La révolte des gilets jaunes devient crise nationale

FranceLa violence est montée de plusieurs crans ce week-end, notamment à Paris. La solution politique s’éloigne pour Macron.

Image: Keystone

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La colère des Gilets Jaunes en France est à deux doigts – ou deux poings – de tourner à l’insurrection. Pour l’instant, le président Macron se tait mais fait savoir qu’il s’exprimera bientôt. Quant au recours à l’état d’urgence réclamé par des syndicats de policiers, il n’est pas à l’ordre du jour.


L'éditorial: L’agonie en jaune de la Ve République


Emmanuel Macron fait l’objet d’une telle détestation qu’une reprise en main de la situation semble pour l’instant aléatoire. Il en faudra beaucoup plus que la réunion entre le gouvernement, les chefs de partis et les représentants des «Gilets Jaunes» ordonnée hier après-midi par le président à son premier ministre Edouard Philippe.

Le bilan de la journée de samedi s’est encore alourdi par rapport aux deux semaines précédentes: un mort – un automobiliste a été tué vers Arles dans la nuit de samedi à dimanche après avoir percuté un poids lourd bloqué par un groupe de Gilets Jaunes (c’est le troisième décès depuis le début du mouvement) – 263 blessés, dont 133 à Paris et cinq, grièvement atteints; 682 interpellations (412 à Paris); 630 gardes à vue (378 à Paris).

Les dégâts sont considérables. Dimanche, la place de l’Etoile-Charles-de-Gaulle, les avenues Kléber, Iéna, les Champs-Elysées, les abords du Louvre sont ravagés.

À Paris, les heurts avec les CRS commencent dès samedi matin, vers l’Arc de Triomphe. Les manifestants ne sont guère nombreux. Sur la place de l’Etoile-Charles de Gaulle, notre estimation personnelle les situe entre 3000 et 5000. En tout, la Préfecture de Police en annonce 10 000, en comptant ceux qui se trouvaient ailleurs, notamment au Louvre, mais aussi les 2000 sympathisants de la CGT présents place de la République et qui n’ont pas réussi à faire la jonction avec le gros des Gilets Jaunes.

En revanche, la détermination des manifestants est inversement proportionnelle à leur importance numérique. Vers l’Arc-de-Triomphe convergent les éléments les plus violents des Gilets Jaunes ou du moins des casseurs qui ont enfilé ce gilet. Dans une ruelle adjacente, deux crânes rasés sortent de leur sac un gilet jaune encore emballé de cellophane!

Trois groupes différents semblent composer les «durs», reconnaissables à leur accoutrement et à leur méthode particulière de combat: les militants de l’ultradroite, les anarchistes du Black Bloc et les Gilets Jaunes radicalisés, visiblement moins bien protégés et organisés que les autres mais tout aussi virulents.

Samedi vers midi, ils ont pris d’assaut l’Arc-de-Triomphe, obligeant les CRS à se replier. Cette scène a meurtri la grande majorité des Gilets Jaunes venus à Paris pour manifester pacifiquement. «Je suis écœuré. Les casseurs sont en train de voler notre mouvement. Ce n’est pas nous ça!» dit l’un d’entre eux. On saura plus tard que les casseurs en jaune ont tagué ce monument national, brisé une statue et commis d’autres dégâts. Les groupes violents ont ensuite harcelé les forces de l’ordre pendant toute la journée de samedi jusque tard dans la nuit.

La vive réprobation publique vis-à-vis de ces violences aura-t-elle pour effet de retourner l’opinion en faveur du gouvernement? Cela n’en prend pas le chemin. Hier vers midi, le président français a été copieusement hué par la foule au cri de «Macron démission!» lorsqu’il se dirigeait vers l’Arc-de-Triomphe pour constater les déprédations et saluer les forces de l’ordre. En outre, si les manifestants sont chaque semaine moins nombreux, le soutien de la population progresse de jour en jour. Tous sondages confondus, l’action des Gilets Jaunes est approuvée par quelque 80% des personnes interrogées. Les casseurs font fuir les manifestants pacifistes mais n’entament pas le crédit de ces derniers auprès de la population.

Comment Emmanuel Macron et son gouvernement peuvent-ils remonter la pente? Une issue possible est offerte – dans une lettre ouverte publiée par le Journal du Dimanche – par onze «Gilets Jaunes Libres» dont celles et ceux qui ont amorcé le mouvement, telle Jacline Mouraud. Ils proposent au gouvernement de négocier en mettant sur la table tous les problèmes soulevés par cette «colère» qu’ils veulent «constructive». Mais un obstacle de taille se dresse aussitôt. Comment un tel groupe pourrait-il parler au nom de tous les «Gilets Jaunes» alors que ce mouvement horizontal et spontané ne s’est doté d’aucune procédure de légitimation? Malgré tout, cette piste demeure la seule possibilité d’entamer un processus de sortie de crise.

(nxp)

Créé: 02.12.2018, 22h00

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