«L’ascenseur social fonctionne en banlieue!»

Chroniques de la Macronie 1/5Catherine Arenou est une femme de droite, mais qui se bat comme une louve pour la défense des banlieues françaises. Bienvenue à Chanteloup-les-Vignes, pour une visite étonnante…

«Macron nous a déçus parce qu'il avait promis! J'avais cru sa parole», confie Madame le maire.

«Macron nous a déçus parce qu'il avait promis! J'avais cru sa parole», confie Madame le maire. Image: LEA CRESPI

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Madame le maire, comme on dit ici, est un petit bout de femme énergique, cheveu court, verbe haut. Grand-mère de 65 ans, elle dirige la ville depuis 2009 mais a fermé son cabinet de médecin il y a quelques années: «Soit je tuais ma ville, soit je tuais mes patients!» rigole-t-elle. Vendéenne issue d’une famille traditionaliste, elle était «faite pour vivre d’a priori et de passé», mais elle est devenue, elle, l’élue de droite, un des porte-drapeaux de la révolte des banlieues. Catherine Arenou est un phénomène.

Ici, c’est Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines, 25 km à l’ouest de Paris. Comme souvent en banlieue, le nom chante un passé bucolique: il y a cinquante ans, la petite bourgade groupée autour de l’église comprenait une majorité de paysans et de viticulteurs. «Ça n’avait pas bougé depuis Louis XV, et puis, dans les années 1970, Pompidou est venu! Il y avait les usines Simca et Renault dans la vallée, une forte immigration maghrébine, il a construit une cité, le quartier de la Noé.»

Les constructions étaient de qualité, alors les premières années, «c’était la ville du bonheur». Mais rapidement il y a eu la crise, le chômage et, en même temps, le droit au regroupement familial des travailleurs immigrés: «En dix ans, on est passé de la cité radieuse à la cité radiée.» Un chiffre: en 2000, la commune de Chanteloup-les-Vignes comptait 82% de logements sociaux, contre moins de 10% pour les deux communes voisines. «Nous sommes un ghetto de pauvres au milieu de voisins riches. D’ailleurs, il y a quelques années, mes collègues de l’agglomération m’appelaient Cosette», lance-t-elle avec un voile sombre dans les yeux…

L’argent de l’État
Cosette ne s’est pas résignée. De fait, si vous prenez le train pour Chanteloup-les-Vignes, vous serez surpris: à la sortie de la gare, on débarque en plein «quartier», la mosquée à droite, l’agence pour l’emploi à gauche, une population presque exclusivement d’origine africaine. Mais les bâtiments ont été réhabilités, les espaces communs sont joliment jardinés, les rues pimpantes. L’impression d’une banlieue de luxe. Pas de tags, pas de terrains vagues, pas de portes défoncées. Que s’est-il passé? L’argent de l’État! Un plan de rénovation urbaine lancé il y a quinze ans par l’ancien ministre Jean-Louis Borloo, et dont la ville a profité: 108 millions d’euros en huit ans. Cela a-t-il supprimé la pauvreté? Non. Cela a-t-il changé la vie des gens? Oui.

Catherine Arenou tape du poing sur la table: «Nous ne sommes pas des territoires où l’argent est gaspillé!» Ah bon? Mais alors, à part les murs, qu’est-ce qui a changé? D’abord l’envie de vivre ici. «Auparavant, sur 100 demandes de mutation de logement que je recevais, 80% des gens voulaient quitter Chanteloup. Maintenant, c’est une petite minorité.» Les investisseurs privés aussi reviennent et construisent des lotissements qui attirent une nouvelle population. «Ceux des quartiers qui travaillent, qui s’en sortent, vont y habiter. L’ascenseur social fonctionne en banlieue.» L’autre changement, c’est une ambiance apaisée. «En 2007, quand j’ai choisi de construire un centre sportif entièrement vitré, on m’a traitée de folle. À ce moment-là, les gosses étaient dans la rue et caillassaient tous les soirs. Eh bien, le bâtiment est là, magnifique, ils n’y ont jamais touché!»

Pourtant, Catherine Arenou n’est pas toujours aussi fringante: en avril dernier, quand des jeunes ont mis le feu à une école maternelle, elle a eu un gros coup de mou. «Un instant, j’ai même songé à démissionner.» C’est peut-être pour cela qu’elle en veut tant à Emmanuel Macron.

«Avec Macron, nous sommes passés d’un état d’espoir à un état de désespoir»

«Avec lui, nous sommes passés d’un état d’espoir à un état de désespoir.» Tout a commencé par «l’été meurtrier», l’an passé, quand il taille 12% dans la politique des quartiers. «J’ai perdu 42'000 euros. Ça semble peu, mais ça finançait la prise en charge d’une centaine d’enfants défavorisés pendant les vacances.»

Alors elle se mobilise, lance avec d’autres l’Appel de Grigny. Macron les reçoit, les écoute, un grand processus débouche en avril sur le rapport Borloo. Mais le 22 mai dernier, réponse du président: «Je ne ferai pas de discours, je ne ferai pas de plan, je n’appliquerai pas le rapport Borloo. Fin du bal! Il ne l’a pas dit comme ça, mais c’était le sens…»

À ce moment-là, elle sursaute: «P…, j’ai oublié mon petit-fils!» On galope à sa voiture, on file retrouver le petit sous un chapiteau en dur installé au milieu du «quartier». «C’est beau, non? J’ai rassemblé l’argent dans tous les coins, ça ne nous a presque rien coûté!» Elle sert des mains, console le petit, elle parle avec des gens, donne des conseils, finit de consoler le petit… Avec ou sans Macron, la vie continue. (24 heures)

Créé: 17.07.2018, 20h13

«On dit qu’en banlieue rien ne change. C’est faux!»

Interview de Christophe Guilluy, géographe et auteur du «Crépuscule de la France d'en haut» (Flammarion)



– Vous critiquez le discours dominant sur les banlieues, pourquoi?
– Depuis les années 1980, on se fait des banlieues une représentation de ghetto ethnique. Et trente-cinq ans plus tard, on nous dit: rien n’a changé, c’est toujours la même chose. Or moi je dis: tout a changé! Les ZUS (zones urbaines sensibles) sont les territoires les plus mobiles de France, ceux où il y a le plus de mouvement. Les études le prouvent.

– Et qu’est-ce que cela signifie?
– Que les banlieues fonctionnent comme des sas, des zones d’entrée et de sortie de l’immigration. Ceux qui ont des diplômes, ceux qui trouvent du boulot partent, et ils sont remplacés par une nouvelle immigration. C’est stupide de prétendre que la politique de la ville est un échec! Simplement, ceux qui ont profité de ces aides quittent la banlieue et sont remplacés. En réalité, cela fait trente ans que ces territoires créent de la classe moyenne!

– Pourtant, ce sont toujours les mêmes images de voitures en flammes…
– C’est vrai. Ça s’explique en partie parce que les ZUS sont au cœur des métropoles et que la gentrification les enserre de toutes parts. Vous avez donc les territoires les plus pauvres dans les environnements les plus riches de France. Cela conduit à des tensions très fortes. Mais le fond du problème, c’est l’immigration et, bien sûr, c’est une question taboue: quand en permanence vous avez l’arrivée de gens précaires, sans formation, qui ne parlent pas la langue, avec des questions culturelles et qui viennent remplacer ceux qui partent, on n’en finit jamais.

– C’est aussi, dites-vous, un réservoir de main-d’œuvre…
– Le bobo parisien a besoin d’une nounou africaine pour garder ses enfants… Et le bâtiment ou la restauration sont aussi avides de main-d’œuvre bon marché.

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