En Ukraine, la corruption s’invite dans la campagne présidentielle

ÉlectionCandidat à sa réélection, Petro Porochenko est éclaboussé par une affaire impliquant un proche collaborateur.

Petro Porochenko, le président sortant, est désormais distancé dans les sondages par un acteur de cinéma.

Petro Porochenko, le président sortant, est désormais distancé dans les sondages par un acteur de cinéma. Image: Reuters

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«Le président et ses amis se sont enrichis sur le dos des soldats morts au front! Ça ne peut plus continuer ainsi. Si même la justice est corrompue, c’est à nous d’instaurer notre propre justice!» Le jeune Oleh, la casquette au front et l’uniforme des Nationalniy Droujini (Milice nationale) bien ajusté, s’emporte devant les caméras. Sous une pluie drue, encadré par des centaines de policiers antiémeute, sa harangue résonne néanmoins dans le vide. Derrière lui, ses jeunes camarades désœuvrés jouent à se lancer des cochons en peluche. Les images de la manifestation du 16 mars aux abords de l’administration présidentielle, à Kiev, étaient presque pathétiques. Les démonstrations de force du parti politique ultranationaliste Natsionalniy Korpus et de sa milice paramilitaire sont pourtant pris très au sérieux dans la campagne des présidentielles ukrainiennes.

Contrebande d'armes

«Le cochon, c’est la corruption. Ou plutôt, les corrompus, qui se gavent sur le dos des Ukrainiens», poursuit le jeune militant Oleh. En ligne de mire, Oleh Hladkovskiy, proche collaborateur du président Petro Porochenko. Des journalistes d’investigation l’ont récemment mis en cause, lui et son fils Ihor, pour détournement de fonds du secteur de la défense. Ihor Hladkovskiy aurait organisé une contrebande d’équipement militaire de seconde main depuis la Russie, vendu comme neuf à l’armée ukrainienne. Grâce à l’appui de son père, jusqu’à peu secrétaire adjoint du conseil national de défense et de sécurité (RNBO), il aurait gagné plus de 9 millions de francs. Alors que le conflit dans l’est du pays contre les forces prorusses et russes a déjà causé plus de 13'000 morts selon l’ONU, le scandale est retentissant. L’enquête démontre aussi que l’ensemble des organes de lutte contre la corruption ont couvert le détournement de fonds. Certains fonctionnaires auraient été payés pour ce faire.

Si les représentants de la société civile et les sponsors occidentaux sont montés au créneau, l’affaire a été l’occasion rêvée pour les ultraradicaux du Natsionalniy Korpus, politiquement marginaux, d’imprimer leur marque sur la campagne de la présidentielle du 31 mars. Ils ont multiplié les affrontements avec les forces de l’ordre aux abords de l’administration présidentielle, mais aussi des rallies de campagne du président-candidat Petro Porochenko. Plusieurs dizaines de policiers ont été blessés lors de ces échauffourées.

Porochenko et les oligarques

L’affaire tombe mal pour Petro Porochenko, déjà malmené dans les sondages, relégué à la traîne derrière l’acteur Volodymyr Zelenskiy, crédité d’au moins 25% d’intentions de vote, et au coude-à-coude avec l’ancienne égérie de la révolution orange de 2004, Ioulia Timochenko. S’il se positionne comme un nationaliste modéré, selon un triptyque conservateur de «l’armée, la foi, la langue», ses manquements dans la lutte contre la corruption, l’une des premières préoccupations des Ukrainiens, restent son talon d’Achille. Il assure avoir pris toutes les mesures nécessaires, en premier lieu avoir licencié Oleh Hladkovskiy du RNBO. Pourtant, il est vu comme celui qui «cherche à conserver les institutions anticorruption sous contrôle, et protège des oligarques et des mafieux locaux pour s’assurer de leur soutien électoral», assène sans détour le député d’opposition Serhiy Leshchenko.

Hormis une apparition remarquée dans l’enquête des Panama Papers en 2016, pour une question de sociétés offshores non-déclarées, Petro Porochenko, milliardaire avant son élection en 2014, n’est impliqué personnellement dans aucune affaire. La croyance populaire le soupçonne néanmoins d’avoir favorisé la multiplication sans précédent des confiseries de son groupe Roshen. Des journalistes d’investigation ont aussi révélé que ses chantiers navals ont remporté un demi-milliard de hryvnias (environ 18,2 millions de francs) dans des contrats de restauration de la flotte ukrainienne. Pour le journaliste Denis Bihus, auteur de l’enquête sur la contrebande de la famille Hladkovskiy, il est difficile de trouver des excuses au chef de l’État, «qui place ses amis de longue date à des postes à responsabilité, les protège, et essaie de nous faire croire qu’il n’était au courant de rien». Une attitude qui pourrait lui coûter le jour de l’élection, et continuer d’attiser des violences dans la rue.

Créé: 27.03.2019, 15h06

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