François de Rugy, ministre solitaire dans l’œil du cyclone

FranceBlanchi ou pas? Le sort du membre du gouvernement sera vite tranché. Mais le premier ministre a déjà pris ses distances, au cas où.

Le ministre français de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy (ici sur les Champs-Élysées lors du défilé du 14 Juillet), aurait selon «Mediapart» organisé des dîners privés somptueux quand il était président de l’Assemblée nationale.

Le ministre français de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy (ici sur les Champs-Élysées lors du défilé du 14 Juillet), aurait selon «Mediapart» organisé des dîners privés somptueux quand il était président de l’Assemblée nationale. Image: EPA/ Ian Langsdon/Keystone

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Quel contraste avec l’affaire Benalla! On est pourtant un an exactement plus tard, à une semaine près, ce moment de l’été où la politique s’apaise et où les esprits branchés en mode vacances ne demandent qu’à s’enflammer pour un feuilleton si possible scandaleux. De même, comme avec Benalla, l’affaire François de Rugy a démarré par une succession calamiteuse de révélations distillées sur plusieurs jours, le pire des scénarios pour un gouvernement toujours menacé d’être pris à contre-pied s’il réagit mal. Pourtant, cette fois-ci, aucune panique au sommet de l’État, ni à l’Élysée ni chez le premier ministre: toutes les mesures ont été prises pour que, quoiqu’il arrive, l’opprobre retombe sur le ministre de la Transition écologique et solidaire – et sur lui seul.

Que reproche-t-on à François de Rugy? A priori rien d’illégal. Mais, en tant que président de l’Assemblée nationale puis en tant que ministre d’État numéro deux du gouvernement, il aurait joui avec un peu trop d’enthousiasme des fastes liés à ses fonctions. Les révélations viennent du site d’information «Mediapart» et concernent d’abord une dizaine de dîners offerts à la résidence du président de l’Assemblée, l’hôtel de Lassay.

Cette résidence est un endroit réputé pour sa table et sa cave, car il faut savoir qu’on est chez le deuxième personnage de l’État, après le président de la République: on y achète de bons crus qu’on laisse vieillir, les cuisiniers sont talentueux et les frais de réception y dépassent allègrement 400'000 euros par année. En fait, l’année où François de Rugy était en fonctions, ils ont diminué de 13%, mais «Mediapart» affirme qu’avec sa femme, journaliste au magazine people «Gala», ils organisaient régulièrement des réceptions amicales aux frais de la princesse. Ils le contestent mais, repas de travail ou pas, ce qui fait le buzz, ce sont des photos de homards et de grands crus…

Ce n’est pas tout. Devenu ministre, François de Rugy a fait réaliser des travaux dans sa nouvelle résidence – l’hôtel de Roquelaure, construit au début du XVIIIe siècle – pour 63'000 euros. Il s’agissait essentiellement de refaire les peintures, mais il y a aussi 17'000 euros pour un dressing.

Choquant, pas choquant? Le premier ministre, Édouard Philippe, a réagi rapidement. Jeudi dernier, un jour après que l’affaire éclate, il a ostensiblement convoqué François de Rugy et annoncé «une inspection qui permettra de vérifier le respect des règles en vigueur et du principe d’exemplarité qui s’imposent à tous les ministres». Au cas où «la moindre ambiguïté» persisterait, le ministre remboursera «chaque euro contesté».

«Il aura l’air fin quand il demandera aux Français des sacrifices pour la transition écologique»

Un député de la majorité

En clair, on joue la légalité, pour éviter la précipitation et une démission sous pression qui créerait un précédent, mais on prend la distance nécessaire. Si les enquêtes menées à l’Assemblée et au ministère étaient défavorables, ou si de nouveaux éléments intervenaient, François de Rugy serait poussé à la démission sans trop de dommage pour le gouvernement. S’il est blanchi, du moins légalement, il pourrait rester en place et on fustigerait les exagérations de «Mediapart», ce qui ne serait pas pour déplaire au gouvernement.

Reste la question de savoir si le numéro deux du gouvernement, le seul à avoir rang de ministre d’État, ne sera pas considérablement affaibli par cette affaire. «Le homard de Rugy, ça va être le running gag de l’été», persifle un député de la majorité. «Il aura l’air fin quand il demandera aux Français des sacrifices pour la transition écologique», ajoute un autre. Même ses collègues ministres le taclent. «Une des premières mesures que j’ai prises à mon ministère, c’est de faire en sorte qu’on serve de l’eau en carafe et des plats extrêmement simples», a déclaré Marlène Schiappa (Égalité). «Moi, quand je déjeune, y compris le midi très rapidement dans mon ministère, les déjeuners me sont facturés à la fin de chaque mois», ajoute Jacqueline Gourault (Cohésion des territoires).

Avec l’écologie, François de Rugy est censé défendre l’axe stratégique de la seconde partie du quinquennat. À voir l’allégresse avec laquelle certains s’en distancient, ses collègues ne s’en soucient pas trop…

Créé: 15.07.2019, 22h22

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