La Catalogne est déchirée un an après le référendum

IndépendantismeSéparatistes et unionistes sont plus divisés que jamais. Et le fossé se creuse de jour en jour.

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Veillées, kermesses, pyramides d’urnes, les indépendantistes catalans ont fêté ce week-end à leur manière l’anniversaire du référendum d’autodétermination de la région qui s’était tenu le 1er octobre 2017 malgré l’interdiction de Madrid. Un an après, les émotions restent à vif en Catalogne et, depuis deux jours, les mobilisations se sont succédé, sur les places des villages ou dans les écoles où les gens étaient allés voter, en attendant la grande manifestation prévue ce lundi soir à Barcelone. Épinglés sur les poitrines, accrochés aux balcons, de grands rubans jaunes rappellent les leaders indépendantistes qui sont en détention provisoire depuis près d’un an, en attente de jugement, accusés de rébellion pour avoir proclamé la sécession au parlement catalan.

Le référendum avait été organisé dans le plus grand secret par le gouvernement régional en bravant les injonctions du tribunal constitutionnel espagnol. Il avait eu lieu dans un climat de violences policières dont les images ont fait le tour du monde. «Ce jour-là nous avons voté et les urnes nous ont donné la légitimité populaire pour proclamer la république, affirme David, étudiant de 22 ans. Nous sommes déçus du manque de soutien de la communauté internationale.» Pour lui, la rupture avec l’Espagne est consommée. Mais pas pour tous et les tensions restent vives. En témoignent les affrontements, ce samedi à Barcelone, entre des groupes indépendantistes et une manifestation de policiers revendiquant leur rôle de gardiens de l’ordre constitutionnel pour l’unité de l’Espagne.

Un an après, la société catalane continue d’être divisée à peu près pour moitié et les fossés se creusent. Les partis indépendantistes ont la majorité au parlement de Barcelone, même s’ils n’ont obtenu que 47% des votes directs. «Nous ne renonçons pas à nos objectifs politiques», affirme Elizenda Paluzie, la présidente de l’ANC, l’une des plus puissantes associations indépendantistes, décidée à «maintenir la pression sur les politiques catalans pour qu’ils avancent vers la sécession».

Mais ces déclarations maximalistes cachent à peine l’incertitude du mouvement indépendantiste, déchiré entre les jusqu’auboutistes conduits par l’ex-président Carles Puigdemont qui a fui en Belgique, échappant ainsi à la justice espagnole, et les pragmatiques, partisans de reprendre la voie de la négociation avec Madrid.

Ces luttes internes paralysent depuis des mois l’activité du parlement de Barcelone. «Comment peut-on expliquer que l’on va négocier un accord financier avec l’État central, ou bien de nouvelles routes, quand on a promis la république et fait miroiter le paradis ou presque? Les politiciens indépendantistes sont coincés, ceux qui descendront les premiers du train seront désignés comme des traîtres et personne ne veut s’y risquer», explique le chroniqueur politique Jordi Amat. «L’indépendantisme est devenu une question de religion et les croyants ne sont pas sensibles aux arguments rationnels.»

Malgré la sensation de piétinement, l’arrivée d’un nouveau gouvernement à Madrid a changé la donne, après les années d’immobilisme et de fins de non-recevoir du conservateur Mariano Rajoy. Le nouvel exécutif conduit par le socialiste Pedro Sanchez multiplie les initiatives pour tisser des accords et renouer la confiance entre le gouvernement central et l’administration régionale. Avec l’espoir que les petits ruisseaux feront les grandes rivières. Mais l’approche du procès des chefs indépendantistes accusés de rébellion, attendu en janvier prochain, risque de compliquer les choses. (24 heures)

Créé: 30.09.2018, 19h47

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