennent des politiciens aux propos misogynes, tels Donald Trump aux Etats-Unis ou Jair Bolsonaro au Brésil…

La féminité de Dieu

Père, Fils, Seigneur, Créateur, Tout-Puissant… On a l’habitude d’un vocabulaire masculin pour parler de Dieu. Quand nous en a-t-on montré la féminité? Sait-on que l’Esprit créateur, en hébreu, est féminin? Et que la Sagesse divine, très présente, est toujours incarnée par des femmes? Sait-on que Dieu est comparé à une mère qui enfante (la Création) ou à une sage-femme? Mettre l’accent sur ces points, ce n’est même pas une démarche moderne: «Certaines femmes, au cours des âges, ont prié Dieu au féminin et l’ont dépeinte ainsi», écrivent les théologiennes.

Eve et sa moitié

Adam, «le terreux», l’être issu de la glaise, c’est le premier humain. Dieu estime que l’humain ne doit pas être seul, il lui faut un vis-à-vis. Il détache un côté de l’être et crée Eve. Le duo homme-femme est né. Voilà une interprétation possible de la Genèse. Pourquoi a-t-on préféré nous dire que Dieu a d’abord créé l’homme, puis lui a retiré une côte pour en faire une femme? Et pourquoi ensuite l’accuser d’avoir tenté l’homme avec le fruit défendu, s’interrogent les théologiennes. Le texte montre le serpent tentant Eve, qui tombe dans le piège. Quant à la punition qui s’ensuit (enfanter dans la douleur, être dominée par l’homme), c’est un mal lié à la transgression, mais ce n’est pas le projet de Dieu, dont la création présente une relation équilibrée, notent-elles.

Les prophétesses

Des passages bibliques ordonnent aux femmes de se taire. Mais il y a aussi des prophétesses, messagères de Dieu. Dans l’Ancien Testament, Débora (qui est aussi juge) ordonne l’envoi au front de dix mille soldats. Houlda, elle, est consultée avant que le roi Josias n’interdise les cultes non-juifs et concentre l’autorité religieuse à Jérusalem. Il y a d’autres prophétesses, comme Myriam ou Noadia. Elles sont moins nombreuses que les prophètes, mais pas moins considérées.

Marie de Magdala

Les uns l’ont confondue, à tort, avec la femme pécheresse. Les autres voient en elle l’amante de Jésus, bien que rien ne l’atteste. Marie de Magdala (ou Marie-Madeleine) était l’une des femmes disciples qui suivaient Jésus, en rupture totale avec les normes sociales. Elle porte le nom de sa ville et non pas de son père, frère ou mari, c’est donc une femme indépendante. Très présente dans les Evangiles, elle assiste à la crucifixion (les hommes partent, laissant Jésus agoniser). Dans les textes bibliques, c’est à elle que le Christ ressuscité apparaît en premier, et c’est elle qui est envoyée annoncer la nouvelle aux disciples. Bref, son rôle est central.

Insoumises

Reste la Lettre aux Ephésiens, qui ordonne: «Femmes, soyez soumises à vos maris!» Difficile d’y voir un manifeste féministe. Cela dit, les théologiennes rappellent le contexte: l’apôtre Paul conseille aux chrétiens qui font face à l’hostilité populaire dans la ville grecque d’Ephèse (actuellement en Turquie) de se conformer à la loi de l’Empire romain, qui subordonne la femme à l’homme. «Subordonnée» est une traduction plus précise que «soumise», estiment-elles. Puis elles observent que le verset précédent invite les couples à rendre grâce à Dieu, «vous subordonnant les uns aux autres dans le respect du Christ». C’est donc mutuel. Enfin, la suite affirme que «le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Eglise». Les théologiennes ne le nient pas, mais rappellent que Jésus se mettait généralement au service des autres. Si l’on comprend bien, l’homme devrait donc se mettre au service de sa femme! Bref, ce verset ne justifie pas une domination. (24 heures)

Créé: 11.10.2018, 18h10

«Chez les théologiennes féministes, il y a de la relève!»

La professeure Élisabeth Parmentier s’inquiète du retour des stéréotypes féminins. Mais vante la nouvelle génération d’étudiantes.

La théologie féministe a-t-elle échoué?
On pensait avoir surmonté les obstacles à la fin du XXe siècle. Le féminisme était perçu comme quelque chose du passé. Or il y a de puissantes résurgences des modèles très conservateurs qui confinent la femme en même temps que l’hypersexualisation médiatique qui la réduit au stéréotype de la «bimbo». Pourquoi ce retour en arrière? Cela rassure-t-il de revenir à quelque chose de familier? En tout cas, il y a encore du travail à faire!

Pour changer les mentalités dans l’électorat évangélique aux États-Unis, par exemple?
C’est très difficile dans le monde évangélique étasunien. Les rôles féminins sont figés et les initiatives pour s’en libérer – s’il y en a – restent marginales. En Europe, chez les évangéliques, c’est différent…

Et les féministes réformées ou catholiques?
Ce qui frappe, c’est la nouvelle génération. Les étudiantes ne se définissent pas forcément comme féministes mais se sentent beaucoup plus concernées. Je l’ai constaté ces cinq dernières années, en enseignant à la Faculté de théologie (ndlr: protestante) de Genève, mais aussi en participant en France à des jurys d’examens dans les universités catholiques. Et je ne parle même pas de la situation au Québec (ndlr: déjà plus de cent femmes docteures en théologie). Elles font preuve de plus d’audace, d’engagement, que les théologiennes pourtant très douées que je formais il y a encore dix ans à Strasbourg. Beaucoup se sont arrêtées, je n’ai pas pu passer le relais. Aujourd’hui, la relève est là. A.A.

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