Erdogan incrimine Riyad mais tend la main au roi

TurquieLe président turc dénonce le «meurtre sauvage» de Khashoggi commandité en haut lieu par des Saoudiens.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan. Image: Keystone

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Il est enfin sorti du silence, le président Recep Tayyip Erdogan. Depuis le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi le 2 octobre dans le consulat saoudien à Istanbul, le No 1 turc s’était fait curieusement discret, alors même que des fuites plus sordides les unes que les autres étaient publiées jour après jour dans les médias locaux. Ce mardi, lors d’un discours officiel devant le groupe parlementaire de son parti, il avait promis de révéler «toute la vérité» sur l’affaire. Résultat: pas de bombe médiatique mais une grenade dégoupillée envoyée à l’Arabie saoudite. Voyez plutôt.

Un meurtre prémédité

Recep Tayyip Erdogan n’y est pas allé par quatre chemins: il a accrédité la thèse d’un «assassinat politique», soigneusement «planifié» plusieurs jours avant que le journaliste ne se rende au consulat le 2 octobre, sur rendez-vous, pour une démarche administrative en vue de son mariage avec sa fiancée turque. Le président turc note que le correspondant du «Washington Post» s’y était rendu une première fois le 28 septembre pour demander les documents nécessaires. Or, immédiatement après son départ, une partie du personnel consulaire s’est envolée précipitamment pour l’Arabie saoudite. «C’est là qu’a commencé la planification», assène l’homme fort d’Ankara.

«Pourquoi n’a-t-on pas retrouvé le corps d’un homme dont le meurtre a été reconnu?»

Un commando de quinze agents, dont des généraux, a été dépêché par Riyad en trois groupes différents, poursuit-il. Certains ont effectué, avant le meurtre, des repérages dans la ville, notamment dans la forêt de Belgrad, proche du consulat. Il confirme aussi que le circuit de vidéosurveillance a été «désactivé» le matin même du rendez-vous de Jamal Khashoggi. Bref, ce «meurtre sauvage» a été «prémédité».

Pression maximale sur Riyad

Recep Tayyip Erdogan a tout simplement détruit la version saoudienne, selon laquelle le correspondant du «Washington Post» aurait été tué accidentellement lors d’une «rixe» qui aurait mal tourné, suivie d’une tentative de dissimulation, dont Riyad n’aurait rien su. Mais alors, «pourquoi le commando de 15 hommes était-il à Istanbul le jour du meurtre?» demande le président. «Sur ordre de qui?» et «pourquoi y a-t-il eu tant de versions différentes en Arabie saoudite?» Surtout, «pourquoi n’a-t-on pas retrouvé le corps d’un homme dont le meurtre a été reconnu? Qui est le collaborateur local qui s’en est débarrassé? Les Saoudiens doivent répondre.»

«Ce que nous attendons (de Riyad) maintenant, c’est qu’il mette au jour les responsabilités de chacun dans cette affaire, du plus haut niveau au plus bas», a lancé M. Erdogan, se sachant appuyé en cela par le président étasunien Donald Trump, qui a dit lundi: «Je ne suis pas satisfait de ce que j’ai entendu», après avoir déploré la veille les «mensonges» de Riyad.

Augmentant encore la pression, le président turc a déclaré: «C’est à Istanbul que se sont déroulés les faits. Par conséquent, je propose que les 18 suspects soient jugés à Istanbul. La décision appartient (au gouvernement saoudien), mais c’est ma proposition, ma demande.»

Une main tendue au roi

Cela dit, Recep Tayyip Erdogan, dont le pays entretient des relations complexes avec l’Arabie saoudite, rival diplomatique mais partenaire économique, a pris garde d’épargner le roi Salmane, se disant «confiant» dans le fait que ce dernier coopérerait avec la Turquie dans l’enquête. Il n’a pas cité de noms, notamment celui du prince héritier Mohammed ben Salmane, que la presse turque progouvernementale accuse ouvertement d’avoir commandité le crime.

Pas un mot sur la vidéo

Entretenant le suspense, le président Erdogan n’a pas dit un seul mot sur les enregistrements audio ou vidéo dont la presse turque et certains responsables turcs font état depuis le début de l’enquête. Existent-ils vraiment? Les révéler compromettrait-il les sources des services turcs? Ou leurs méthodes d’écoute? Le mystère reste entier.

Créé: 23.10.2018, 21h40

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