Kurz, le jeune chancelier qui remodèle l’Europe

AutricheL’Autriche prend en juillet la présidence de l’UE. Portrait du conservateur Sebastien Kurz, qui gouverne avec l’extrême droite.

Sebastian Kurz, le leader populiste à la tête du FPÖ.

Sebastian Kurz, le leader populiste à la tête du FPÖ. Image: REUTERS

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Certes, les arrivées en Europe sont actuellement en recul, mais, comme le feu qui dormait sous les cendres, la question de l’asile est de retour au centre des préoccupations des dirigeants du continent. Dans ce contexte, l’Autriche a pris ce dimanche la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne pour six mois. À sa tête se trouve Sebastian Kurz, qui a justement bâti son succès dans son pays sur un sujet: le rejet, à peu d’exceptions, de l’immigration, assorti d’une vision restrictive de l’asile. Si la présidence tournante revient surtout à un rôle de coordination pour le pays concerné, c’est tout de même une occasion de prestige pour le jeune chancelier conservateur, qui gouverne depuis décembre en coalition avec le parti d’extrême droite FPÖ.

«Les électeurs de Sebastian Kurz attendent qu’il avance sur le sujet migratoire, auquel il doit son élection», explique Eva Zeglovits, directrice de l’Institut viennois pour la recherche sociale. Il en a donc fait la priorité de la présidence tournante autrichienne. Depuis des semaines, l’homme fort de Vienne peut répéter à l’envi ses positions dans les médias, nationaux et internationaux. Il veut que l’Union européenne ferme hermétiquement ses frontières extérieures; il refuse un nouveau mode de répartition des réfugiés entre États membres; il propose d’ériger des camps de rétention en dehors de l’Union, où pourraient être renvoyés les déboutés du droit d’asile – une idée «humanitairement et légalement inacceptable», selon Paris.

Le jeune chef des conservateurs autrichiens continue sur la voie qui est la sienne depuis 2015. Après la «crise des réfugiés», il a su capter les angoisses d’une partie de l’électorat. Ministre des Affaires étrangères à cette époque, il s’est distancié du reste du gouvernement, une coalition des sociaux-démocrates avec les conservateurs. Les élections anticipées qui ont suivi ont été l’occasion de mettre en avant son action diplomatique pour la fermeture coordonnée des frontières des pays de transit dans les Balkans. «Pendant la campagne des législatives, Sebastian Kurz a fait sien le thème traditionnel du FPÖ, l’immigration», rappelle Eva Zeglovits, en relevant que «cela aurait été impensable il y a quelques années encore!»

Le Viennois a par ailleurs marqué des points en promettant un nouveau style en politique. Avec sa jeunesse en étendard, il a donné un coup de vernis à son parti et fait entrer de nouveaux visages dans ses équipes. Pourtant, malgré ses 31 ans, Sebastian Kurz est en réalité un vieux briscard du parti conservateur. Dès 2009, il en était élu président de la branche jeunesse. En 2011, il était nommé secrétaire d’État à l’Intégration. Deux ans plus tard, ministre.

Le renouveau pour Sebastian Kurz devenu chancelier passe ensuite par la rupture de la coalition avec la gauche. Sans tabou, il se tourne vers l’extrême droite. Avec le FPÖ, il met en place une politique restrictive à l’égard des étrangers. Dernière en date, la réforme du minimum social prévoit que celui-ci soit dorénavant conditionné à un bon niveau d’allemand. Stefan Schnöll, qui a succédé au chancelier à la tête des jeunes conservateurs, s’extasie devant l’entente affichée par les deux partis au pouvoir: «ils gouvernent ensemble, pas l’un contre l’autre».

Malgré un scandale mettant en cause la gestion par le FPÖ des services secrets du pays et un autre impliquant un livret de chants nazis, le chef du gouvernement a pu conserver sa popularité auprès de ses électeurs, en tenant ces affaires à distance de sa personne. Va-t-il désormais se faire un nom sur la scène internationale? Actuellement, ses alliés potentiels se trouvent en Bavière, en Italie, au Danemark… Même, au début du mois, l’ambassadeur de Donald Trump en Allemagne, Richard Grenell, en parlait comme d’une «rockstar», en matière de politique migratoire. Il a maintenant six mois pour faire entendre sa musique, un peu plus fort, aux autres dirigeants européens. (24 heures)

Créé: 01.07.2018, 17h52

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