Pauvre en travailleurs, l’Allemagne garde les migrants syriens

AsileLes 800'000 migrants attendus résoudront-ils le problème du vieillissement démographique? Le patronat y croit.

Des centaines de personnes attendent à la gare de Budapest Est.

Des centaines de personnes attendent à la gare de Budapest Est.

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La situation se complique pour Angela Merkel. L’extrême droite fait parler d’elle et attaque les centres d’hébergements. La chancelière allemande a dû se déplacer hier dans la petite ville saxonne de Heidenau pour condamner les violences néonazies «répugnantes» du week-end contre les immigrés, en martelant qu’il ne pouvait y avoir en Allemagne «aucune tolérance» envers l’extrême droite.

Parallèlement, Angela Merkel veut clarifier sa gestion des réfugiés. D’un côté, Berlin accepte de garder les Syriens et de ne pas les renvoyer vers leur pays d’entrée dans l’Union européenne, comme le prévoit pourtant Dublin II. Dans le même temps, la chancelière veut réduire l’afflux de migrants en renvoyant le plus vite possible les ressortissants albanais, kosovars et serbes qui n’ont aucune chance d’obtenir l’asile. Une annonce qui intervient juste avant qu’elle ne se rende à Vienne jeudi pour le Sommet des Balkans occidentaux.

Ce faisant, Angela Merkel risque de se mettre à dos le patronat qui estime qu’il ne devrait pas renvoyer les migrants des Balkans sans réfléchir. «Avant de les expulser, il faut vérifier si leurs qualifications correspondent à des besoins», insiste Klaus Engel, le patron d’Evonik, un des grands groupes chimiques allemands.

En effet, alors que l’Allemagne estime à 800 000 le nombre de réfugiés qui arriveront cette année sur son sol, les milieux économiques s’alarment de la pénurie de main d’œuvre et du vieillissement démographique. Du coup, les patrons réclament une ouverture du marché du travail «sans aucune contrainte». Le gouvernement, qui a déjà assoupli la législation, devrait encore faciliter l’accès à l’emploi pour les réfugiés dans les prochaines semaines.

Les patrons demandent en particulier la suppression du principe «préférence nationale» qui oblige les agences pour l’emploi à chercher si un Allemand (ou un membre de l’Union européenne) ne peut occuper le poste réclamé par un demandeur d’asile. Ils veulent des cours d’allemand pour tous mais aussi une réforme du droit des étrangers favorisant une «immigration qualifiée». Selon la fédération du patronat (BDA), les migrants constituent un réservoir qu’il faut exploiter. L’Allemagne manque de mathématiciens, d’informaticiens, de scientifiques, mais aussi de médecins, de personnel soignant, de boulangers, de menuisiers…

«Gardons les plus qualifiés!»

«Les entreprises doivent s’occuper des migrants, pas seulement pour des questions humanitaires mais aussi par intérêt économique», explique Ulrich Weber, le chef du personnel de la compagnie ferroviaire allemande (Deutsche Bahn), qui vient de lancer une première initiative pour former des réfugiés. «Nous avons beaucoup de difficulté à trouver des personnels qualifiés, comme des poseurs de voies ferrées.»

La poste allemande (Deutsche Post) a déjà promis d’embaucher des réfugiés dès que leur situation juridique le permettra. «Accordez des permis de travail plus rapidement», implore au gouvernement Frank Appel, le président de Deutsche Post. «Nous avons actuellement 500 000 postes vacants!»

De son côté, la Fédération des chambres de commerce (DIHK) se réjouit d’accueillir des dizaines de milliers de jeunes migrants pour occuper 27 000 places de formation inoccupées dans les entreprises. «Un quart des migrants a moins de 25 ans», dit le président du DIHK, Eric Schweizer. «Mais encore faut-il être sûr qu’ils ne seront pas expulsés.» La compétitivité menacée

Avec le vieillissement de la population, la pénurie risque de s’aggraver. «En 2030, il pourrait manquer six millions d’actifs sur le marché de l’emploi», s’alarme Ingo Kramer, le patron des patrons. «Si nous ne parvenons pas à stopper cette évolution dramatique, la compétitivité de l’Allemagne et notre confort risquent d’être menacés.»


La dénatalité, cauchemar européen

Il est très remonté, Eugenio Ambrosi. Dans le Wall Street Journal, le directeur européen de l’Organisation internationale des migrations a signé mardi une lettre ouverte dénonçant l’indécence de ce Vieux-Continent qui, septante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, veut barrer la route à ceux qui fuient la guerre. Mais il souligne aussi le paradoxe de cette Europe vieillissante qui refuse de prendre au sérieux son urgent besoin de migrants.

D’ici à 2050, il manquera quarante à soixante millions de travailleurs à travers toute l’Union. Même les pays scandinaves, qui ont pris le taureau par les cornes et adopté des politiques natalistes, ont besoin d’immigrés pour compenser le recul de la population. Andrés Allemand (24 heures)

Créé: 26.08.2015, 23h08

Dossiers

Branle-bas sur la route des Balkans

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La gare de l’Est de Budapest

Loin du fracas des engins de chantier qui tentent de dresser au plus vite une barrière de barbelés sur la route des migrants, les abords de la gare de l’Est de Budapest offrent un refuge sommaire. Des centaines de personnes y recouvrent leurs forces, après le passage de la frontière Schengen, entre la Hongrie et la Serbie, deux cents kilomètres au sud.

Avec les tentes, les matelas et les vêtements qui jonchent le sol, l’endroit a tout d’un camp de réfugiés. Mais des citoyens volontaires réussissent à faire de cette «zone de transit» un havre de répit où l’on se fait nourrir et soigner, où des enfants jouent au foot, au badminton et même avec un clown venu les divertir.

Mansour, 31 ans, son épouse et ses trois filles ont passé la frontière sans encombre le jour précédent, après deux petites heures de détention à la frontière, le temps pour la police de relever leurs empreintes. «J’avais une entreprise à Damas, mais tout est parti en flammes sous les bombes, comme tout le reste de ma rue», raconte-t-il, presque avec jovialité, en fumant des cigarettes.

Au détour de la conversation, il mentionne son frère, mort dans une prison du régime syrien, après huit mois de détention. Un autre homme illustre ces propos en exhibant les cicatrices laissées par deux balles reçues dans l’aine. «Et ça, tu vois, dit-il en montrant sa dent cassée, c’était dans une prison de Bachar.» Une bénévole d’une soixantaine d’années les interrompt: «Somebody needs a doctor? (quelqu’un a besoin d’un médecin?) La petite tousse, dit-elle en désignant une des filles de Mansour, il y a une ambulance avec un médecin juste-là, emmenez-la consulter.» Mais ses filles sont solides: «Elles ont marché 45 km sans s’arrêter en Grèce!» Avant ça, elles ont enduré la traversée en mer Egée depuis Izmir en Turquie vers une île grecque, sur un rafiot qui prenait l’eau.

La famille a tenté de monter dans le train pour Vienne, l’ultime étape avant l’Allemagne. Mais la police les en a empêchés, alors ils devront faire comme beaucoup d’autres: attendre quelques jours… que des passeurs se présentent.

Ahmad, un Syrien de 22 ans, a fait ses calculs: il a déjà dépensé plus de 2500 euros (environ 2700 francs) et peut payer encore 600 pour rallier Berlin, où se trouvent déjà des parents et où il compte entrer à l’Université pour devenir ingénieur.

Il a franchi les frontières de la «route des Balkans» sans encombre, sous le nez des polices locales, mais a passé sept jours en détention à la frontière hongroise. «J’ai essayé de leur échapper car je ne voulais pas donner mes empreintes avant l’Allemagne!» explique-t-il. Son compagnon de route a dû laisser sa famille derrière lui en Syrie. «Mes parents m’ont dit: c’est toi l’avenir de la famille, tu dois te sauver!»

Depuis le 1er janvier, la Hongrie a été le sas d’entrée de l’Union européenne pour plus de 140 000 exilés du Moyen-Orient, comme Mansour et Ahmad. Et les flux d’Afghans, de Syriens, de Pakistanais ou d’Irakiens continuent de grossir. Budapest a annoncé l’envoi de renforts policiers dans l’espace frontalier et pourrait aussi envoyer des militaires.

Pendant ce temps, les bénévoles continuent de s’affairer pour maintenir à flot leurs arches de Noé et faire face à de nouveaux afflux, mais Zsuzsanna, leur coordinatrice, voit avec inquiétude le système d’entraide «atteindre ses limites».

Corentin Léotard Budapest

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