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Erdogan ne veut pas libérer Demirtas

La Cour européenne des droits de l'homme somme le président turc de libérer l'opposant Demirtas, détenu depuis 2016. Erdogan s'y oppose.

Erdogan: «Les décisions de la CEDH ne nous contraignent aucunement».
Erdogan: «Les décisions de la CEDH ne nous contraignent aucunement».
Keystone

L'emprisonnement de l'opposant kurde Selahattin Demirtas, candidat malheureux à la présidentielle de juin en Turquie, vise à «étouffer le pluralisme» politique dans ce pays, a jugé jeudi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). Cette dernière a condamné Ankara, qui a rejeté cette décision.

La CEDH a ainsi demandé à la Turquie de libérer «dans les plus brefs délais» le leader prokurde, un des chefs du Parti démocratique des peuples (HDP), détenu depuis novembre 2016.

La cour de Strasbourg «admet» que si Selahattin Demirtas, 45 ans, a été arrêté pour des «raisons plausibles» car les autorités turques le soupçonnaient d'avoir commis une infraction pénale. Mais les motifs invoqués pour justifier la durée de sa détention ne sont pas «suffisants».

«Sa détention provisoire constitue une atteinte injustifiée à la libre expression de l'opinion du peuple et au droit du requérant d'être élu et d'exercer son mandat parlementaire», ont estimé les juges européens, saisis par Selahattin Demirtas.

Limiter le débat politique

«Les prolongations de la privation de liberté de l'intéressé, notamment pendant deux campagnes électorales critiques, à savoir le référendum et l'élection présidentielle, poursuivaient un but inavoué prédominant, celui d'étouffer le pluralisme et de limiter le libre jeu du débat politique, qui se trouve au coeur même de la notion de société démocratique», a encore souligné la CEDH.

Celle-ci a condamné la Turquie à verser 10'000 euros au requérant pour dommage moral, et 15'000 euros pour frais et dépens.

Selahattin Demirtas, écroué depuis novembre 2016 pour des accusations d'activités «terroristes», est poursuivi dans de nombreux dossiers et encourt jusqu'à 142 ans de prison dans le cadre de son principal procès. Cela ne l'a pas empêché de recueillir 8,4% des voix à la présidentielle du 24 juin, remportée par Recep Tayyip Erdogan.

La cour européenne avait condamné la semaine passée la Russie pour des motifs similaires, reconnaissant le caractère «politique» des multiples arrestations de l'opposant numéro un à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny.

Erdogan rejette la décision

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a rejeté mardi cette décision de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). «Les décisions de la CEDH ne nous contraignent aucunement. Nous allons contre-attaquer et mettre un point final à cette affaire», a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par l'agence de presse étatique Anadolu.

Avant M. Erdogan, le ministre turc de la Justice Abdulhamit Gül avait déclaré qu'il appartiendrait «à la justice turque de rendre la décision finale» dans cette affaire.

Mais contrairement aux affirmations de M. Erdogan, les arrêts rendus par la CEDH ont bel et bien un caractère contraignant pour les pays signataires, comme la Turquie, de la Convention européenne des droits de l'Homme.

«Aux termes de l'article 46 de la Convention, les arrêts de la Cour ont un caractère contraignant pour tous les Etats membres», a indiqué à l'AFP le porte-parole du Conseil de l'Europe Daniel Holtgen.

(AFP)

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