Le prochain chancelier allemand sera-t-il un écologiste?

AllemagneLes Verts allemands ont des chances de remporter les élections de 2021. Leur chef Robert Habeck est un prétendant sérieux.

Les coleaders des Verts, Robert Habeck et Annalena Baerbock, duo mixte totalement inconnu des Allemands il y a un an.

Les coleaders des Verts, Robert Habeck et Annalena Baerbock, duo mixte totalement inconnu des Allemands il y a un an. Image: INA FASSBENDER/AFP

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On le rencontre comme ça, par hasard, sur le quai d’une gare. Robert Habeck attend un train pour son prochain meeting, l’air de rien, avec une sacoche à la main et habillé comme un père de famille qui rentrerait chez lui après une bonne semaine de travail. Partout où il se rend, les salles sont pleines. Aucun autre responsable politique allemand n’attire autant de monde que le chef des écologistes allemands. Il est «trop cool», disent ses admirateurs. Le public n’est pas seulement composé de militants climatiques. Il parle avec tout le monde, les agriculteurs, les métallurgistes, les féministes, des Allemands issus de l’immigration ou ceux des «nouveaux länder» de l’Est…

Le patron des Verts allemands incarne ce nouveau style politique qui plaît. «Les écologistes ont réussi à bâtir un parti plus démocratique que les autres avec un personnel jeune qui se renouvelle, autour d’idées et non pas autour d’une seule personne. Les Verts ont l’air tout simplement plus authentiques», analyse Markus Linden, politologue à l’Université de Trèves.

À leur tête, un duo mixte totalement inconnu des Allemands il y a encore un an. Jeune et éloquente, ancienne professionnelle du saut au trampoline, Annalena Baerbock se destinait au journalisme, avec son diplôme de droit international, avant de virer en politique.

«Roi des talk-shows»

Mais c’est son collègue Robert Habeck qui reste le favori de la dream team dans le public. Philosophe, écrivain et «roi des talk-shows», cet Allemand du Nord parle couramment le danois et écrit des livres avec son épouse, également écrivaine. Âgé de 50 ans, père de quatre enfants, il a déjà une expérience politique avec six années passées à la tête du Ministère de l’environnement dans la région du Schleswig-Holstein. Ces derniers mois, les écologistes sont passés plusieurs fois devant les conservateurs dans les intentions de vote. Si le chancelier était élu au suffrage direct (ce qui n’est pas le cas en Allemagne), Robert Habeck obtiendrait même deux fois plus de voix qu’Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), la successeure désignée de Merkel à la chancellerie.

Les écologistes ne font plus peur. L’époque des «fondamentalistes» habillés de pulls en grosse laine est révolue. Ils se définissent aujourd’hui comme des «patriotes» qui défendent leur pays «contre les destructions de l’espace de vie» mais «pas contre les réfugiés».

Le contexte leur est bien sûr très favorable. La controverse sur l’autorisation prolongée de l’herbicide glyphosate, les canicules à répétition mais aussi le «dieselgate» et les grèves scolaires pour le climat ( Fridays For Future ) ont favorisé la prise de conscience des électeurs sur l’urgence de la situation.

«De plus en plus d’électeurs ont pris conscience de l’urgence de faire plus pour le climat. Cela leur donne du poids», analyse le conseiller en communication Johannes Hillje, expert du Zukunfts­Institut à Francfort-sur-le-Main, qui a notamment dirigé la campagne des écologistes européens en 2014.

«Contre le repli sur soi»

«Ils défendent des positions que les autres partis ne proposent pas, comme la protection du climat, l’humanité et l’Europe. Les écologistes ont choisi l’ouverture de la société contre le repli sur soi, un choix qui n’est même pas clairement revendiqué par les sociaux-démocrates», constate Johannes Hillje. «Nous profitons des faiblesses des autres», estime lui-même Anton Hofreiter, le président du groupe parlementaire écologiste.

«Ils incarnent surtout la lutte contre l’extrême droite en répondant au populisme par l’antipopulisme», ajoute Johannes Hillje. Une situation que les conservateurs ont très bien comprise. «Notre adversaire politique, ce n’est pas l’extrême droite mais les écologistes», répète inlassablement à ses troupes le ministre-président (CSU) de Bavière, Markus Söder.

Les écologistes ne sont plus considérés comme une menace pour l’économie, mais plutôt comme une chance de réussir la transition écologique. Ils l’ont démontré dans la région du Bade-Wurtemberg, le berceau de l’industrie automobile allemande, où ils ont détrôné les conservateurs en 2011 après cinquante-huit ans de pouvoir. Le populaire Winfried Kretschmann est devenu l’ami des constructeurs. Si bien qu’il a été réélu en 2016 et qu’il va se représenter pour un troisième mandat en 2021…

Les Verts profitent du déclin des deux grands partis populaires affaiblis par une pénurie de leaders charismatiques. Les sociaux-démocrates (SPD) et les conservateurs de la CDU sombrent de défaite en défaite.

«Avec le glissement du débat politique vers la droite, un grand vide est laissé au centre, que les écologistes occupent», ajoute Johannes Hillje. Avec environ 22% des intentions de vote, juste derrière les conservateurs, la chancellerie est désormais à portée de main. «Le parti Vert allemand dispose encore d’un potentiel auprès des électeurs ruraux et des classes ouvrières», fait remarquer l’expert du ZukunftsInstitut. Dans deux ans, il pourrait s’allier avec le Parti social-démocrate (SPD), comme partenaire junior, et la gauche radicale (Die Linke). Avec Robert Habeck comme premier chancelier écolo de l’histoire.

Créé: 15.11.2019, 11h18

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