Erdogan menace l'UE de ne pas respecter l'accord

MigrantsLa Turquie réclame l'exemption des visas pour l'Europe dès juin.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Tout l'accord, sinon pas d'accord: la Turquie a mis la pression sur l'UE pour qu'elle applique ses engagements dans le cadre du plan controversé de retour des migrants, grâce auquel la Grèce s'apprêtait à y renvoyer vendredi 50 personnes.

Le président Recep Tayyip Erdogan a prévenu jeudi que la Turquie ne remplirait pas sa part du marché si l'Union européenne ne respectait pas elle-même ses promesses, évoquant notamment l'exemption des visas dès juin pour les citoyens turcs voulant se rendre en Europe.

«Il y a des conditions précises. Si jamais l'Union européenne n'effectue pas les pas nécessaires, ne tient pas ses engagements, alors la Turquie n'appliquera pas l'accord», a déclaré M. Erdogan lors d'un discours à Ankara.

Accord au ralenti

«Tout se passera en fonction de ce qui a été promis», a-t-il insisté.

Cet accord, signé le 18 mars et déjà au ralenti après un démarrage en fanfare lundi, vise à dissuader les passages clandestins en Europe, confrontée à sa pire crise migratoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La Turquie s'y est engagée à accepter le retour sur son sol de tous les migrants entrés illégalement en Grèce depuis le 20 mars. Le plan prévoit en outre que pour chaque réfugié syrien renvoyé en Turquie, un autre sera «réinstallé» dans un pays européen dans la limite de 72'000 places.

En contrepartie, les Européens ont accepté de relancer les discussions d'intégration de la Turquie à l'UE et à accélérer le processus de libéralisation des visas pour les Turcs, mais en soulignant qu'ils ne transigeraient pas sur les critères à remplir.

Aide financière

«La Turquie en est encore loin», a indiqué à l'AFP Marc Pierini, analyste à la fondation Carnegie Europe et ancien ambassadeur de l'UE à Ankara. «Il serait faux de considérer que la Turquie va bénéficier d'un "rabais" sur les conditions d'entrée dans l'UE juste à cause des réfugiés», a-t-il ajouté.

Sur le plan financier, l'UE a promis une aide pouvant aller jusqu'à six milliards d'euros. «Il y a eu des promesses, mais rien n'en sort pour l'instant», a déploré M. Erdogan.

L'accord est officiellement appliqué depuis lundi, quand un premier groupe de 202 personnes a été ramené de Grèce en Turquie. Mais le processus s'est depuis embourbé, Athènes faisant face à une explosion des demandes d'asile que ses autorités sont obligées de traiter avant toute expulsion.

Pénurie de juristes

La Grèce, qui dit être confrontée à une pénurie de juristes et d'interprètes, a estimé mercredi que le traitement des dossiers entraînerait une «pause» de 15 jours des renvois. Elle s'apprêtait toutefois à renvoyer vendredi 50 migrants en Turquie, sauf demande d'asile de dernière minute, selon des sources policière et du gouvernement.

Dans le «hotspot» de Moria, sur l'île grecque de Lesbos, où restent enfermés au moins 3'000 migrants, un groupe de 70 Pakistanais a commencé jeudi une grève de la faim pour protester contre son éventuel renvoi en Turquie.

Le gouvernement grec a commencé à transférer du camp de Moria vers le camp ouvert de Kara Tepe, sur l'île de Lesbos, des familles avec enfants et des personnes vulnérables, une opération «visant à décharger Moria», selon une source gouvernementale.

François à Lesbos le 16 avril

Symbole de la crise migratoire que l'Europe affronte depuis l'année dernière, l'île de Lesbos, devenue la principale porte d'entrée des migrants, accueillera le pape François le 16 avril pour une visite, a confirmé jeudi le Vatican.

L'accord signé entre l'UE et Ankara est vivement critiqué par des ONG, qui considèrent notamment que la Turquie ne peut pas être considérée comme un «pays sûr» pour les réfugiés syriens.

Voisine de la Syrie, la Turquie accueille quelque 2,7 millions de réfugiés syriens fuyant leur pays en guerre, dont 250.000 vivent dans des camps, et a déjà dépensé quelque 10 milliards de dollars pour subvenir à leurs besoins, selon Recep Tayyip Erdogan.

«Nous avons reçu beaucoup de remerciements pour notre action pour les réfugiés et contre les terroristes», a déclaré le président turc jeudi. «Nous ne faisons pas cela pour les remerciements».

(afp/nxp)

Créé: 08.04.2016, 04h33

Galerie photo

Migrants: la pire crise humanitaire du 21e siècle (Septembre 2015-avril 2017)

Migrants: la pire crise humanitaire du 21e siècle (Septembre 2015-avril 2017) L'Europe fait face à sa pire crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale.

Articles en relation

Les arrivées sur les îles grecques divisées par trois

Mer Egée Après les premiers renvois de réfugiés et migrants vers la Turquie, 68 personnes ont joint la Grèce contre 225 un jour plus tôt. Plus...

Les renvois de migrants vers la Turquie se grippent

Crise migratoire Les autorités grecques s'employaient mardi à huiler les rouages de l'accord de limitation des migrations UE-Ankara. Plus...

La Grèce renvoie 202 migrants en Turquie

Accord UE-Turquie C'est la première vague de renvois de migrants vers la Turquie, acceptée par celle-ci dans le cadre d'un plan signé avec l'UE. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Dimanche, la population nyonnaise a refusé pour la troisième fois un projet des autorités visant à créer un foyer pour l'Etablissement vaudois d'accueil des migrants (EVAM). Paru le 25 septembre.
(Image: Bénédicte) Plus...