Avant le 2e tour, la double angoisse de Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen

Elections régionales en FranceAu second tour des régionales, Xavier Bertrand et Marion Maréchal-Le Pen pourraient bien voler la vedette aux deux leaders.

Si en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Xavier Bertrand parvient à terrasser la présidente du Front national, Marine Le Pen (à dr.), il sera illuminé par l’aura des vainqueurs. Ce qui déplaira fort au patron de son propre parti LR, Nicolas Sarkozy (à g.)

Si en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Xavier Bertrand parvient à terrasser la présidente du Front national, Marine Le Pen (à dr.), il sera illuminé par l’aura des vainqueurs. Ce qui déplaira fort au patron de son propre parti LR, Nicolas Sarkozy (à g.) Image: AFP/EPA

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Les craintes de Marine Le Pen et de Nicolas Sarkozy s’orientent, pour l’une comme pour l’autre, vers le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, l’une des treize régions qui – au soir du second tour électoral, dimanche – connaîtra celle ou celui qui la présidera pendant six ans. Marine Le Pen (FN) y a remporté le premier tour avec 15,5% d’avance sur son second, Xavier Bertrand (LR). L’avance est considérable. Néanmoins, la frontiste ne dispose d’aucune réserve de voix.

La dynamique qui gonfle les voiles du Front national suffira-t-elle? Xavier Bertrand pourrait l’emporter mais seulement s’il parvient à drainer massivement les votes de la gauche dont les partis se sont tous désistés en sa faveur. Par conséquent, il ne défend pas tant les couleurs de son parti Les Républicains que celle du gaullisme social, plus compatible avec l’électorat de gauche qui est aussi sensible à son engagement républicain. Ancien membre d’une loge maçonnique du Grand Orient de France, Xavier Bertrand pourra compter sur les dirigeants socialistes de la région, dont plusieurs appartiennent au même Grand Orient, défenseur de la laïcité républicaine. Cet atout n’est pas mince. Sera-t-il déterminant?

Animosité affichée

Si Xavier Bertrand parvient à terrasser la présidente du Front national, il sera illuminé par l’aura des vainqueurs. Ce qui déplaira fort au patron de son propre parti LR, Nicolas Sarkozy. Tout d’abord, les deux hommes ne cachent pas leur animosité, l’ex-président de la République ayant traité, devant des journalistes, son ancien ministre du Travail de «petit assureur médiocre et bon à rien». Ensuite, Xavier Bertrand a critiqué depuis plusieurs années les dérives de Sarkozy vers l’extrême droite. Or, les proches de l’ex-président de la République, qui sort très affaibli du premier tour, partagent également ces critiques.

Xavier Bertrand deviendrait donc un redoutable adversaire pour la primaire qui doit désigner le candidat de la droite à l’élection présidentielle de 2017. Un éventuel accord entre lui et Alain Juppé ferait barrage à cette reconquête de l’Elysée qui obsède Sarkozy.

Ambitieuse benjamine

Xavier Bertrand vainqueur,Marine Le Pen subirait donc un échec sévère, juste avant la présidentielle de 2017. Mais si, en plus, sa nièce Marion Maréchal-Le Pen l’emporte en Provence-Alpes-Côte d’Azur en battant Christian Estrosi (LR), sa position en serait particulièrement affaiblie.

Proche des milieux catholiques intégristes et très libérale sur le plan économique, la benjamine du clan défend la ligne traditionnelle de son grand-père Jean-Ma rie Le Pen. Marine Le Pen, elle, se veut plus libérale sur le plan des mœurs et plus étatique en économie. Outre la rivalité personnelle entre tante et nièce, attisée par Jean-Marie Le Pen qui n’a pas digéré d’être évincé par sa fille (!), les deux femmes illustrent deux façons d’être au Front national, difficilement compatibles à moyen et long terme.

Une défaite de la tante et une victoire de la nièce créeraient une brèche dans le leadership qu’exerce actuellement Marine Le Pen sur son parti et aiguisera l’appétit de la benjamine.


Valls met la pression dans le Grand-Est

Le premier ministre Manuel Valls a appelé à voter pour le candidat d’opposition dans trois régions pour «faire barrage au Front national». Dans le Nord et en Provence, où le candidat socialiste s’est retiré, mais aussi dans le Grand-Est où la tête de liste PS Jean-Pierre Masseret avait décidé de se maintenir. «Personne ne pourrait comprendre qu’on puisse favoriser la victoire de Florian Philippot, le candidat du Front national», a déclaré mardi Manuel Valls. Les colistiers du candidat socialiste dans le Grand-Est ont été soumis à une grosse pression afin qu’ils se retirent de la liste. Certains d’entre eux se sont désistés mardi mais pas suffisamment pour que Jean-Pierre Masseret retire sa liste. Sur les 189 colistiers du candidat, seuls 71 se sont désistés dans les délais requis. «Le compte n’y est pas», a précisé Pernelle Richardot, numéro 1 dans le Bas-Rhin.

Mardi, la prise de position du premier ministre appelant à voter à droite dans trois régions, au motif du front républicain, était contestée par Christian Paul, le député de la Nièvre et chef de file des frondeurs. Il demandait à Manuel Valls de ne pas «abuser de son expression qui, souvent, fait monter le FN».

En Provence, le Républicain Christian Estrosi – qui sait que les électeurs socialistes auront du mal à glisser son bulletin dans l’urne – a promis de mettre en place un «conseil territorial» pour que «ceux qui ont fait le sacrifice de ne pas être au second tour puissent s’exprimer sur la vie de la collectivité». Il s’engage aussi à «réunir une fois par an une session pour convier toutes les forces politiques qui auraient pu avoir des élus».

En Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, c’est la décision de se maintenir de Dominique Reynié, le candidat des Républicains arrivé 3e, qui passe mal chez les centristes. Le Parti radical, principale composante de l’UDI, a demandé que l’investiture centriste lui soit retirée. Il appelle aussi à faire «partout et sans relâche» barrage au FN.

Créé: 09.12.2015, 08h48

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