L’avion du futur franco-allemand aura encore des obstacles avant de pouvoir décoller

DéfenseÀ Toulouse, Angela Merkel et Emmanuel Macron espèrent relancer les projets d’avion et de char.

Angela Merkel et Emmanuel Macron se réuniront dès demain pour évoquer l'avenir de la défense commune de la France et de l'Allemagne.

Angela Merkel et Emmanuel Macron se réuniront dès demain pour évoquer l'avenir de la défense commune de la France et de l'Allemagne. Image: AFP

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Ils portent des petits noms abscons: le SCAF et le MGCS. Le premier (Système de combat aérien du futur) est un avion de combat qui devrait voler en 2040, le second (Main Ground Combat System) est un char d’assaut qui succédera au Leclerc français et au Leopard 2 allemand. Le tout est le symbole de cette Europe de la défense que la France et l’Allemagne entendent accoucher par une collaboration exemplaire.

Seulement voilà, la collaboration n’est pas toujours exemplaire, il lui arrive de patiner, et ce mercredi, lors du sommet franco-allemand qui réunira Angela Merkel et Emmanuel Macron à Toulouse, un des buts sera de désembourber les deux projets. «C’est compliqué, il y a des questions de répartition industrielle ou des problèmes de concurrence à surmonter, mais nous sommes optimistes. Sur l’avion et le char du futur, les ministres concernés pourront annoncer des progrès ou des déblocages», assure un des conseillers de l’Élysée.

Sur le papier, les choses sont simples: les projets impliquent des groupes industriels des deux pays à parité, l’Allemagne a la conduite du projet de char, la France celle de l’avion. Mais des querelles de répartition des contrats entre les entreprises allemandes pour le char ont conduit ces derniers mois le Bundestag à bloquer temporairement les crédits de recherche sur l’avion et à menacer de ne les voter que par petites tranches…

En France, c’est la stupéfaction: qu’un parlement puisse bloquer des crédits militaires qui dépassent 25 millions d’euros, cela défie l’entendement. Que des questions de politique industrielle régionale puissent faire obstacle à des projets d’armements jugés prioritaires, cela semble incompréhensible.

Âpres négociations

La France, nation combattante avec une armée engagée sur le terrain et 40'000 soldats à l’étranger, doit composer avec une Allemagne qui n’a pas forcément les mêmes priorités en matière de politique de défense. Comme l’a résumé devant des journalistes français un ancien parlementaire socialiste du Bundestag, Hans Peter Bartels, aujourd’hui commissaire parlementaire des forces armées: «L’Allemagne ne soutient une armée que dans l’espoir qu’elle ne sera jamais déployée, quand la France, dotée de l’arme nucléaire et d’un siège à l’ONU, […] se sent une responsabilité d’intervenir…»

Ces âpres négociations de contrats entre géants industriels devraient faire l’objet d’un accord ce mercredi à Toulouse. Mais il s’y ajoute un autre différend sur les exportations d’armes. À la suite de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, l’Allemagne a interdit les exportations vers l’Arabie saoudite, bloquant du même coup des armements français dont des entreprises allemandes avaient fourni certains composants.

Là aussi, un accord devrait être passé pour empêcher l’Allemagne de faire obstacle quand elle a participé à moins de 20% de l’équipement français, mais l’épisode suscite des craintes, en France, sur la commercialisation des armements futurs développés en partenariat avec l’Allemagne. On ne pourra plus, comme avec le Rafale, décider souverainement à qui on ose le vendre.

Créé: 15.10.2019, 20h25

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