En agitant le chiffon rouge des quotas, Macron se donne des airs de faux dur

ImmigrationLe système de quotas prévu par le gouvernement français ne plafonnera pas l’immigration. Au contraire.

Avant son élection Emmanuel Macron rejetait l'idée des politiques de quotas. Aujourd'hui, il promeut cette mesure.

Avant son élection Emmanuel Macron rejetait l'idée des politiques de quotas. Aujourd'hui, il promeut cette mesure. Image: Francesco Gattoni

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Le mot agite le débat politique français sur l’immigration depuis de nombreuses années: «quotas». Faut-il en introduire? Permettraient-ils de diminuer ou contrôler le nombre d’immigrés ainsi que leur formation? Le Rassemblement national l’exige depuis longtemps; Nicolas Sarkozy en avait parlé avant d’abandonner l’idée; François Fillon s’en était fait le champion dans son programme de candidat. Les quotas, c’est un fétiche de la droite dure, la droite inflexible, alors qu’à gauche, le mot déclenche à lui seul un sentiment de répulsion horrifié.

Et voilà qu’Emmanuel Macron, qui avant son élection rejetait l’idée avec mépris – «Je ne crois pas aux politiques de quotas, parce qu’on ne sait pas les faire respecter» – promeut cette mesure comme un des points centraux du plan immigration présenté mercredi par le premier ministre Édouard Philippe. Mais comme souvent chez le président, l’écart entre les mots et la réalité de ce qu’ils recouvrent doit soigneusement être mesuré.

En faisant le choix du terme «quotas», le gouvernement affiche une position politique de fermeté. Édouard Philippe l’a d’ailleurs revendiqué en présentant son plan: «Le sens de notre action, c’est celui de la souveraineté. Nous voulons reprendre le contrôle de notre politique migratoire.» Et dans le catalogue des 20 mesures censées permettre d’atteindre ce but, l’idée des quotas prend une place centrale: «Notre volonté est de faire des choix en matière d’accueil: fixer des objectifs quantitatifs ou des quotas – les deux termes me vont – en matière d’immigration professionnelle.»

Mais de quoi parle-t-on? D’abord, dissipons toute équivoque: la libre circulation en provenance de l’Union européenne (ou de la Suisse) n’est pas concernée, on ne parle que des étrangers non européens qui doivent obtenir un titre de séjour. L’an dernier, ils ont été 255'000 en France. La plus grande partie étaient des regroupements familiaux (90'000 personnes), viennent ensuite les étudiants (83'000) et enfin les réfugiés reconnus comme tels (34'000). Aucune de ces catégories n’est concernée par les quotas et le gouvernement a bien précisé que les règles les concernant ne changeront pas.

Alors, qui ces fameux quotas visent-ils? Uniquement les titres de séjour décernés à titre économique (33'000 l’an dernier) et qui représentent donc l’immigration professionnelle. Pour l’essentiel, ce sont des personnes engagées par des employeurs qui ne trouvent pas de candidat sur le marché français ou européen. Le gouvernement va-t-il plafonner ce nombre, ou le diminuer? Non, au contraire, c’est d’ailleurs tout le paradoxe des quotas à la sauce Macron.

Comme l’a expliqué Muriel Pénicaud, ministre du Travail, l’idée n’est pas de fixer un plafond, mais plutôt de faciliter l’obtention d’un permis de séjour pour les professions ou les régions du pays où l’on ne trouve pas de main-d’œuvre. Chaque année, une liste sera établie des «professions en tension», région par région, et des «quotas» leur seront attribués pour alléger les démarches administratives et faciliter l’engagement de travailleurs étrangers. À un journaliste qui lui demandait de chiffrer la baisse des autorisations de séjour que le gouvernement espère atteindre, Édouard Philippe a répondu en esquivant: «Notre objectif n’est pas de rendre la France moins attractive, c’est de retrouver le contrôle. Il s’agit de faire en sorte que la politique migratoire soit maîtrisée et corresponde aux choix de la nation.»

Résultat: la gauche dénonce les quotas, la droite s’indigne de leur insuffisance, et le gouvernement, sans changer grand-chose à la pratique actuelle, peut donner une impression de fermeté…

À côté de ce tour de passe-passe politique, d’autres mesures sont prévues, pour faciliter le renvoi de requérants d’asile déboutés, mieux contrôler les abus de l’aide médicale ou encore instaurer un délai de carence de trois mois pour l’accès des demandeurs d’asile aux soins médicaux non urgents. «Nous irons loin dans l’ouverture, et loin dans le contrôle», a résumé le premier ministre.

Créé: 06.11.2019, 21h07

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