«Le Brexit de Theresa May, c’est un véritable nœud gordien!»

Royaume-UniDenis MacShane, l’ancien M. Europe de Tony Blair, donne une conférence à Genève. Inquiet, il juge la situation «absurde».

Ancien ministre travailliste des Affaires européennes de Tony Blair, Denis MacShane redoute que, à l’instar de la Suisse, son pays ne finisse par devoir négocier éternellement avec l’Europe.

Ancien ministre travailliste des Affaires européennes de Tony Blair, Denis MacShane redoute que, à l’instar de la Suisse, son pays ne finisse par devoir négocier éternellement avec l’Europe. Image: AFP

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Suspense à Londres. Theresa May prendra-t-elle ce mardi le risque de soumettre aux membres de son gouvernement, en crise, les principaux points de l’accord de divorce convenu avec Bruxelles? Selon le «Financial Times», le négociateur européen Michel Barnier aurait en effet confirmé ce lundi à des ministres des 27 pays membres de l’Union que le texte définissant dans quelles conditions se produira le Brexit le 29 mars 2019 attend à présent un feu vert politique outre-Manche (lire l’encadré).

«Le Conseil des ministres est très divisé, il n’est pas du tout sûr que Theresa May obtienne son soutien. Dans ces conditions, comment aller devant la Chambre des communes et espérer rallier une majorité? Ce texte ne satisfait personne!» assène dans un français impeccable Denis MacShane. L’ancien ministre travailliste des Affaires européennes de Tony Blair, qui avait auparavant vécu quinze ans à Genève, donnera ce mardi à 12h15 une conférence à Uni Dufour. Il ne cache pas son inquiétude pour son pays, pris selon lui dans un «nœud gordien».

Ce sera bientôt trop tard pour un «divorce à l’amiable». Theresa May peut-elle faire passer un deal sur le Brexit?
Très difficilement. Il y a trois enjeux dans l’accord négocié: le montant des contributions financières que Londres doit à Bruxelles, les protections offertes aux ressortissants européens vivant au Royaume-Uni, et l’engagement à ne pas rétablir de frontière physique entre l’Irlande du Nord (ndlr: britannique) et le reste de l’île… ce qui implique de rester dans le marché unique. Or, le gouvernement de Theresa May repose sur son alliance avec le DUP (ndlr: ultraconservateurs protestants d’Irlande du Nord). Et la participation au marché unique implique de respecter les règles européennes… sans jamais avoir son mot à dire. Une situation que vous connaissez bien en Suisse! Résultat: tant les partisans du Brexit que les opposants dénoncent un accord qui ferait de mon pays un «État vassal» de l’UE.

Le Royaume-Uni se prépare-t-il donc à un divorce sans accord, le «No deal»?
Il n’y a pas de majorité non plus pour soutenir un «No deal», qui serait une catastrophe pour notre économie. Prenez l’industrie automobile, elle est japonaise et n’hésitera pas à quitter la Grande-Bretagne plutôt que d’être pénalisée sur le marché européen. Et qu’arrivera-t-il à des chaînes comme Lidl et ses 1300 camions qui importent les marchandises quotidiennement? En plus, les Brexiters ont promis de négocier avec des dizaines de pays des accords bilatéraux bien mieux que ne l’avait fait l’Union européenne. Mais le Royaume-Uni n’a pas le même poids! Ils ont aussi promis de négocier des accords de libre-échange que Bruxelles n’a pas conclus avec Washington, Canberra ou encore New Delhi… Mais vous imaginez les consommateurs britanniques accepter les OGM américains et les poulets lavés au chlore outre-Atlantique, ou les viandes aux hormones d’Australie? Qu’arrivera-t-il quand l’Inde exigera que ses citoyens puissent travailler au Royaume-Uni sans visa?

N’y a-t-il aucune alternative?
Nous sommes dans une situation absurde. Il n’y a pas de majorité pour soutenir l’une ou l’autre option de Brexit, mais pas non plus pour organiser un deuxième référendum demandant au peuple s’il veut de ce Brexit-là. Et il n’y a pas non plus de majorité pour élire un nouveau gouvernement! Or, dans le même temps, l’opinion publique britannique est en train de changer… pour des raisons démographiques. Chaque année, 600'000 électeurs décèdent. Or, parmi les personnes âgées, il y avait deux tiers de votants favorables au Brexit. Parallèlement, 700'000 jeunes vont avoir 18 ans et acquérir le droit de vote. Parmi les moins de 25 ans, quatre sur cinq étaient opposés au Brexit. Au début de 2019, il y aura probablement déjà plus d’opposants au divorce que de partisans. Sans compter que les gens commencent à comprendre les implications réelles du Brexit.

Que va-t-il arriver, selon vous?
Personnellement, je fais campagne pour un second vote populaire, que Theresa May exclut pour l’instant, tout comme la direction de mon parti. Mais contrairement aux Suisses – champions du référendum – les Britanniques, eux, n’ont pas l’habitude, ils comprennent mal qu’on puisse s’exprimer deux fois sur le même objet. Mais même si l’éventualité d’un tel scrutin est mince, je suis nerveux quant à la réaction de l’électorat. On leur dit et répète qu’ils se sont laissés séduire par des menteurs, on leur demande au fond d’admettre qu’ils ont été un peu stupides! Et puis, le risque d’un nouveau vote antimigrants est réel. Donc ça m’inquiète énormément. Mais s’il n’y a pas de référendum, alors le Brexit se transformera en «Brexeternity» (titre de mon nouveau livre). Le Royaume-Uni va connaître ce que vit la Suisse depuis le vote contre l’Espace économique européen: un état de négociation éternelle face à des Européens polis mais intraitables.

Créé: 12.11.2018, 21h53

Le Brexit est presque bouclé

Les principaux éléments du texte du traité sur le Brexit sont prêts pour être soumis ce mardi au gouvernement britannique, a annoncé Michel Barnier selon le «Financial Times», qui cite des sources diplomatiques.

Michel Barnier, négociateur en chef de l’Union européenne, aurait déclaré à des ministres des 27 pays membres de l’UE (hors Royaume-Uni) que «les paramètres d’un possible accord sont définis dans une très large mesure» mais nécessitent encore le feu vert des politiques.

Cela dit, le porte-parole de la première ministre britannique, Theresa May, n’a pas caché son scepticisme. «J’ai pris ce genre de choses avec des pincettes jusque-là. Cela s’applique aujourd’hui. Je rajouterais même des pincettes supplémentaires.»

Si les discussions n’aboutissent pas d’ici à mercredi soir, il n’y aura pas, en novembre, de sommet sur l’accord final du Brexit. Le temps presse car tout «deal» permettant de conserver des liens privilégiés entre le Royaume-Uni et l’Union européenne doit forcément faire l’objet d’un vote des deux parlements.

A.A.

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