«Après ces législatives, gouverner les Pays-Bas va être compliqué»

Législatives aux Pays-Bas Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a consolidé sa victoire, mais il va devoir faire face à un paysage politique morcelé.

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Pas de raz de marée pour le populiste Geert Wilders. La droite du premier ministre Mark Rutte est arrivée en tête des élections législatives néerlandaises. Sa formation libérale (VVD) devance largement l’extrême droite (PVV) de Wilders, selon les résultats quasi définitifs publiés jeudi. Les travaillistes du PvdA accusent, eux, un recul historique. Tandis que les chrétiens-démocrates du CDA et les progressistes de D66, partenaires naturels pour les libéraux, arrivent à égalité en troisième position de ce scrutin. Quant aux écologistes de GroenLinks, ils pourraient jouer un rôle important après avoir triplé leur score.

Pour Benjamin Biard, aspirant chercheur au FRS-FNRS, à l’Institut de sciences politiques Louvain-Europe de l’UCL et spécialiste du populisme, la stratégie de Mark Rutte face à la vague populiste portée par le PVV de Geert Wilders a sans doute payé. Mais le premier ministre sortant va devoir faire face à un paysage politique morcelé. Et un pays plus difficilement gouvernable…

On a vu avec cette élection que le taux de participation était particulièrement élevé, aux alentours des 80%, non loin du record historique de 1977. Comment l’expliquer?

Je crois d’abord qu’il y a eu une surmédiatisation de cette élection, provoquée par les résultats surprenants aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, notamment. Cette surmédiatisation a déclenché une conscientisation d’une partie de la population néerlandaise. On peut aussi penser qu’il y a eu un «effet Turquie», qui a amené les partis plus traditionnels à resserrer les rangs, particulièrement derrière un premier ministre sortant, Mark Rutte, plutôt volontariste. Sa fermeté a manifestement plu.

Sa stratégie était-elle la bonne face à Geert Wilders?

En tout cas, il ne lui a pas donné l’occasion de pouvoir surenchérir. Il y a un autre élément, au-delà de sa stratégie de fermeté face à Wilders, qu’il faudra décortiquer: c’est le fait d’avoir estimé que Geert Wilders était un «faux populiste». C’est intéressant, dans le sens où il signifie qu’il y a des formes de populisme qui sont peut-être plus acceptables que d’autres ou plus fréquentables que d’autres. Il a peut-être réussi à capter une partie de l’attention des électeurs sensibles aux idées qui ont été véhiculées dans cette campagne – comme l’immigration, centrale ces derniers mois – et laissé sous-entendre que le populisme «à la Wilders» était trop radical.

Cela dit, les idées du PVV de Wilders ont tout de même percolé dans la société néerlandaise.

Oui, c’est incontestable. Il en restera quelque chose. Lorsque François Hollande prend la mesure très contestée sur la déchéance de nationalité, c’est parce qu’il est poussé dans le dos par le Front national. De même ici, il y aura sans doute des conséquences, même si cette influence est, pour l’instant, plus discursive que décisionnelle. Il faudra voir s’il n’y aura pas un retour de balancier induit par la montée toute relative du PVV de Geert Wilders (ndlr: quatre sièges attendus). Comme le disait le philosophe italien Gramsci, il faut d’abord remporter la bataille des idées avant de changer concrètement les choses, et les partis populistes l’ont bien compris. En 2007, en France, le président fraîchement élu, Nicolas Sarkozy, qui avait jusqu’alors tenu des discours très sécuritaires, portés sur le repli identitaire, a finalement pris peu de mesures radicales, ce qui a d’ailleurs cristallisé de nombreuses critiques du FN par la suite.

Mesures qui, dans le chef de Wilders, étaient de toute façon difficiles à mettre en œuvre…

Pour ne pas dire impossibles à mettre en œuvre pour un certain nombre d’entre elles, parce que contraires au droit international ou contraires à certaines dispositions constitutionnelles. Quand on évoque la fermeture des écoles coraniques ou de mosquées, on se heurte aux Pays-Bas à la liberté de culte. C’était de toute façon irréaliste. Il semble que ce message-là, porté par Mark Rutte notamment, ait été entendu par une partie de la population.

On voit, à l’issue de ce scrutin, émerger d’autres forces politiques «différenciantes», éloignées des partis traditionnels.

Oui, le paysage politique néerlandais est devenu très fragmenté. On voit que la gauche progressiste à tendance écologique de GroenLinks a quadruplé son score. Ce n’est pas anodin. On voit vraiment, comme en France ou d’autres pays, que le clivage socio-économique gauche-droite a vécu. En France, Macron et Le Pen ne se réclament ni de la droite ni de la gauche. Aux Pays-Bas, c’est le même constat. On est davantage dans des clivages isolationnisme-ouverture et ethnocentrisme-cosmopolitisme, si je puis m’exprimer ainsi. Ce sont des nouveaux clivages politiques qui s’imposent. La politique n’est pas figée, c’est très bien, mais cela veut aussi dire qu’il sera sans doute plus difficile de gouverner à l’avenir dans un tel contexte. Mark Rutte, qui sera sans doute amené à former un gouvernement, fera face à une complexification réelle du paysage politique. © Le Soir

(24 heures)

Créé: 16.03.2017, 17h07

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