Les Etats-Unis confrontés à la menace suprémaciste

AntisémitismeSelon un observatoire des groupes extrémistes aux Etats-Unis, l'année 2018 a été «la plus meurtrière» avec une quarantaine de victimes de la part de la droite radicale.

La fusillade dans une synagogue en Californie n'est que le dernier évènement impliquant des suprémacistes.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les suprémacistes blancs représentent une menace croissante aux Etats-Unis. Nourris par une rhétorique raciste et antisémite facilement accessible sur Internet, ils passent de plus en plus souvent à l'acte.

Au cours de la dernière attaque en date, samedi, un tireur a ouvert le feu dans une synagogue californienne, tuant une fidèle et faisant trois blessés. Si son fusil d'assaut ne s'était pas enrayé, le bilan aurait probablement été beaucoup plus lourd.

Son auteur, arrêté peu après, est un jeune Américain de 19 ans, inconnu jusque-là des services de police. Une lettre à son nom, louant les attaques contre deux mosquées en Nouvelle-Zélande (15 mars, 50 morts) et une synagogue de Pittsburgh (27 octobre 2018, 11 morts), a été mise en ligne peu avant la fusillade.

«C'est plus qu'une tirade haineuse», a relevé Rita Katz, directrice de SITE, un organisme qui surveille les mouvances extrémistes. «C'est un produit de l'idéologie du nationalisme blanc, qui utilise un jargon, des arguments et des références à Internet bien spécifique.»

Des dizaines de meurtres

«Cela prouve à nouveau à quel point cette rhétorique d'extrême droite est dangereuse et inspire la violence», a-t-elle ajouté dans une série de tweets.

De fait, l'observatoire des groupes extrémistes, Southern Poverty Law Center, recense 81 personnes tuées aux Etats-Unis depuis 2014 par des «individus influencés par la droite radicale». Il assure que l'année 2018 a été «la plus meurtrière» avec une quarantaine de victimes.

Les juifs ont payé le prix fort des dernières attaques, mais cette haine vise aussi les Noirs, les musulmans, les immigrés, les femmes, les homosexuels, l'Etat fédéral. Dans son manifeste, le tireur de la synagogue californienne assure d'ailleurs qu'il a essayé d'incendier une mosquée à la fin du mois de mars.

Au sein de l'extrême droite blanche, «il y a beaucoup de mouvances, de factions», relève pour l'AFP Daryl Johnson, spécialiste des violences extrémistes de la société de conseils DT Analytics. Au sein du Ku Klux Klan, note-t-il, «il y a des anti-juifs et des anti-Noirs».

Théories conspirationnistes

Mais quelle que soit leur cible de prédilection, ces groupuscules partagent une même peur de l'immigration et du multiculturalisme, accusés de diluer une identité blanche fantasmée.

Ces idées ne sont pas nouvelles aux Etats-Unis, où le médecin eugéniste Madison Grant a publié dès 1916 «Le déclin de la grande race», mais comme dans le reste du monde occidental, elles ont repris de la vigueur grâce à Internet.

Des forums de discussions comme GAB, Stormfront ou 8chan, ont permis le développement d'un corpus idéologique dans lequel les vieux stéréotypes antisémites jouent un rôle central. «Il y a beaucoup de théories conspirationnistes qui lient les juifs à la finance, aux médias, à Hollywood», souligne Daryl Johnson.

L'auteur de la tuerie de Pittsburgh avait fait la synthèse entre ces obsessions, en s'en prenant à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux à une association juive d'aide aux migrants HIAS. «HIAS aime amener des envahisseurs pour tuer les nôtres. Je ne peux pas rester assis et voir les miens se faire massacrer. J'y vais», écrivait-il juste avant l'attaque.

«Identité blanche»

Au-delà d'Internet, le président américain Donald Trump a été accusé d'avoir encouragé les discours radicaux en reprenant à son compte l'idée d'une «invasion» de migrants et en refusant de condamner les manifestations d'extrême droite à Charlottesville en août 2017.

Dans un manifeste publié sur Internet, l'auteur des attentats de Christchurch en Nouvelle-Zélande qualifie d'ailleurs le milliardaire républicain de «symbole de l'identité blanche renouvelée».

Le président Trump a condamné samedi «avec force les maux de l'antisémitisme et de la haine». Il a également «promis de faire la lumière sur beaucoup de choses qui se produisent dans ce pays», sans en dire plus.

La veille, le directeur de la police fédérale, Christopher Wray, avait assuré que ses services étaient «très actifs» face à la menace posée par les suprémacistes blancs. «L'an dernier, nous avons procédé à davantage d'arrestations liées à du terrorisme intérieur» qu'au «terrorisme international», avait-il ajouté.

En 2017 et 2018, selon le centre d'analyse New America, les violences d'extrême droite ont fait plus de victimes aux Etats-Unis que les attaques djihadistes. (ats/nxp)

Créé: 02.05.2019, 08h10

Galerie photo

Californie: Fusillade dans une synagogue

Californie: Fusillade dans une synagogue Un homme a ouvert le feu dans une synagogue près de San Diego, tuant au moins une personne.

Articles en relation

Attaque de la synagogue: il plaide non coupable

Californie L'auteur de la fusillade dans une synagogue californienne, qui a fait un mort samedi, a plaidé non coupable au tribunal. Plus...

Suprémacisme blanc: tour de vis de Facebook

Réseaux sociaux Facebook est très souvent accusé de ne pas expurger assez vite les publications problématiques ou choquantes. Plus...

Bombe découverte: un suspect a été interpellé

Nouvelle-Zélande La police néo-zélandaise a exclu tout lien mercredi entre la découverte d'une bombe la veille à Christchurch et le carnage du 15 mars dans lequel 50 musulmans ont été tués par un suprémaciste blanc. Plus...

Exécuté 20 ans après le lynchage d'un Noir

Texas Un suprémaciste blanc a été exécuté par injection létale mercredi au Texas. Il avait torturé à mort un homme noir en 1999. Plus...

Un suprémaciste blanc condamné à perpétuité

Etats-Unis Un suprémaciste blanc de 30 ans qui avait tué un sexagénaire noir en 2017 passera le reste de sa vie en prison. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.