L’Europe peine à désamorcer la crise entre les États-Unis et l'Iran

Moyen-OrientLes Vingt-Huit n’ont pas enclenché le mécanisme de sanctions contre Téhéran dans l’espoir de faciliter une désescalade.

Le président iranien Hassan Rohani.

Le président iranien Hassan Rohani. Image: Keystone

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Emmanuel Macron et Hassan Rohani s’étaient donnés jusqu’au 15 juillet pour retrouver «les voies du dialogue» entre l’Iran et les États-Unis. Mais, faute de concessions réciproques, et malgré l’envoi à Téhéran d’un émissaire français la semaine dernière, le dialogue de sourds reste d’actualité entre Téhéran et Washington, sous le regard de plus en plus inquiet des Européens, agacés par le refus iranien de faire «les petits gestes» réclamés pour réduire les tensions, après les récentes attaques de tankers dans le Golfe persique. Pour autant, voulant se donner un peu de temps encore, les Européens n’ont pas activé de sanctions contre l’Iran.

Mais en fait, depuis dimanche, nul ne se faisait plus d’illusions. Dans un discours télévisé, le président Hassan Rohani avait affirmé que son pays était prêt à dialoguer avec les États-Unis, si ceux-ci levaient les sanctions que Donald Trump a imposées à la République islamique, après s’être retiré l’an dernier de l’accord nucléaire de 2015. «S’ils lèvent les sanctions, mettent fin à leurs pressions économiques et reviennent à l’accord, nous sommes prêts à tenir des discussions avec les États-Unis dès aujourd’hui et n’importe où», avait déclaré Hassan Rohani. Une offre immédiatement rejetée par Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain. Pour Washington, l’heure n’est pas à la diplomatie mais à l’imposition d’autres «sanctions substantielles», avait prévenu dès mercredi Donald Trump. Dans ces conditions, la porte du dialogue ne pouvait que se refermer.

Face à la demande de «cessez-le-feu» entre Iraniens et Américains, exprimée à Téhéran mardi et mercredi par Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, l’Iran a campé sur sa position en répondant par une levée au préalable de «toutes les sanctions pétrolières et bancaires». Une exigence bien trop grande pour espérer en retour le début du commencement d’un geste américain. Washington a fait, en effet, de l’interdiction iranienne d’exporter son pétrole le cœur de sa stratégie d’étouffement de l’économie locale, dans l’espoir que les Iraniens finissent par se révolter contre leur régime. Une stratégie encore loin de porter ses fruits.

En riposte au retrait américain de l’accord nucléaire et à l’imposition de sanctions implacables, Téhéran a commencé le 8 mai dernier de se désengager de l’accord dans l’espoir de forcer les Européens à le sauver. L’Iran a d’abord annoncé le dépassement de son stock d’uranium faiblement enrichi autorisé à 300 kg et, il y a une semaine, celui du taux d’enrichissement d’uranium limité à 3,67 %. Sans concessions américaines sur ses exportations de pétrole, Téhéran menace de se désengager encore plus de l’accord, début septembre.

Dangereux dialogue de sourds

C’est là où l’Europe - en particulier la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, signataires de l’accord nucléaire - ne suit plus Téhéran, comme l’ont indiqué dès dimanche les ministres des Affaires étrangères des trois pays concernés. «Nous avons dit aux Iraniens qu’on est prêts à examiner les conditions d’une désescalade, mais la condition, c’est que l’Iran respecte ses engagements, c’est-à-dire qu’il revienne sur les 300 et quelques kilos d’uranium enrichi et sur son nouveau taux d’enrichissement à 4,6 %», confie une source diplomatique française, impliquée dans la crise. Il est «irréaliste» d’attendre que l’Iran «revienne aux conditions qui prévalaient avant le 8 mai 2019» sans que les Européens ne fassent «la preuve de leur volonté politique et de leur capacité» à permettre que l’Iran «bénéficie en pratique» de l’accord, a répondu lundi un porte-parole du pouvoir iranien.

Lundi encore, à l’issue d’une réunion à Bruxelles des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne consacrée à la crise, aucune décision n’a été prise. Pour l’instant, a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, aucune partie prenante à l’accord nucléaire n’a manifesté son intention d’actionner le mécanisme de sanctions contre l’Iran.

Le dangereux dialogue de sourds va donc continuer, et dans les eaux du Golfe, ou ailleurs au Moyen-Orient, les risques de dérapages demeurent. À Téhéran, derrière le président Rohani, la position des partisans d’une négociation avec les États-Unis s’affaiblit face aux plus intransigeants, regroupés autour du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, échaudé par le retrait américain de l’accord nucléaire qu’il n’avait accepté que du bout des lèvres. «Les plus durs disent qu’il n’est pas question de discuter avec les États-Unis, relève un observateur étranger à Téhéran. En face, nous ne savons pas quel est le poids que peuvent avoir auprès du guide Hassan Rohani et son ministre des Affaires étrangères Javad Zarif, mais ce que l’on sait, c’est que les plus intransigeants ont l’intention de répondre coup pour coup.» L’annonce ce lundi de la détention de la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah semble montrer que les radicaux sont bien décidés à gêner leurs adversaires. En Iran et hors des frontières du pays.

Créé: 16.07.2019, 10h41

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