Grâce à la Grande Guerre, Macron part à l’offensive

FranceLe président tente de reprendre contact avec les Français au travers des commémorations du centenaire de l’Armistice.

Emmanuel Macron tout sourire au milieu de figurants, lundi à Morhange, où il a rendu hommage aux premiers morts de la Grande Guerre.

Emmanuel Macron tout sourire au milieu de figurants, lundi à Morhange, où il a rendu hommage aux premiers morts de la Grande Guerre.

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Itinérance… Le mot dégage un fumet de préciosité littéraire – et c’est sans doute pour cette raison qu’Emmanuel Macron l’a choisi. «Itinérance du président de la République», c’est donc ainsi qu’il a décidé d’appeler le déplacement exceptionnel d’une semaine qu’il effectue à travers l’est et le nord de la France pour marquer le 100e anniversaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale. Ce cheminement n’a rien d’une errance, c’est une volumineuse caravane médiatique qui a démarré dimanche soir à Strasbourg et qui traversera onze départements pour s’achever samedi dans la prairie de Compiègne, là où la fin des hostilités fut signée. Pendant cette séquence d’une semaine, le président français veut marquer les esprits dans un registre qu’il affectionne tout particulièrement: la célébration mémorielle. Une manière de faire de la politique en s’appuyant sur l’histoire.

Tout a commencé dimanche soir à Strasbourg. Pourquoi cette ville? Parce qu’elle est au cœur de la querelle avec l’Allemagne, arrachée par le Reich en 1871 et retournée dans le giron de la nation en 1918. En présence du président allemand, Frank-Walter Steinmeier, un concert a marqué symboliquement à la cathédrale «la paix retrouvée et le retour de l’Alsace-Moselle à la France», selon les explications officielles. On jouait les «Nocturnes» de Debussy et un concerto pour violon de Beethoven. Dans le public, frigorifié par une attente de deux heures due aux mesures de sécurité, un journaliste allemand grommelle avec facétie: «C’est quoi le lien avec la restitution de l’Alsace? J’ignorais que Beethoven l’avait célébrée avec anticipation…»

«En célébrant la souffrance des «poilus», en visitant des petites localités où jamais un président n’est passé, Emmanuel Macron espère toucher le cœur des Français»

Au-delà des plaisanteries, l’enjeu d’un tel déplacement pour Emmanuel Macron est de retrouver un contact perdu avec la population. Tout au long de la semaine, il va s’offrir des bains de foule, multiplier les «dîners républicains» avec des élus locaux, parler plan de lutte contre la pauvreté ici, réforme de la santé là, investissements dans les entreprises innovantes ailleurs… Bref, il va vendre sa politique sur le terrain, comme un commis voyageur.

L’autre enjeu est plus symbolique, c’est la mémoire historique. Ici le commis voyageur cède la place au président et à cette volonté qui le caractérise de toujours se mesurer à ses prédécesseurs. Comme par hasard, l’équipe d’Emmanuel Macron fait remarquer que depuis le général de Gaulle, on n’a pas vu de président passer une semaine dans une région du pays. Elle évoque aussi avec envie l’image de François Mitterrand et du chancelier Helmut Kohl se tenant la main à Verdun en 1984… En célébrant la souffrance des «poilus», en visitant des petites localités où jamais un président n’est passé, Emmanuel Macron espère toucher le cœur des Français. En rencontrant Angela Merkel dans la clairière de Compiègne, là où l’Armistice fut signé le 11 novembre 1918, il espère figer une de ces photos qui restent pour l’éternité.

Fidèle à ce double scénario, le président français a alterné lundi le mémoriel et l’ode aux technologies de pointe. Sur le champ de bataille de Morhange, en Lorraine, il a rendu hommage avec gravité aux morts du début de la guerre, en août 1914, ceux qui les premiers ont perdu l’espoir d’une victoire rapide la fleur au fusil. Et quelques heures plus tard, dans une friche sidérurgique réaménagée en zone industrielle, il visitait avec gourmandise une entreprise spécialisée dans les nanotechnologies. Le message est clair: en 1918, la région a su reconstruire sur les ruines de la guerre; aujourd’hui, elle saura surmonter les souffrances de la désindustrialisation et de la mondialisation.

(24 heures)

Créé: 05.11.2018, 20h03

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