Emmanuel Macron enterre le plan banlieue

FranceL’ancien ministre de la Ville Jean-Louis Borloo avait présenté 19 mesures pour les quartiers. Le président français en a retenu très peu

Image: Reuters

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Mais pourquoi l’avait-il donc mandaté? Du rapport sur la banlieue remis le mois dernier par Jean-Louis Borloo, Emmanuel Macron n’a finalement pratiquement rien gardé. Simple querelle entre le chef de l’Etat et l’ancien ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy qui captait trop la lumière? L’entourage du président ne cache pas l’agacement devant celui qui avait mobilisé à fond ses réseaux et attirait les médias.

Mais c’est évidemment avec un autre argument, de fond celui-là, qu’Emmanuel Macron a procédé ce mardi à l’enterrement de première classe. Le rapport remis «par un mâle blanc à un autre mâle blanc» ne vivant pas dans ces quartiers finira aux oubliettes tout simplement parce que selon le président… il ne faut pas de politique spécifique pour les cités.

C’est le droit commun que le chef de l’Etat entend rétablir dans les banlieues. Ce qu’il veut, c’est favoriser «l’émancipation» et «le retour de la république» pour en finir avec les «assignations à résidence». Mais pas question pour lui d’ajouter un énième plan sur un édifice dont les fondations lui semblent incertaines. Et pas question a fortiori d’y consacrer 50 milliards d’euros, comme le prévoyait l’addition de Jean-Louis Borloo. Exit donc par exemple l’idée d’une école de formation des élites spécifique, une sorte d’ENA des banlieues.

Cocktail de décisions
À ce genre de mesures nouvelles, Emmanuel Macron préfère un cocktail de décisions dont certaines sont même déjà prises. Ainsi a-t-il remis en perspective le dédoublement des classes de première primaire dans les zones d’éducation prioritaire, la mise en place de la police de sécurité du quotidien ou l’instauration des emplois francs (des subsides aux entreprises qui embauchent des jeunes des quartiers).

Ces mesures seront complétées par un plan contre le trafic de drogue qui devrait être prêt pour juillet, des renforts policiers (mais un effectif de 1300 hommes seulement), la création de 30.000 places en crèche, la création de 30.000 stages pour les collégiens (pour moitié par l’Etat et pour moitié par le secteur privé), l’obligation faite aux plus grandes entreprises de prendre leur part à la lutte contre le chômage et de se soumettre à des «testings» contre la discrimination. Sur la radicalisation, le président a fait une ouverture en direction des maires qui voulaient être avertis de la présence des fameux fichés S. Ils seront tenus au courant par les préfets de la présence sur leur sol des individus les plus dangereux.

Sans surprise, c’est la déception chez les élus de terrain qui défendaient l’ambitieux plan Borloo. Ancien maire de Sevran, en Seine-Saint-Denis, Stéphane Gatignon avait démissionné il y a quelques mois pour dénoncer ce qu’il appelait «l’abandon des quartiers par l’Etat». Il estime aujourd’hui que le président porte trop peu de mesures concrètes.

Ces mesures pour la banlieue ne vont en tout cas pas permettre à Emmanuel Macron de se départir de l’étiquette de «président des riches» ou de «président des villes ou des grandes métropoles». Il risque même de se fâcher aussi bien avec les maires de banlieue qu’avec ceux des zones rurales. Car le président a aussi annoncé sa volonté de faire en sorte que les banlieues ne soient pas seules à subir la pression migratoire mais que celle-ci soit mieux répartie dans le reste du territoire. (24 heures)

Créé: 22.05.2018, 22h48

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