Rome dédramatise le coronavirus

ÉpidémieLe gouvernement italien relativise l’épidémie de Codiv-19, mais le virus est désormais présent du nord au sud dans onze régions.

Milan, piazza del Duomo

Milan, piazza del Duomo Image: EPA/MATTEO BAZZI

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Marche arrière toute. Après une semaine de communication apocalyptique sur l’épidémie de coronavirus, le président du conseil, Giuseppe Conte, appelle ses concitoyens à «ne pas dramatiser». Alors que le gouvernement invite la population à «mener une vie normale», le ministre des Affaires étrangères a rencontré hier à Rome la presse étrangère pour expliquer «la réalité de la situation».

«La Péninsule est un pays sûr. Seuls 0,04% du territoire national, 0,1 des communes et 0,089 de la population sont exposés au virus. Il faut éviter les fausses nouvelles qui provoquent des dommages à notre économie et à notre communauté scientifique.» Des affirmations qui contrastent avec l’extension de l’épidémie qui s’étend désormais sur onze régions, de la Sicile au Haut-Adige.

La comptabilité de la contagion va donc être modifiée. Jusqu’à mercredi, les autorités assuraient qu’il y avait davantage de positifs au virus dans la Péninsule que dans les autres pays européens parce que l’Italie faisait plus de tests que ses voisins. Hier, elles ont décrété que le test n’était plus suffisant. Il devra désormais être confirmé par un examen du sang pour décréter une nouvelle contagion. Ainsi, le nombre de 650 contaminations pourrait être revu à la baisse dans les prochaines heures.

Symboliquement, l’Exécutif veut également effacer l’image des derniers jours d’une Milan déserte comme aux heures les plus noires de la Seconde Guerre mondiale. Hier au soir, les bars ont rouvert après 18 heures pour permettre le traditionnel «apéritif milanais». Les théâtres, les musées et les lieux de culte devraient également rouvrir dans la semaine, «parce que la culture, c’est la vie». Enfin, les chaînes de télévision ont été invitées à réduire les émissions spéciales consacrées au Codiv-19, qui alimentaient le climat de panique, et Giuseppe Conte, omniprésent sur les écrans jusqu’à mercredi matin, a presque disparu des radars.

Plusieurs raisons expliquent ce changement radical. Tout d’abord, mettre fin aux initiatives paranoïaques de certains administrateurs locaux. Des gouverneurs de régions ou des maires de villes totalement épargnées par le coronavirus avaient fermé les écoles et interdit l’accès de leur territoire à quiconque venait du nord. Il fallait un peu de bon sens pour mettre fin à cet alarmisme populiste et anarchique.

La politique ensuite. Président d'un Conseil fragile, Giuseppe Conte a utilisé la stratégie du péril national pour se transformer en commandant en chef de la guerre au virus et resserrer autour de lui l’unité du pays. Mais, alors que la gestion de la crise est de plus en plus contestée, au point que certains demandent un Exécutif d’union sans Giuseppe Conte, il est plus sage de prendre ses distances du virus et de modérer le climat de panique.

L’isolement enfin: l’image de la Péninsule a conduit de nombreux pays à fermer leurs frontières aux Italiens du nord, parfois à tous les transalpins, et à déconseiller à leurs citoyens de se rendre en Italie. Toutes les ambassades sont donc mobilisées pour transmettre la bonne parole: «L’Italie n’est pas Wuhan, nous attendons vos touristes.» Ce secteur, qui représente 5% du PIB, est d’ores et déjà sinistré. Une pluie d’annulations s’est abattue sur les hôtels, agences de location et voyagistes.

Et c’est toute l’économie du pays qui plonge avec le tourisme. De nombreuses grandes entreprises du nord conseillent à leurs cadres de recourir au télétravail, mais elles ne peuvent pas se passer de leurs ouvriers. Voyages d’affaires impossibles, exportations vers la Chine bloquées, échanges limités avec les pays voisins, production compromise, consommation interne et moral des ménages en berne: l’Italie qui était déjà en récession au troisième trimestre 2019 va droit vers un nouveau choc économique.

La nouvelle communication résiliente des autorités va-t-elle être entendue par le pays et par le monde?

Mardi soir, le gouverneur de la Lombardie, Attilio Fontana, est apparu à la télévision…un masque sur le visage. Une de ses proches collaboratrices venait d’être découverte positive au virus et il se mettait, comme il se doit, en quarantaine.

Un pied de nez du coronavirus au moment où le président du Conseil affirmait qu’il «ne faut pas dramatiser».

Créé: 27.02.2020, 21h22

Articles en relation

L'école vaudoise renonce aux voyages au Tessin et en Italie du Nord

Coronavirus Le Département de la formation informe aujourd'hui les parents d'élèves sur la situation du coronavirus. Les élèves et enseignants revenant d'une zone de quarantaine devront rester chez eux. Plus...

Italie: les habitants confinés se sentent abandonnés

Coronavirus Reportage dans l’un des villages de Lombardie placés en quarantaine, où tout vient à manquer. Plus...

Le coronavirus poursuit son expansion dans le monde

Épidémie Le virus a notamment fait sept morts en Italie, ce qui met la Suisse sous pression. Plus...

L’épidémie force l’Italie à décréter la quarantaine

Coronavirus Passant de trois à 150 cas de contagion en trois jours, l’épidémie s’est propagée dans tout le nord de la péninsule. Onze villes sont soumises à des mesures de confinement. Plus...

Quand la petite Chine toscane a peur de la grande Chine

Italie Entre coronavirus et crise économique, la plus dense Chinatown d’Europe tente de tenir le choc. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.