En Allemagne, l’extrême droite bute sur l’Europe

Élections européennesL’AfD n’est créditée que de 12% des voix dans un pays resté très largement proeuropéen.

Alexander Gauland, coprésident de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD).

Alexander Gauland, coprésident de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD). Image: AFP

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L’extrême droite allemande ne fait plus recette sur l’Europe. Créditée d’environ 12% des voix, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) ne parvient plus à mobiliser ses électeurs sur ce qui était son programme fondateur: le retour au mark allemand et la sortie de l’Allemagne de l’UE (Dexit).

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«La très grande majorité des Allemands reste favorable à l’Union européenne. Du moins ils ne se sentent pas désavantagés par l’Europe comme cela peut être le cas ailleurs», résume Gero Neugebauer, politologue à l’Université libre de Berlin. Selon le sondage d’opinion commandé en 2018 par le Parlement européen, quatre Allemands sur cinq (81%) jugent en effet positivement l’UE, contre seulement 48% en Autriche ou 42% en Italie.

En Allemagne, l’AfD est le seul parti à mener une campagne eurosceptique pour le scrutin du 26 mai. Mais le fiasco du Brexit est venu desservir sa cause et le message se brouille. «Leurs positions sur l’Europe ne sont plus claires», résume Hajo Funke, spécialiste de l’extrême droite à l’Université libre de Berlin.


L’Europe donne des ailes à l'éolien autrichien


Volte-face sur le «Dexit»

Les dirigeants, qui avaient plaidé un temps pour le Dexit, ne sont plus convaincus – officiellement – par la sortie de l’Allemagne. Ils viennent de changer leur position en demandant une correction à l’Agence fédérale pour l’éducation civique. Dans le système d’aide au vote (Wahl-O-Mat), l’AfD rejoint désormais tous les autres grands partis qui répondent par la négative à la question suivante: «L’Allemagne doit-elle quitter l’Union européenne (UE)?» «Les électeurs ont compris que ce scénario serait très préjudiciable à l’économie. On ne peut pas faire une campagne contre l’Europe en Allemagne comme en Grande-Bretagne ou en Italie», insiste le politologue Gero Neugebauer.

Par ailleurs, l’AfD paie le prix de ses divisions internes entre les libéraux et les identitaires. Alexander Gauland, coprésident et idéologue du parti, ne cache plus sa sympathie pour les thèses révisionnistes, ce qui agace les militants plus modérés. «Le coprésident du parti a qualifié les 60 millions de morts du nazisme de détail de l’histoire. Il se dit fier des soldats allemands, y compris pendant la Seconde Guerre mondiale», rappelle Hajo Funke.

Le leader de l’aile identitaire (völkisch-national), Björn Höcke, évoque même le recours à la violence. «Ses idées ne sont plus tellement éloignées de celles du parti nazi», estime le politologue. «Avec de telles positions, ils ne pourront pas étendre leur influence. Les dirigeants de l’AfD sont allés trop loin. Pour le coup, l’extrême droite allemande a atteint son zénith aux législatives de 2017 avec ses 12,6%. Ils n’atteindront jamais 25 à 30% comme ailleurs en Europe», conclut-il.

Les retombées de Chemnitz

La manifestation unitaire des mouvements d’extrême droite à Chemnitz l’été dernier pour protester contre la politique migratoire de la chancelière a révélé la proximité de l’AfD avec les mouvements violents mais aussi une aile néonazie influente. «Dès que la violence entre en jeu, les Allemands ne sont plus réceptifs. L’Allemagne est un bastion démocratique», rappelle Hajo Funke, qui refuse de faire un parallèle avec la République de Weimar (1919-1933). «Plus de 90% de nos concitoyens sont des «patriotes constitutionnels», rappelle-t-il.



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Alors qu’il se présentait comme le «parti de l’ordre et du droit» lors de son entrée à l’Assemblée fédérale (Bundestag) en 2017, l’AfD a été rattrapée par plusieurs affaires de financements douteux. «Nous exigeons le respect absolu du droit bafoué par tous les partis dans ce pays», avait déclaré le coprésident Jörg Meuthen, aujourd’hui tête de liste aux élections européennes pour l’AfD. Le parti vient d’être condamné à verser de 400 000 euros d’amendes pour des dons illégaux venus de Suisse. «Pour une partie de leurs électeurs, les dirigeants de l’AfD ont rejoint les élites qu’ils dénonçaient», remarque le politologue Gero Neugebauer.

Enfin, la «crise des réfugiés», qui a permis à l’AfD d’émerger comme première force d’opposition parlementaire, ne mobilise plus. «L’AfD se répète sur ce sujet sans se renouveler», constate Hajo Funke.

Créé: 14.05.2019, 14h44

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