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Les 5 choses à savoir sur l’Europe de l’Est «en pleine régression démocratique»

Le politologue Jacques Rupnik rêve à Genève d’une UE à deux vitesses pour sortir de l’impasse.

Du côté hongrois de la frontière avec la Serbie, où un policier observe des migrants au repos. Les nationalistes des pays de l’Est se sont servis de la crise migratoire pour se hisser au pouvoir.
Du côté hongrois de la frontière avec la Serbie, où un policier observe des migrants au repos. Les nationalistes des pays de l’Est se sont servis de la crise migratoire pour se hisser au pouvoir.
Reuters

«Le scénario est le même dans la Pologne de Jaroslaw Kaczynski comme dans la Hongrie de Viktor Orban. Arrivés au pouvoir, les nationalistes populistes ont attaqué l’indépendance de la Cour constitutionnelle. Puis ils ont pris le contrôle des médias publics. Ensuite, les fonctionnaires n’ont plus été nommés selon leurs compétences mais selon leur obédience politique. Enfin, les services de sécurité ont été repris en mains.»

Spécialiste de l’Europe centrale, Jacques Rupnik a décrypté ce jeudi à la Société de lecture de Genève l’étonnante régression démocratique chez ces anciens élèves modèles de la transition postsoviétique. «Entre la mer Baltique et l’Adriatique», note le politologue, inquiet aussi de la Slovaquie et la Croatie.

«Le paradoxe, c’est que ces anciens pays du bloc communiste ont connu depuis 1989 un spectaculaire rattrapage au plan économique, mais aussi dans leur espérance de vie ou encore leur style de vie et leurs possibilités de voyager», relève le professeur à Sciences Po Paris. «Symbole absolu de leur intégration réussie: un Polonais, Donald Tusk, préside le Conseil européen depuis 2014.»

1. C'est un phénomène général en Occident

Comment alors expliquer les dérives à l’Est? «En réalité, la montée des nationalistes populistes se manifeste partout sur le continent. Marine Le Pen est en tête des sondages en France, tout comme Geert Wilders aux Pays-Bas», note Jacques Rupnik. «Mais à l’Est, ils sont arrivés au pouvoir. Traités en parias, ils affirment au contraire avoir été l’avant-garde d’un phénomène qu’on a pu voir à l’œuvre au Royaume-Uni (avec le Brexit) et aux Etats-Unis (élection de Donald Trump).» Ces leaders appellent à une «contre-révolution» sur le Vieux-Continent, estimant au nom de la démocratie que la voix de la majorité doit s’imposer à tous et non pas être limitée par l’Etat de droit et son corset de normes garantissant les libertés individuelles et les droits de l’homme.

2. Ils se sentent menacés par les migrants

Les nationalistes n’étaient pas en position de force avant la crise migratoire, assure le professeur. Ils s’en sont servis pour se hisser au pouvoir. «Ces pays aujourd’hui sont très homogènes et connaissent peu de migrants. Autrefois, c’est vrai, la région était plurielle. L’Empire austro-hongrois notamment réunissait bien des nations sous un seul toit, y compris les populations juives et les minorités allemandes. Mais ils ont ensuite vécu l’émergence des Etats-nations, l’extermination des juifs, le déplacement des Allemands… puis 45 ans d’enfermement derrière le Rideau de fer, coupés des vagues migratoires.»

3. Le traumatisme ottoman est toujours là

Dans l’Est européen, «les migrants sont perçus comme une menace pour l’identité nationale, la culture et la religion. Ces musulmans débarquent de Turquie et empruntent la route des Balkans. Ils sont comparés aux Ottomans conquérant Budapest et marchant sur Vienne.» Les nationalistes - qu’ils soient religieux ou non - se voient en «rempart» de la civilisation européenne face à l’islam.

4. Il y a de la désillusion face à l'Europe

Tout cela vient se greffer sur une certaine désillusion face à l’UE. Après l’enthousiasme qui a porté ces pays jusqu’à l’adhésion, ils se retrouvent dans une Union européenne qui a du mal à se dépêtrer de la crise économique, à gérer le problème de la dette grecque, à contrôler les frontières extérieures et qui se déchire autour de la crise migratoire. Le groupe de Visegrad - réunissant Hongrois, Polonais, Tchèques et Slovaques - refuse de voir Bruxelles lui imposer les quotas de migrants voulus par Berlin. Ils ne se retrouvent pas dans la «société multiculturelle» prônée par Angela Merkel. Et d’ailleurs, au plan des valeurs, ils réprouvent aussi le mariage gay.

5. Des garde-fous existent

Jusqu’où peut aller la dérive? «Les nationalistes populistes sont malgré tout limités par l’UE, qui réclame des explications et menace de sanctions», note Jacques Rupnik. L’Est européen n’a pas l’option d’un Brexit. La Pologne reçoit encore 100 millions d’euros par an de l’UE et nombre de ses citoyens travaillent dans l’ouest du continent. La Hongrie, elle, tire 3% de son PIB de l’Europe. Ces leaders fustigent Bruxelles et Berlin, mais ne sont pas rassurés par Moscou. En majorité, Polonais et Hongrois veulent rester dans l’UE. Mais pour qu’elle survive, il faudra sans doute accepter une Europe à deux vitesses: un noyau plus uni (fiscalité et armée communes) entouré d’un espace de libre-échange moins contraignant. Nous sommes à la croisée des chemins.

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