615'000 personnes tentent de peser sur Macron

Réforme des retraitesAprès la manifestation de mardi, où en est-on des grèves en France? Le point en cinq questions.

Si la mobilisation reste forte et honorable, elle n’est pas de nature à inquiéter le gouvernement.

Si la mobilisation reste forte et honorable, elle n’est pas de nature à inquiéter le gouvernement. Image: AFP/PHILIPPE LOPEZ

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615'000 personnes, succès ou échec?

Pour impressionner le gouvernement, à défaut de pouvoir véritablement le faire plier, il fallait à tout prix dépasser la mobilisation du premier jour de grève, jeudi 5 décembre, quand 806'000 manifestants avaient été recensés par le Ministère de l’intérieur à travers tout le pays. Le compte n’y est pas: ils étaient 615'000 en France, selon les chiffres de l’Intérieur, et on est loin du million de manifestants qui représentait l’espoir secret des syndicats. Certes, 75'000 personnes à Paris, c’est mieux que 65'000 le 5 décembre, mais globalement, si la mobilisation reste forte et honorable, elle n’est pas de nature à inquiéter le gouvernement.



À Noël, ce sera la grève ou la trêve?

Qu’on ne s’y trompe pas: si tous les syndicats avaient appelé à manifester mardi et empruntaient le même cortège entre la place de la République et Nation, ils sont en réalité très profondément divisés. En tête de cortège, la CGT, FO ou Solidaires exigent depuis le départ le retrait pur et simple du projet gouvernemental. Dans une logique de maintien des régimes spéciaux, ils cherchent à exercer une pression maximale et menacent de continuer la grève tant que le gouvernement n’aura pas cédé. Accepter la trêve de Noël passerait pour une faiblesse et rendrait difficile la reprise du mouvement en janvier.

À l’inverse, la CFDT, qui depuis une année a ravi à la CGT le titre de premier syndicat du pays, approuve la réforme des retraites et l’introduction d’un système à points. Elle a fixé des lignes rouges, notamment le refus d’un âge pivot à 64 ans, mais pour elle, la négociation est ouverte avec le gouvernement. Son secrétaire général, Laurent Berger, appelle très clairement à une trêve, et d’ailleurs il n’a fait qu’une brève apparition à la manifestation, comme pour montrer que l’essentiel n’est pas là...



Le gouvernement pourrait-il céder?

Quelle que soit la décision des grévistes pour Noël, le premier ministre, Édouard Philippe, a réaffirmé sa «totale détermination» à mener la réforme des retraites à bout. Pas question de retirer sans autre le projet, ce serait un aveu d’impuissance qui casserait l’image du président Macron et sa capacité réformatrice. En revanche, difficile de dire s’il va transiger ou non sur l’âge pivot à 64 ans. Il y a là un véritable choix politique: soit il maintient le projet actuel, soutenu par le Medef (la faîtière patronale) et la droite républicaine, au risque d’humilier la CFDT, soit il fait un pas envers elle et les syndicats réformistes, quitte à repousser à des négociations ultérieures la question de l’allongement de la durée de travail pour garantir l’équilibre du financement des retraites.

En soi la réforme est difficile à classer «de droite» ou «de gauche», car elle est socialement équilibrée, mais dans cet arbitrage sur l’âge pivot, Édouard Philippe va surtout révéler l’importance qu’il donne aux partenaires sociaux, dignes d’un rôle véritable ou simples exécutants de la volonté gouvernementale.



Et le Français moyen, qu’en dit-il?

Comme les sondages vont dans tous les sens, il est difficile de se faire une idée précise de ce que pensent les Français. Sur la suppression des régimes spéciaux de retraite, ils y sont généralement très favorables, par exemple 70% la semaine dernière dans un sondage Elabe pour BFM. Dans le même sondage, ils n’étaient pourtant que 58% à approuver le régime à points qui les remplacerait et une petite majorité de 54% refuse l’âge d’équilibre à 64 ans.

Un autre sondage (Harris Interactive pour RTL) révèle une forte inquiétude face au projet de réforme (65% des sondés), mais une petite minorité de 25% seulement favorables à un retrait pur et simple. Tous les autres veulent le maintien du projet, une majorité de 63% avec des modifications. Enfin, le soutien aux manifestations reste important: 62%. Et si la majorité des sondés espèrent une trêve de Noël (69%), seule une minorité de 33% sont inquiets en cas de grève, car la plupart (54%) n’ont pas l’intention de prendre le train...

Bref, on souhaite la réforme mais elle fait peur, et on garde de la compréhension pour les grévistes mais on espère qu’ils respecteront Noël.



Et le président Macron dans tout cela?

Comme rarement depuis le début du quinquennat, il laisse le premier ministre, Édouard Philippe, au front et se tient en réserve. Tous les arbitrages se font bien sûr sous son contrôle, mais en gardant cette distance, Emmanuel Macron se réserve la possibilité, en cas de dérapage, de jouer les «deus ex machina»...

Créé: 18.12.2019, 15h49

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