L'Europe frappée au coeur par les djihadistes de Daech

TerrorismeLes deux attentats de Bruxelles surviennent alors que la police était déjà sur les dents pour démanteler des réseaux.

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La Belgique s’attendait à un nouvel attentat, mais qui aurait pu croire à un tel scénario? Quatre jours après l’arrestation de Salah Abdeslam, l’homme le plus recherché depuis les attentats de Paris, Bruxelles s’est retrouvée mardi matin plongée dans l’horreur. Peu après 8 h, des kamikazes – la police soupçonne trois hommes, selon les images de vidéosurveillance –, ont semé la mort dans le hall de départ de l’aéroport de Bruxelles-Zaventem. Selon les témoignages, des tirs ont d’abord été entendus, avant qu’une personne ne lance des cris en arabe et que deux explosions ne retentissent. Des images impressionnantes du plafond effondré circulent rapidement sur les réseaux sociaux. Une heure plus tard, c’est l’effroi, au cœur de la ville cette fois: une autre attaque aux explosifs fait un carnage dans le métro.

Le bilan mardi soir faisait état de 20 morts et 130 blessés – dont 17 grièvement – dans le métro, et de 10 morts et une centaine de blessés à l’aéroport. Les témoignages émanant des hôpitaux sont terrifiants. Les blessures ressemblent «à des blessures de guerre», témoigne auprès du journal Le Soir Christian Melot, le chef des urgences de l’Hôpital Erasme, qui à la mi-journée avait accueilli 14 victimes.

Une ville en panique

Bruxelles, pointée du doigt pour avoir laissé s’organiser des cellules terroristes impliquées dans les attentats de Paris, se retrouve donc meurtrie à son tour. Les terroristes n’ont pas seulement semé la mort, mais aussi réduit en quelques heures les habitants à un sentiment d’impuissance. Très vite après les explosions, tous les moyens de transport sont immobilisés. L’aéroport est bouclé bien sûr, les avions à destination de Bruxelles font demi-tour dans le ciel européen. Le métro évidemment, mais aussi les bus, les trains, plus rien ne circule. Seul le son des sirènes résonne dans la ville. «Le bruit est continu, il sort de partout, il traverse la ville comme une blessure ouverte. Ambulances, voitures de pompiers, combis de la police, voitures banalisées gyrophares allumés hurlent leur passage. Les gens s’arrêtent, regardent, hébétés: ils ont les yeux vides. Ils savent que tout cela est vrai, ils savent aussi qu’ils savaient: cela allait, cela devait arriver», écrit dans un texte rempli d’émotion et de stupeur l’éditorialiste du journal Le Soir, Béatrice Delvaux.

Les avis appelant les habitants «à ne pas bouger de l’endroit où ils se trouvent» sont diffusés. Pour ne rien arranger en termes de climat anxiogène, il est même difficile d’atteindre ses proches à Bruxelles durant cette folle matinée: le réseau de téléphone est totalement saturé. Le Palais royal est bouclé en raison d’un colis suspect. Le bâtiment du premier ministre est mis sous surveillance militaire. Des bâtiments sont évacués sous strict contrôle: celui du Berlaymont, qui abrite la Commission européenne, le sera sur le coup des 15 heures. Le niveau d’alerte maximal 4, scénario déjà vu après les attentats de Paris, est étendu à l’ensemble du territoire.

L’Europe visée

Dès l’après-midi, les attentats sont revendiqués par communiqué par le groupe Etat islamique, relayé par l’agence Amak, proche du groupe terroriste. Même pas une surprise dans cette Europe qui se sait sous la menace particulière des djihadistes au drapeau noir. Mais cette fois encore, les terroristes ont semé l’horreur et le chaos tout en soignant fortement le symbole. C’est à la station Maelbeek, soit à deux pas des institutions européennes, celles-là même qui tentent de coordonner la lutte antiterroriste sur le continent, qu’a eu lieu l’attaque du métro.

«Frapper Bruxelles, c’est frapper l’Europe et nos démocraties», commente Alain Marsaud, ex-juge antiterroriste français et membre de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats du 13 novembre à Paris. Une cible très symbolique; une cible aisée aussi: «A Bruxelles, il y a les représentants de tous les Etats membres de l’UE et des délégations du monde entier, qui entretiennent des relations avec l’UE, qui vont et viennent sans cesse. C’est quasi incontrôlable. Bruxelles est un nœud de circulation comme il y en a peu dans le monde.»

Les terroristes n’ont pas frappé n’importe quand non plus. Au moment même où toutes les polices d’Europe, et en particulier de Belgique, sont en état d’éveil maximal face à la menace djihadiste, travaillant nuit et jour à traquer les éléments nuisibles. Cela en dit long sur la force de frappe de ces cellules terroristes, si bien planquées.

La Belgique se savait menacée, l’arrestation de Salah Abdeslam révélant le soupçon qu’une cellule préparait de nouveaux attentats. Les attaques de mardi ont-elles un lien avec cette cellule, et notamment la recherche très active d’un complice présumé de Salah Abdeslam, Najim Laachraoui, et présenté comme l’un des cerveaux de l’activisme de Daech en Europe? L’enquête devra le dire.

Les perquisitions se sont en tout cas succédé toute la journée à Bruxelles. L’une d’elles concernait le quartier populaire de Schaerbeek. Elle a mené à la découverte de produits chimiques, d’un engin explosif contenant entre autres des clous et d’un drapeau du groupe Etat islamique, a communiqué le Parquet fédéral. Des explosifs ont en outre été découverts mardi soir encore à l’aéroport de Bruxelles, qui restera fermé mercredi. Les enquêteurs cherchent aussi à identifier un homme filmé par les caméras de surveillance à l’aéroport avant l’attentat et présenté comme «un suspect activement recherché». La photo de cet homme vêtu d’une veste blanche et portant un chapeau noir a été diffusée mardi soir. On le voit poussant un chariot à bagages peu avant l’explosion.

Dénonçant «deux attentats aveugles, violents et lâches», le premier ministre, Charles Michel, a décrété trois jours de deuil national dès mercredi. Fait rarissime, le roi s’est exprimé pour partager sa peine avec le peuple belge. «Pour chacun de nous, ce 22 mars ne sera plus jamais une journée comme les autres, a dit Philippe dans une allocution télévisée. Les vies brisées, les blessures profondes, ces souffrances sont celles de tout notre pays.»

Créé: 22.03.2016, 22h14

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