Un demi-million de Catalans dans les rues de Barcelone

EspagneEn marge des défilés pacifiques contre les peines infligées aux leaders indépendantistes, des groupuscules violents tentent d’occuper le pavé.

Une véritable marée a déferlé vendredi sur Barcelone.

Une véritable marée a déferlé vendredi sur Barcelone. Image: EPA

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«Liberté! À bas la répression!» Drapeau indépendantiste catalan sur le dos, peinture de jour de match de football sur les joues, Stefania avance parmi la foule qui se dirige vers le centre de Barcelone. Étudiante en psychologie, elle a rejoint les «marches de la liberté» qui sont parties depuis deux jours des grandes villes de Catalogne et ont convergé ce vendredi vers la capitale de la région pour se fondre en une manifestation de 525'000 personnes, selon le décompte de la police. «S’ils croient qu’en nous mettant en prison, ils vont en finir avec l’indépendantisme, ils se trompent. Regardez, la relève est là», lance en levant le poing Oscar, étudiant en comptabilité, en grève depuis le début de la semaine.


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La dureté du verdict du procès des douze dirigeants séparatistes catalans qui étaient en prison préventive depuis deux ans a jeté une foule indignée dans la rue. Jugés pour le référendum illégal et la tentative de sécession d’octobre 2017, ils ont été condamnés par la Cour suprême espagnole à des peines allant de 9 à 13 ans de prison, à l’exception de trois d’entre eux qui écopent de simples amendes.

«C’est une vengeance!»

«Treize ans de prison pour avoir mis des urnes! Ce n’est pas de la justice, c’est une vengeance. On n’a plus rien à faire avec l’Espagne, on ne peut plus rien attendre d’un pays qui nous maltraite depuis des années», s’emporte Andreu, ingénieur chimiste retraité, dans le flot des manifestants sur l’avenue Diagonal.

Autour de lui, la foule entonne «Els Segadors», l’hymne indépendantiste catalan. Une marée humaine parcourt les rues de Barcelone, où nombre de commerçants ont baissé leur rideau de fer, suivant la consigne des syndicats séparatistes qui avaient appelé à une journée de grève générale.

L’énorme vague d’émotion qui secoue la Catalogne depuis le début de la semaine déborde largement l’électorat sécessionniste habituel. Telle Elisenda, employée administrative dans un grand hôpital de Barcelone, qui s’est jointe au défilé. «Je ne veux pas l’indépendance, je veux une Espagne fédérale, diverse et plurielle, mais je crois qu’on ne convaincra personne par la répression, il faut dialoguer», revendique-t-elle en rappelant que plus de la moitié de population catalane est opposée à l’indépendance.

Depuis le début de la semaine, l’annonce du verdict a non seulement déclenché des mobilisations, mais aussi une série d’affrontements avec la police, dont la violence a surpris même les indépendantistes. Des convocations courent à travers les réseaux sociaux, de façon instantanée et anonyme, en marge des canaux habituels des organisations indépendantistes. Après la tentative d’occupation de l’aéroport, qui prétendait «faire de Barcelone un nouveau Hong Kong», et les blocus de routes ou de voies ferrés, les nuits de Barcelone se sont transformées en une ébullition de barricades et d’incendies de poubelles. Les groupuscules cagoulés qui cherchent des chocs violents avec les forces de l’ordre attirent dans leur sillage un groupe croissant de jeunes attirés par le style commando de ces activistes aguerris.

«Poussés à bout»

«Cela ne nous représente pas, affirme Alfredo, un décorateur d’intérieur venu manifester en famille. Nous sommes un mouvement civique et ces violences n’ont rien à voir avec nous. Ce sont des provocateurs qui viennent se greffer en fin de manifestation, c’est tout.» Mais Pau, ingénieur informaticien, est moins tranché: «Pendant des années, on a protesté pacifiquement. À quoi ça a servi? À rien! Je ne suis pas violent mais je peux comprendre qu’il y a des actions nécessaires parfois. Il faut comprendre que nous sommes poussés à bout», affirme-t-il. Et d’indiquer la foule autour de lui: «Regardez, ils sont jeunes, très jeunes, et la frustration peut les conduire à tout.»

Si la police catalane fait face avec fermeté, depuis des jours, aux groupuscules de casseurs, le président de la région, l’indépendantiste de droite Quim Torra, applaudit pour sa part l’élan de désobéissance civile, et se démarque du bout des lèvres des débordements violents, attribués à des «infiltrés» extérieurs au mouvement.

«Désobéissance civile? Non, c’est du vandalisme», soupire Martina, la gérante d’une sandwicherie du quartier de l’Eixample, en ramassant les débris de sa terrasse après une nuit d’affrontements. Elle se demande combien de nuits encore dureront les explosions de violence. Mais nul ne le sait, alors que les rumeurs annoncent que des groupes antisystème européens sont en train de mettre le cap sur Barcelone pour profiter de la «fête».

Créé: 18.10.2019, 21h11

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