«Nous croyons à cette Europe qui va de Lisbonne à Vladivostok»

Rencontre franco-russeEn invitant Poutine à Brégançon, Macron fait le pari à long terme de détourner la Russie de la Chine pour l’arrimer à l’Europe.

Emmanuel Macron et sa femme, Brigitte, souhaitent la bienvenue à Vladimir Poutine, lundi au fort de Brégançon, dans le sud de la France.

Emmanuel Macron et sa femme, Brigitte, souhaitent la bienvenue à Vladimir Poutine, lundi au fort de Brégançon, dans le sud de la France. Image: AP/Gérard Julien

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Attendu par le couple présidentiel lundi dans la cour du fort de Brégançon, Vladimir Poutine arrive seul, avec un bouquet à la main, qu’il offre à la femme du président après avoir sauté en souplesse les dernières marches d’escalier. Le ton est donné: on est dans un cadre spécial, une sorte d’intimité solennelle, et c’est comme s’il se rendait à une invitation amicale. À vrai dire, l’illusion dure peu, car après quelques instants de discussion Brigitte Macron quitte les deux présidents qui rejoignent leurs petites délégations et un groupe réduit de journalistes.

C’est là, pendant une petite demi-heure, qu’ils distillent le sens que chacun d’eux entend donner à cette rencontre. On sait que l’initiative en revient au président français, Emmanuel Macron, qui préside cette année le G7, autrefois G8 mais dont la Russie a été exclue en 2014 en raison de la crise ukrainienne. À quelques jours du sommet du G7 qui se tiendra à Biarritz ce week-end, le président Macron a voulu cet entretien pour être en mesure d’y porter la voix de la Russie, et aussi pour donner un signal fort qu’il avait résumé dans un entretien donné en juin à la RTS: «On se tromperait à laisser glisser la Russie vers la Chine. Il faut l’arrimer à l’Europe», avait-il averti.

Iran, Syrie, Ukraine

Installés sur des chaises de jardin dans la cour du fort, les deux présidents livrent leur message. Emmanuel Macron évoque les trois dossiers prioritaires du moment: l’Iran, où il espère le soutien de la Russie pour convaincre les Iraniens de respecter l’accord nucléaire malgré la dénonciation des États-Unis afin d’éviter une escalade des tensions; la Syrie, où «il est impérieux que le cessez-le-feu soit respecté» pour stopper les bombardements d’Idlib menés par Bachar el-Assad; enfin et surtout l’Ukraine, où les prises de position du nouveau président Volodymyr Zelensky ouvrent «l’opportunité, ce qui est mon souhait, d’un nouveau sommet en format Normandie dans les prochaines semaines», soit entre la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine.


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Au-delà de ce dernier point, qui est l’objet le plus concret et immédiat de la rencontre, Emmanuel Macron parle avec emphase d’un objectif plus vaste et à long terme, une «recomposition des relations internationales» entre la Russie, la France et l’Europe. «La Russie est européenne, très profondément», insiste-t-il. «Nous croyons à cette Europe qui va de Lisbonne à Vladivostok», et il s’agit de «réinventer une architecture de sécurité et de confiance entre l’Europe et la Russie».

«Avec les «gilets jaunes» en France, plusieurs dizaines de personnes ont été blessées, nous ne voulons pas que cela se passe en Russie»

Vladimir Poutine, président russe

Vladimir Poutine écoute, sans manifester de réaction, et quand il prend la parole, il commence sur un ton plus terre à terre. Il évoque les échanges économiques entre les deux pays, la sortie unilatérale des États-Unis du traité de désarmement nucléaire INF, et sur l’installation de missiles de portée moyenne en Europe, il précise: «Si les États-Unis en déploient, nous le ferons aussi, mais seulement s’ils en ont l’initiative. J’espère que l’Europe comprendra la valeur de cet engagement.»

«Ce n’est pas notre idée»

Sur l’Ukraine, il évoque «un certain optimisme» après les contacts qu’il a eus avec le président Zelensky. Il remercie avec chaleur la France pour le soutien qu’elle a apporté au retour de la Russie au sein du Conseil de l’Europe, mais sur le dessein macronien d’un «arrimage» de la Russie à l’Europe, il reste énigmatique: «La grande Europe de Lisbonne à Vladivostok, ce n’est pas notre idée à nous, c’est celle de De Gaulle. Si ça paraît impossible aujourd’hui, ce sera peut-être incontournable demain.» Il affecte une certaine indifférence quant à la perspective d’un retour de la Russie au sein du G8 et il relève que le G20, avec des partenaires comme la Chine et l’Inde, est «beaucoup plus important»…

«En France, ceux qui ont manifesté ont pu se présenter aux élections»

Emmanuel Macron, président français

On note les nuances, mais le seul désaccord apparaît quand une journaliste pose la question de la répression, à Moscou, des manifestations de l’opposition. La police intervient pour éviter des violences, répond Vladimir Poutine. «Avec les «gilets jaunes» en France, plusieurs dizaines de personnes ont été blessées, nous ne voulons pas que cela se passe en Russie», ajoute-t-il d’un visage impassible. Tout aussi flegmatique, Emmanuel Macron réplique: «Comparaison ne vaut pas raison: en France, ceux qui ont manifesté ont pu se présenter aux élections.» Voilà, les questions sont terminées, on ne va pas se fâcher pour si peu, le tête-à-tête peut commencer…

Emmanuel Macron et sa femme, Brigitte, souhaitent la bienvenue à Vladimir Poutine, lundi au fort de Brégançon, dans le sud de la France.

Créé: 19.08.2019, 21h49

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