«Si Marine Le Pen est élue, le franc va s’apprécier»

FranceLes marchés et la BNS observent de près la manière dont se déroulent les élections en France.

Image: Keystone

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Comment les milieux financiers réagissent-ils à la possibilité de voir un, peut-être deux, candidat(s) des extrêmes figurer au second tour du scrutin? Le point avec Samy Chaar, chef économiste de la banque Lombard Odier à Genève.

Il y a deux mois, les financiers anglo-saxons intégraient une possible accession au pouvoir de Marine Le Pen. A présent, ils voient surgir Jean-Luc Mélanchon. Quelle est leur réaction ces derniers jours?

Les marchés restent en situation de «stand by» et continueront de le faire jusqu’au premier tour de l’élection. En réalité, sur la Bourse comme dans les emprunts d’État, les mouvements sont restés marginaux, même lorsque la possibilité d’une victoire de l’extrême droite a commencé à être sérieusement intégrée. Des protections ont certes été achetées – or, franc suisse, emprunts «Bund» allemands – mais dans des proportions comparables au risque pour l’instant attribué à une possible sortie de la France de l’euro: il reste faible. Quand on fait le travail d’analyse, on voit qu’il serait très difficile pour Marine Le Pen d’obtenir une représentation parlementaire suffisante qui, in fine, lui permettrait d’acter la rupture avec l’Europe. Il y a, à mes yeux, davantage un risque de crise institutionnelle interne en cas de victoire du Front national.

Le franc suisse n’est-il pas en situation d’alerte?

Si Marine Le Pen est élue, on sait que le franc suisse va s’apprécier initialement, ne serait-ce qu’en raison des flux de capitaux qui vont venir se réfugier en Suisse en attendant d’y voir plus clair sur sa politique – et le soutien dont elle disposera pour l’appliquer au niveau législatif. La Banque nationale suisse ne pourra donc rester inactive. Et sa seule marge de manœuvre sera d’imposer des taux encore plus négatifs.

A l’inverse si un candidat plus consensuel l’emporte en France, la monnaie suisse pourrait-elle perdre de son attrait?

Pas sûr. Il y a actuellement une forte asymétrie: vous pouvez gagner beaucoup en vous protégeant avec la hausse du franc – qui pourrait aller jusqu’à la parité avec l’euro, peut-être même que 0,90 franc suffiraient pour s’offrir un euro, si d’aventures la perspective d’une sortie de la France de la monnaie unique devenait plus réelle. En revanche, si un candidat moins extrême l’emporte, le taux de change restera à peu près où il se trouve actuellement. Après tout, son niveau était déjà à 1.08 franc pour un euro avant que les élections présidentielles ne focalisent l’attention.

François Fillon propose des coupes claires dans les dépenses publiques. Le «big bang» qu’il promet durant ses cent premiers jours est-il de nature à remettre l’économie française sur les rails?

A mes yeux, la France n’a pas besoin d’un programme d’austérité aujourd’hui. Cela reste une erreur de diagnostic. Il y a actuellement une instrumentalisation du débat sur la solvabilité de l’État français, afin de faire avancer des réformes qui restent avant tout politiques. La France a un problème de compétitivité et de croissance, pas de déficit public. Regardez les chiffres. Ce dernier reste proportionnellement inférieur à celui du Royaume-Uni et comparable à celui des États-Unis.

Quid d’Emmanuel Macron? N’est-il pas le Renzi de la France, l’homme des promesses déçues sur le front économique?

Je vois surtout que la France a avant tout besoin d’une politique de l’offre, destinée à améliorer sa compétitivité. Selon moi il y a une place pour réformer le pays en douceur. Pourquoi? Parce qu’une amélioration de la météo économique se dessine dans toute l’Europe et qu’elle bénéficiera aussi à la France. Et donc à tout élu qui se tiendra de proposer un programme totalement déstabilisant sur le front économique.

Mais n’était-ce pas le pari, jamais gagné, du candidat Hollande? Résultat, quatre années ont passé et ce pays se trouve dans une situation encore plus difficile…

Au risque de choquer, je ne crois pas que la situation soit si mauvaise en France. Non ce n’est pas un pays en faillite comme les prétendent les adeptes du «French bashing» – dont les plus virulents se trouvent dans l’Hexagone. Donnez-moi quinze indicateurs économiques de l’OCDE – taxation, taux d’occupation horaire, etc. – et vous verrez que la situation française est loin d’être la pire qui soit. En restant complètement agnostique en matière politique, en s’en tenant aux chiffres, on se rend compte que ce pays n’est pas entraîné dans un inexorable déclin. (24 heures)

Créé: 14.04.2017, 14h27

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