La communauté juive dénonce le révisionnisme ambiant

Croatie Les cérémonies de l’Holocauste sont boycottées par les juifs de Croatie dans un pays hanté par son passé noir.

Monument à la mémoire des détenus de l'ancien camp d'extermination de Jasenovac.

Monument à la mémoire des détenus de l'ancien camp d'extermination de Jasenovac. Image: Reuters

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est la deuxième fois en quelques mois que la communauté juive boycotte une cérémonie liée à la Seconde Guerre mondiale. La décision a été prise après l’installation d’une plaque portant le salut oustachi «Za dom spremni» (prêts pour la patrie) près de l’ancien camp d’extermination de Jasenovac, par les vétérans d’une unité paramilitaire ayant combattu dans les années 1990. Les oustachis étaient à la tête de l’Etat indépendant croate créé en 1941 et allié à Hitler. «Le problème n’est pas seulement cette plaque mais la relativisation de tout ce qui touche à l’Holocauste», a déclaré Ognjen Kraus, leader de la communauté juive croate.

Divisé sur le passé

Le pays est divisé sur son passé depuis la guerre d’indépendance de 1991-1995, menée en ravivant le souvenir de l’Etat croate indépendant et nationaliste, en opposition à la Yougoslavie anti-ethnique et dominée par la Serbie. «Le sujet a pris plus d’importance avec la vague de populisme qui a saisi l’Europe», estime Mario Mazic, directeur du bureau croate de l’ONG Youth initiative for Human Rights. «L’argument, aujourd’hui, c’est que les deux Etats n’étaient pas démocratiques, mais le premier était un Etat-nation pour les Croates et donc devrait nous être plus proche», poursuit-il.

Les tentatives de réécriture du passé se multiplient, tandis que le gouvernement dirigé par le HDZ de droite conservatrice, fondé juste avant la guerre, fait silence. Il a même accueilli un ministre de la Culture profasciste dans sa précédente formation.

En janvier, un directeur de lycée a annulé une exposition sur Anne Frank car des panneaux «présentaient les oustachis comme des criminels». Mercredi, une table ronde organisée par une association d’extrême droite croate se tenait à Zagreb dans un bâtiment de la mairie, afin de «prouver», sans aucune preuve pour appuyer ces théories, que le nombre de victimes à Jasenovac est surestimé tandis que les assassinats d’oustachis par les communistes au même endroit sont passés sous silence. Ouvert de 1941 à 1945, «l’Auschwitz croate» a vu l’extermination de plus de 80 000 Serbes, juifs, Roms et antifascistes, dont les noms ont été établis et vérifiés par le Centre de recherche de Jasenovac.

Inquiets pour l’avenir

Vesna Terselic, directrice de l’ONG Documenta pour le traitement du passé, est «inquiète pour l’avenir». «Les enfants qui apprennent l’histoire aujourd’hui ont besoin de faits, pas de négationnisme», défend-elle. L’activiste dénonce «un total manque de courage politique pour affronter ces sujets». Pour Mario Zuric, les autorités souffrent d’une «absence totale de vision sur comment s’y prendre». Pour résoudre la polémique de la plaque, le premier ministre fait une tentative et a annoncé vouloir créer un comité… pour lui déléguer la tâche.


Les conservateurs polonais veulent réécrire l’histoire

Deux jours. C’est le temps durant lequel le nouveau musée consacré à la Seconde Guerre mondiale de Gdansk sera ouvert au public. Après ce week-end, l’institution refermera ses portes, peut-être définitivement, en raison d’un conflit avec le Ministère de la culture et du patrimoine. Ce musée indépendant a pourtant nécessité huit ans de travaux, pour former l’une des expositions les plus ambitieuses d’Europe sur le sujet.

La Cour suprême a tranché, mardi, en faveur du gouvernement ultraconservateur, après un long bras de fer qui a commencé au lendemain de l’arrivée au pouvoir du parti Droit et Justice (PiS), à la fin de 2015. Les juges ont autorisé la fusion du Musée de la Seconde Guerre mondiale avec un établissement consacré à la bataille de Westerplatte. Officiellement, il s’agit de faire des économies. Mais ce rapprochement, possible dès le 1er février, va permettre au gouvernement de prendre la main sur la nouvelle entité. «Cela signifie que le musée sera liquidé fin janvier, que je vais partir et que le nouveau directeur pourra tenter de changer l’exposition ou retarder l’ouverture», a réagi Pawel Machcewicz, l’actuel directeur.

C’est ce point qui inquiète. Le PiS s’est montré très critique à l’égard des historiens qui ont participé à l’élaboration de la scénographie, une équipe pourtant constituée des spécialistes de la Pologne les plus renommés, mais jugée trop internationale. L’exposition raconte d’un point de vue européen et civil, insiste sur les souffrances des citoyens, des années qui ont précédé le conflit à celles qui l’ont suivi. Or, le PiS rêve depuis des années d’une rétrospective tronquée, qui placerait la Pologne au centre, insistant sur la résistance du pays au nazisme. L’ouverture officielle, prévue pour la fin de février, est donc compromise.

Le PiS a pris l’habitude de réécrire l’histoire, glorifiant le passé de la Pologne à des fins nationalistes. Tentative de refondre les manuels d’histoire, croisade contre l’historien «antipatriote» Jan Gross, auteur d’un livre sur la responsabilité des Polonais dans les massacres des Juifs, projets de films de propagande… La diffusion sur la chaîne de télévision publique de Ida, Oscar du meilleur film étranger en 2015, a ainsi été précédée d’une émission pour dénigrer le long-métrage qui aborde l’exécution des populations juives polonaises.

Le Britannique Norman Davis, contributeur du musée, a blâmé le chef du PiS, Jaroslaw Kaczynski, qui «se comporte comme un bolchevique et un provocateur paranoïaque». D’autant que Gdansk est le fief des deux principaux ennemis du leader nationaliste: le Prix Nobel de la paix Lech Walesa et le président du Conseil européen Donald Tusk, à l’origine de la création du musée.

Dans un entretien à Gazeta Wyborcza, le maire de Gdansk et membre du parti d’opposition Plateforme Civique Pawel Adamowicz ne s’avoue pas vaincu: «Tout changement effectué dans un délai aussi court serait un exemple de mauvaise gestion des ressources et pourrait être puni par la loi.» Justine Salvestroni, Varsovie (24 heures)

Créé: 26.01.2017, 21h11

Articles en relation

L'antisémitisme se propage en Suisse

Racisme Trois fois plus d'actes ou de propos antisémites par rapport à l'an dernier ont été recensés outre-Sarine. La Suisse romande connaît une augmentation considérable de 79%. Plus...