«La défaite du FPÖ rassure, mais la poussée populiste demeure»

Europe En Autriche, le candidat d’ultradroite Norbert Hofer a perdu de peu la présidentielle. Une alerte pour le reste de l’Europe

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Tous les regards étaient tournés lundi vers l’Autriche et la possible élection du premier dirigeant d’extrême droite en Europe depuis 1945. Norbert Hofer, le candidat du parti FPÖ, a finalement perdu de peu la présidentielle, avec 49,7% des voix face au candidat Vert Alexander Van der Bellen.

Pour Gilles Ivaldi, chercheur du CNRS à l’Université de Nice-Sophia Antipolis, «cette courte défaite ne doit pas masquer la force du FPÖ, qui a de bonnes chances de gagner les législatives de 2018». Ce résultat «rassurant pour l’Autriche et l’UE, qui évite une possible crise institutionnelle, n’efface pas la portée symbolique de ce second tour en Europe. Il confirme en effet une dynamique de la droite radicale sur le Vieux-Continent.» Or, parmi les partis de la droite radicale et populiste, le FPÖ est de ceux qui puisent leurs racines dans l’extrême droite. «Historiquement, du temps de Jörg Haider comme aujourd’hui avec Heinz-Christian Strache, ce qualificatif n’est pas usurpé», commente le chercheur.

«Cette présidentielle est révélatrice d’un mouvement de fond auquel peu de pays d’Europe échappent», poursuit l’universitaire. «Si les profils diffèrent selon les pays, une vingtaine de partis ont émergé sur une ligne caractérisée par un discours anti-immigré, islamophobe, antisystème, fortement eurosceptique et affichant la préférence nationale. Pour eux, la perspective d’un éventuel Brexit serait un encouragement.»

L’effet de trois crises

Comment expliquer cette montée concomitante en Europe? «La conjonction de trois crises a fait croître les intentions de vote pour ces partis. La première est une crise migratoire d’ampleur. En Autriche, cette crise est au cœur des discours du FPÖ qui a mobilisé les peurs. La deuxième est la crise économique dont certains pays comme la France ne sont pas sortis. La troisième, c’est la crise de l’Union européenne face aux deux précédentes.»

Des partis extrémistes

Dans cette famille des droites radicales, il y a des gradations. «A l’extrême, il y a le parti grec néonazi Aube dorée ou le Jobbik (ndlr: parti raciste nostalgique de la «Grande Hongrie»). Mais aussi en Slovaquie, le Parti nationaliste slovaque (SNS) et le L-SNS (ndlr: créé par le gouverneur néofasciste de la région de Banska Bystrica)

Le Front national, un modèle

Au centre de cette galaxie, on trouve le FPÖ, «qui s’est recentré», le Front national en France, la Ligue du Nord en Italie, le Vlaams Belang en Belgique, le parti de la Liberté (PVV) aux Pays-Bas. «Le Front national actuel est une sorte de modèle, un prototype de droite radicale moderne dont la formule idéologique gagnante s’est propagée à l’ensemble des mouvements», poursuit Gilles Ivaldi. «Ce n’est pas un hasard si Marine Le Pen occupe une position centrale parmi les élus du groupe Europe des nations et des libertés au Parlement européen.»

Les partis eurosceptiques

Le troisième groupe est celui des partis dont le creuset est avant tout eurosceptique. «Parmi ceux-là, il y a l’Ukip britannique ou plus récemment l’AfD en Allemagne. Ils se sont créés sur une critique de l’UE, une opposition à la monnaie commune et une hostilité à la construction européenne, explique le chercheur. Ces deux partis ont adopté dans un deuxième temps le discours du FN sur l’immigration et l’islam.» L’UDC suisse fait partie de ces mouvements dont les idées ont progressivement intégré le corpus idéologique de la droite radicale et populiste.»

La droite radicale au pouvoir

«En Europe, cette droite radicale est au pouvoir en Norvège (Parti du progrès), en Finlande (Parti des vrais Finlandais), et en Slovaquie (SNS). Tandis qu’au Danemark, le Parti populaire danois, soutient le gouvernement au parlement. Et l’UDC fait partie du gouvernement fédéral par la grâce de la formule magique suisse.»

Auparavant, la Ligue du Nord, le FPÖ, le PLF de Pym Fortuyn aux Pays-Bas, la Ligue des familles et Autodéfense en Pologne ont participé à des coalitions. «Leur participation au gouvernement les a toujours affaiblis», conclut Gilles Ivaldi.

Créé: 23.05.2016, 22h00

Van der Bellen, un Vert à la Hofburg

Même s’il a quitté la direction des Verts, en 2008, et qu’il s’est présenté en indépendant, Alexander Van der Bellen est le premier candidat issu du camp écologiste à être élu à la présidence d’un pays européen. Avec un peu plus de 30?000 voix d’avance sur le candidat d’extrême droite Norbert Hofer, sa victoire est certes courte, mais elle est sans appel. Et lui a été concédée par son adversaire, dès hier après-midi.
Né à Vienne il y a septante-deux?ans, d’un père aristocrate russe et d’une mère estonienne ayant fui le stalinisme, Alexander «Sacha», Van der Bellen aime à se décrire comme «enfant de réfugiés». Une audace qui ne lui a finalement pas porté préjudice au terme d’une campagne dominée par la crise migratoire. Ancien professeur d’économie, le prochain locataire de la Hofburg est réputé pour son libéralisme et son calme – voire l’ennui de ses propos. Il avait pourtant surpris son monde entre les deux tours. «Vous ne comprenez rien à l’économie» ou «Je vous parle d’Europe: E-U-R-O-P-E, vous en avez déjà entendu parler?» avait-il lancé à Norbert Hofer, comme pour faire sortir ce dernier d’un flegme plus appris que naturel. Européen convaincu, Alexander Van der Bellen prendra ses fonctions le 8 juillet. Selon la Constitution, le président n’intervient pas dans la gestion quotidienne du pays, mais dispose de prérogatives importantes comme celle de pouvoir révoquer le
gouvernement.
Bernard Bridel

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