Après l'Italie, l'Espagne entre en quarantaine

CoronavirusLe pays est le deuxième le plus touché en Europe. Le gouvernement proclame l’état d’alerte. Tous les commerces doivent fermer, sauf les magasins d’alimentation et les pharmacies.

Le chef du gouvernement Pedro Sánchez.

Le chef du gouvernement Pedro Sánchez. Image: Keystone

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Rues désertes et rideaux de fer des commerces baissés, parcs et jardins publics fermés, bacs à sable vides et balançoires à l’arrêt dans les aires de jeu, Madrid avait des airs de ville fantôme ce week-end. Seuls quelques passants promenant leurs chiens ou des touristes égarés déambulaient dans les ruelles du centre. «Les guides nous disent qu’il s’agit d’une place très animée, mais nous devrons revenir une autre fois pour voir cela, ce n’est pas de chance», glissent Osvaldo et Margarita, un couple de Mexicains en vacances en Espagne qui contemple les arcades de la plaza Mayor vidée de toutes ses terrasses de cafés.

L’annonce de l’état d’alerte, proclamé samedi soir par le chef du gouvernement Pedro Sánchez, a fait brutalement basculer l’Espagne dans une quarantaine sévère face au coronavirus, en imposant la fermeture des restaurants ou cafés, et de tous les commerces, à l’exception des magasins d’alimentation et des pharmacies.

Le décret de l’état d’alerte mobilise l’armée et limite strictement les déplacements, sauf cas de force majeure. Il s’agit d’essayer de freiner à tout prix l’emballement de l’épidémie alors que ce dimanche, le pays comptait près de 8000 cas de contagion et le virus avait fait 282 morts. L’Espagne est le deuxième pays le plus touché après l’Italie et la montée en flèche des contagions menace les hôpitaux publics au bord de l’engorgement.

Appel à l’unité

«Les mesures sont drastiques et elles auront des conséquences», a assuré Pedro Sanchez en appelant les Espagnols à l’unité. «Ensuite, nous renouerons avec la routine et nous verrons de nouveau nos amis et nos êtres chers», a-t-il ajouté, alors qu’on apprenait samedi quelques heures plus tard que son épouse était touchée par le virus.

Après des jours d’appel à «la responsabilité et la discipline sociale» pour freiner l’avancée du virus et protéger les plus vulnérables, le gouvernement a décidé de prendre le taureau par les cornes en décrétant le confinement complet du pays, après avoir jusque-là laissé les régions en charge des mesures de contention. La population est désormais appelée à rester chez elle, à limiter absolument sa vie sociale, en ne sortant que pour des allers et retours vers les lieux de travail, pour faire des courses alimentaires ou bien se rendre à la pharmacie ou à l’hôpital.

Le pays est à l’arrêt depuis la fermeture progressive des écoles et des universités, qui a été suivie par celle des cinémas, théâtres ou salles de concert. Toutes les villes ont aussi annulé une à une toutes les célébrations religieuses de la Semaine sainte, à commencer par les très emblématiques processions de Séville, qui attirent d’habitude autour d’un million de personnes.

«On ne sait pas si les restrictions ne vont pas encore empirer dans les prochains jours alors on fait des provisions au cas où», explique Jaime, qui fait patiemment la queue – en maintenant les distances réglementaires – devant un supermarché de quartier dans le centre de Madrid, où les rayonnages de riz, pâtes, huile et papier hygiénique ont été pris d’assaut.

«Cette fois, c’est sérieux», constate avec incrédulité Lucia, une étudiante qui avait dans un premier temps accueilli l’annonce de la clôture de l’université comme des vacances supplémentaires.

C’est précisément cette décontraction qui a forcé le gouvernement à prendre énergiquement le contrôle de la situation jusque-là gérée par les administrations régionales, après avoir constaté comment, à Madrid, principal foyer de contagion qui concentre plus de la moitié des cas du pays, nombre de familles avaient profité de la fermeture des écoles et universités décrétée par leur région pour aller s’installer dans leurs résidences secondaires, pour profiter de leurs «coronavacances» au soleil, exportant au passage le virus vers des régions jusque-là épargnées.

L’affluence sur les plages et la vision des terrasses des cafés bondées dans les localités de la côte méditerranéenne avaient provoqué l’inquiétude et l’indignation des maires et des autorités locales et forcé le gouvernement à une action coordonnée sur l’ensemble du territoire. C’est donc toute l’Espagne qui entre en quarantaine.

Créé: 15.03.2020, 22h56

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