Après le vote, la Catalogne replonge dans l’inconnu

EspagneÀ l’issue des élections, les indépendantistes retrouvent leur majorité. Mais comment gouverner?

Carles Puigdemont exulte. Depuis la Belgique, où il s’est replié pour échapper à la justice espagnole, l’ex-président catalan fête la victoire des indépendantistes.

Carles Puigdemont exulte. Depuis la Belgique, où il s’est replié pour échapper à la justice espagnole, l’ex-président catalan fête la victoire des indépendantistes. Image: AP

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Qui va gouverner la Catalogne? Un président en exil ou en prison? Le prochain gouvernement maintiendra-t-il la voie de la déclaration unilatérale d’indépendance? En Catalogne, on tourne et on retourne la même question: «Et maintenant quoi?» À l’issue des élections régionales de jeudi, les urnes offrent plus d’équations impossibles que de solutions et dessinent une société profondément fracturée. Les partis indépendantistes ont retrouvé leur majorité et totalisent 70 des 135 sièges de l’hémicycle (2 de moins qu’en 2015), même s’ils n’ont pas pour autant la majorité des voix dans la région, puisqu’ils ne récoltent au total que 47,5% des suffrages.

Camouflet pour Rajoy

La surprise de la soirée aura été Ciudadanos, qui a surpassé les prévisions des sondages. Le parti de centre libéral sort grand gagnant, première formation de l’hémicycle avec 37 sièges (contre 12 en 2015). Il est arrivé en tête dans les dix plus grandes villes de la région, en mobilisant une bonne part des unionistes avec son discours sans complexe qui a aidé à donner visibilité aux non-indépendantistes. Même si Ciudadanos est devenu le parti le plus voté de Catalogne, son leader, Inès Arrimadas, aura peu de chance de gouverner, faute d’alliances. Les petits résultats des socialistes et du Parti populaire ne seront pas suffisants pour l’aider à compléter une majorité et sa victoire restera symbolique, elle le sait. «L’important est que les partis nationalistes ne pourront plus jamais parler au nom de toute la Catalogne, car la Catalogne, c’est nous tous», revendiquait-elle jeudi soir.


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La formation du prochain gouvernement régional reviendra en toute logique aux indépendantistes. C’est une catastrophe pour Mariano Rajoy, le chef de l’État espagnol, qui avait précisément convoqué ces élections en pensant réussir à ouvrir la porte à une alternance pour sortir de l’impasse séparatiste. «Je vais faire des efforts pour maintenir le dialogue avec le gouvernement qui sortira du parlement», annonçait-il vendredi, en demandant aux futurs dirigeants «d’abandonner toute décision unilatérale et de rester dans le cadre de la loi».

L’inconnue Puigdemont

De son côté, l’ex-président Carles Puigdemont exulte. Depuis la Belgique, où il s’est replié pour échapper à la justice espagnole, il fête la victoire des indépendantistes. «L’État espagnol a été vaincu. La République catalane a vaincu la monarchie du 155» a-t-il lancé, en référence à l’article 155 de la Constitution espagnole, qui a permis à Madrid de suspendre l’autonomie de la Catalogne après la déclaration d’indépendance unilatérale. «Il faut maintenant une restauration du gouvernement légitime et la liberté des prisonniers», ajoutait-il, disposé, dit-il, à entamer des négociations avec Madrid. Sa liste, Junts per Catalunya (Ensemble pour la Catalogne), a obtenu 34 sièges. Elle est la plus votée du bloc indépendantiste et il compte bien faire jouer sa stature de «président légitime». Mais comment? Va-t-il gouverner depuis Bruxelles? Et avec quel projet? C’est la grande inconnue, car durant la campagne il a soigneusement évité de détailler ses ambitions: ces élections n’étaient pas, selon lui, une question de programme ou de partis mais de «dignité du peuple catalan», attaqué par Madrid. Et l’urgence était, disait-il, de «rétablir des institutions catalanes» après la mise sous tutelle et de restituer le pouvoir du «président légitime», c’est-à-dire lui-même.

Maintenant qu’il a le pouvoir à nouveau à portée de main, il va devoir définir le cap et conclure des alliances pour former sa majorité. «Cela va être compliqué car les frictions sont nombreuses au sein du camp séparatiste», avertit le politologue Pablo Simon, professeur à l’Université Carlos III de Madrid. «Il lui faudra négocier serré avec les membres de la CUP, la petite formation anticapitaliste, qui compte bien faire pression avec ses quatre députés, décisifs pour voter une investiture, et pourrait présenter des exigences maximalistes.» Les Catalans ont encore du temps devant eux avant de voir leur prochain gouvernement se constituer. (24 heures)

Créé: 22.12.2017, 22h54

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