En Europe, la tentation de la démographie nationaliste

Hongrie/ItalieLa Hongrie comme l’Italie, en crise démographique, lancent des programmes pour favoriser la natalité auprès des nationaux.

Viktor Orbán, premier ministre hongrois, a fait du nationalisme démographique son programme politique numéro un.

Viktor Orbán, premier ministre hongrois, a fait du nationalisme démographique son programme politique numéro un. Image: Keystone

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«Approuvez-vous le fait que le déclin démographique doive être corrigé à travers un soutien appuyé aux familles plutôt que par l’intermédiaire de l’immigration?» C’est la question à laquelle les Hongrois sont invités à répondre depuis lundi dans le cadre d’une consultation lancée par leur gouvernement.

Ce n’est de loin pas la première fois que Viktor Orbán recourt à une consultation publique pour envoyer des messages à la Commission européenne quant à la souveraineté de son pays, et notamment pour défendre sa politique anti-immigration. Mais la consultation en dit aussi long sur le grave problème que rencontre la Hongrie en matière de démographie. En l’espace de trente-cinq ans, elle a perdu 10% de sa population, soit un million de personnes. Le pays est notamment confronté à une forte émigration des jeunes, attirés par les perspectives économiques en Europe de l’Ouest.

Comment faire face à ce déficit démographique? Tout au contraire de l’Allemagne qui avait ouvert ses portes aux migrants en 2015 pour des raisons économiques et démographiques, Viktor Orbán mise sur des mesures destinées à favoriser la natalité des nationaux. Mû par le spectre de la disparition de la «magyarité» et de la chrétienté, fustigeant aussi bien l’immigration musulmane que les couples de même sexe, il a fait du nationalisme démographique son programme politique numéro un.

En 2016, le gouvernement hongrois a ainsi lancé un programme prévoyant une aide de plus de 32 000 euros pour l’achat d’un logement neuf pour les familles s’engageant à faire au moins trois enfants en dix ans, ainsi qu’un prêt d’un même montant à un taux préférentiel. Des sommes colossales au regard du salaire moyen du pays (un peu plus de 600 euros par mois). L’année suivante, de nouvelles mesures étaient encore annoncées, certaines incitatives, d’autres coercitives notamment contre les établissements hospitaliers pratiquant l’avortement. Et d’autres annonces pourraient donc suivre la consultation.

Mais avec quels espoirs de résultats? «Nombre de pays européens sont confrontés à une crise démographique et essaient de développer des politiques familiales, avec des conceptions plus ou moins progressistes ou conservatrices, pour y remédier. Mais l’expérience montre que, quel que soit le modèle choisi, les politiques natalistes ne parviennent pas à faire levier sur le taux de fécondité, ou très peu, car il faut mettre énormément de moyens pour qu’un tout petit effet se produise», explique Philippe Wanner, démographe et professeur à l’Université de Genève.

Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur italien. (Photo Keystone)

L’Italie offre des terres

Une politique nataliste nationaliste est aussi en train de se mettre en place en Italie, sous l’égide du gouvernement de coalition qui a fait de la lutte contre l’immigration un programme prioritaire. Avec un taux de 1,34 enfant en moyenne par femme, la péninsule fait partie des pays d’Europe où la natalité est la plus faible, et les prévisions démographiques sont préoccupantes. Or le gouvernement vient de faire renaître une vieille idée mussolinienne pour pousser les nationaux à faire davantage d’enfants. Il veut offrir des lopins abandonnés de terres agricoles aux familles qui auront conçu un troisième enfant en 2019, 2020 et 2021, annonçait-il fin octobre, un programme qui vise le sud de l’Italie. L’opposition dénonce une conception archaïque aussi bien des familles et de leurs attentes en matière d’aides que du monde agricole actuel et de ses besoins.

Entre 1925 et 1938, Benito Mussolini avait tenté d’instaurer une politique nataliste poussée, réduisant les femmes à leur rôle de génitrice, tout en la combinant avec des programmes de repeuplement des terres agricoles. Une politique qui n’a jamais fonctionné. (24 heures)

Créé: 09.11.2018, 15h01

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