Les conservateurs se déchirent sur l’après-Merkel

AllemagneBousculée par les populistes de l’AfD, la CDU se réunit lundi en congrès. La tentation d’un virage à droite est forte.

Angela Merkel confie à sa dauphine, Annegret Kramp-Karrenbauer, un parti en plein recul.

Angela Merkel confie à sa dauphine, Annegret Kramp-Karrenbauer, un parti en plein recul. Image: Keystone

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Quel avenir pour le Parti chrétien-démocrate (CDU) d’Angela Merkel? Comment toutes les autres grandes formations politiques en Europe, les conservateurs allemands sont confrontés à leur tour à une formation d’extrême droite sur les bancs de l’Assemblée fédérale (Bundestag). L’Allemagne, qu’on croyait immunisée en raison de son histoire, ne fait plus exception à la règle depuis les élections de septembre. Si la «grande coalition» avec les sociaux-démocrates du SPD voyait le jour, l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) deviendrait même la principale force d’opposition au parlement, devant les libéraux et les écologistes!

Alors que la décision d’Angela Merkel d’accueillir plus d’un million de réfugiés en 2015 a divisé le parti, une partie de la CDU réclame un virage à droite. «La CDU ne prend plus en considération le thème de la sécurité qui a été son thème porteur pendant des années. Tout cela a été remis en cause par les mauvaises décisions qui ont été prises sur les réfugiés», critique ainsi Alexander Mitsch, qui représente l’un des mouvements conservateurs dissidents (WerteUnion).

Le modèle Orban
L’aile bavaroise du Parti chrétien démocrate (CSU) a adopté elle aussi une ligne très dure sur le droit d’asile en menaçant régulièrement de quitter le camp conservateur si une limite des arrivées de réfugiés n’était pas fixée. Pour bien faire comprendre leurs positions, les leaders bavarois ont même invité plusieurs fois Viktor Orban à participer à leurs réunions. Le premier ministre hongrois, opposé au principe de solidarité dans la répartition des réfugiés, a été ovationné par les délégués.

Le débat est donc lancé pour savoir s’il faut contrer l’AfD en virant à droite, comme le propose le jeune Jens Spahn, la figure montante dans le camp conservateur. Pour calmer la fronde, la chancelière envisagerait de le nommer au ministère de la Santé.

Mais à 39 ans, le principal détracteur de Merkel rêve de marcher dans les pas d’un Sebastian Kurz. Le chancelier autrichien, qui s’est allié à l’extrême droite pour gouverner à Vienne, est devenu un modèle pour de nombreux jeunes conservateurs allemands qui réclament un changement de génération à la CDU et une politique résolument à droite. «Alors que l’extrême droite dépasse désormais la CDU dans certaines régions, l’aile conservatrice met la pression sur Merkel pour répondre à cette montée», confirme Markus Linden, politologue à l’Université de Trèves dans le land de Rhénanie-Palatinat.

Chancelière très affaiblie
En imposant cette semaine Annegret Kramp-Karrenbauer secrétaire générale du parti, Angela Merkel a placé une femme qui réfute cette «stratégie de la copie». «Je suis strictement contre un virage à droite», a-t-elle répété à quelques jours du congrès de Berlin. «Nous n’avons pas perdu nos valeurs conservatrices. C’est absolument faux», a-t-elle ajouté.

Merkel ne répétera pas l’erreur de Helmut Kohl qui s’est accroché au pouvoir jusqu’à l’usure

Après presque dix-huit ans de présidence à la tête du parti, Merkel est néanmoins politiquement très affaiblie par les élections de septembre, où sa formation a enregistré le score le plus bas de son histoire (26%). «Cette défaite a lancé le débat sur l’après-Merkel», estime Gero Neugebauer, politologue à l’Université libre de Berlin. Même si la chancelière a promis de finir son quatrième mandat, les experts pensent qu’il serait judicieux pour elle de procéder au passage de témoin au cours de la législature. «Angela Merkel ne va pas répéter l’erreur de Helmut Kohl qui s’est accroché au pouvoir jusqu’à l’usure. Elle pourrait donc lâcher le pouvoir à mi-parcours, c’est-à-dire comme chancelière et comme présidente du parti», estime Paul Nolte, historien à l’Université libre de Berlin. (24 heures)

Créé: 25.02.2018, 19h40

Une «mini-Merkel» pour dauphine

Elle refuse qu’on la prenne pour une héritière. «Le rôle de princesse ne me va pas du tout. Même pas pendant le carnaval!» plaisante Annegret Kramp-Karrenbauer. «AKK», comme on la surnomme, est désormais propulsée en haut de l’affiche avec une nomination inattendue au poste de secrétaire générale du Parti conservateur (CDU). Un coup de maître pour faire taire les autres prétendants au trône qui manigancent déjà la chute de la «reine».

«AKK est un pion très important que Merkel vient d’avancer. Mais il faut encore qu’elle fasse ses preuves», tempère Gero Neugebauer, politologue à l’Université libre de Berlin. Cette femme de 55 ans est peu connue hors des frontières de la Sarre. Mais elle a pris du galon en gagnant deux élections locales alors que la CDU est en perte de vitesse ailleurs.

La présidente de la Sarre fait preuve d’un pragmatisme qui lui vaut le sobriquet de «mini-Merkel». Mais contrairement à la chancelière protestante, cette catholique a des positions résolument conservatrices: contre l’avortement, le mariage pour tous, le double passeport et en faveur de l’expulsion des migrants en situation irrégulière.

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