Un premier ministre pour redresser la Russie d’ici à 2024

DémocratieLa Douma a validé jeudi la nomination de Mikhaïl Michoustine, désigné par Vladimir Poutine pour apaiser le mécontentement populaire.

Vladimir Poutine mise sur Mikhaïl Michoustine, 53 ans, qui a dirigé l’administration fiscale durant dix ans et y a mené d’importantes réformes.

Vladimir Poutine mise sur Mikhaïl Michoustine, 53 ans, qui a dirigé l’administration fiscale durant dix ans et y a mené d’importantes réformes. Image: sputnik/Aleksey Nikolskyi

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«Avec ce nouveau premier ministre, c’est un nouveau départ!» Sergueï Popov, 63 ans, simple Moscovite parmi tant d’autres, ne cache pas son enthousiasme après la nomination, jeudi, de Mikhaïl Michoustine à la tête du gouvernement russe. «Il va mettre en œuvre les promesses que Poutine a annoncées: des aides publiques qui boosteront nos revenus et un gouvernement qui relancera l’économie!»

Depuis le discours à la nation du chef du Kremlin mercredi, les politologues multiplient les analyses sur la réforme institutionnelle lancée par le président pour orchestrer l’après-2024 et la fin de son mandat. Mais la majorité des Russes retient avant tout la hausse des aides familiales et la gratuité des cantines annoncées pour répondre à la crise démographique et à la baisse du pouvoir d’achat. Avec un nouveau nom devant incarner ces «changements»: Mikhaïl Michoustine, le premier ministre choisi par le président, confirmé jeudi par la Douma, Chambre basse du parlement russe, avec une écrasante majorité (383 pour, 41 abstentions, zéro contre).

Un technocrate reconnu

Mikhaïl Michoustine, 53 ans, ingénieur de formation et père de trois enfants, est pourtant un haut fonctionnaire parfaitement inconnu du grand public. À la tête de l’administration fiscale depuis dix ans, il a modernisé la collecte des impôts et digitalisé une énorme machine réputée pour ses lourdeurs. L’efficacité de ses réformes a été citée en modèle par le «Financial Times» l’été dernier. La rigueur et la discrétion de ce technocrate sont saluées par l’élite politico-économique à Moscou.

Derrière sa neutralité idéologique, il y a toutefois une fidélité sans faille à Vladimir Poutine avec qui il joue au hockey sur glace. Et l’opposition n’a pas tardé à révéler des zones d’ombre sur les comptes de la famille Michoustine. Le site du leader du mouvement anti-Kremlin Alexeï Navalny s’est notamment interrogé sur la provenance des 790 millions de roubles (plus de 12 millions de francs suisses) gagnés en neuf ans par l’épouse du nouveau premier ministre.

Pour servir la stratégie

Ces interrogations ne sont toutefois pas reprises par les télévisions publiques, rouages, tout comme la Douma, au service du Kremlin. Car Mikhaïl Michoustine est désormais au cœur de la stratégie de Vladimir Poutine pour répondre à la défiance qui ébranlait l’autorité de son gouvernement. Dans une économie menacée par la stagnation, le pouvoir d’achat n’a cessé de baisser depuis cinq ans. Les grands «projets nationaux», ambitieux programme de quelque 400 milliards de dollars investis d’ici à 2024 dans douze secteurs, des transports à la santé, peinent à se concrétiser. Aux yeux de la population, un responsable de ces échecs: le gouvernement de Dmitri Medvedev, le proche du chef du Kremlin gardé comme premier ministre depuis 2012 et finalement sacrifié mercredi.

«Remercier le gouvernement Medvedev, c’est répondre à la défiance grandissante des Russes, surtout en vue des prochaines législatives», analyse le politologue Sergueï Efremov. «Avant 2024 et les jeux de pouvoir pour la succession, il y a cette élection de 2021», rappelle pareillement un influent homme d’affaires. «Le mécontentement est dangereux pour le pouvoir. Poutine a dû entendre les Russes qui veulent une vraie politique de relance.» Lors de sa première allocution officielle, le nouveau premier ministre a d’ailleurs d’ores et déjà promis de «réels changements pour le meilleur».

Des réformes pour séduire

Parallèlement, Vladimir Poutine a lancé un autre «changement», des réformes constitutionnelles. Elles devraient donner plus de pouvoir au parlement et au premier ministre en réduisant les prérogatives du président. «Cela pourrait être la base du nouveau contrat social que recherche Poutine depuis que ses précédentes promesses se sont épuisées: hausse des revenus, retour de la Crimée et patriotisme», imagine Sergueï Efremov. «En échange de ce nouveau rapport législatif–exécutif qui donnera plus de pouvoirs, au moins en apparence, aux députés, le Kremlin peut espérer une nouvelle vague de soutien.»

En donnant un coup d’accélérateur à la construction politique qui doit assurer l’après-2024, Vladimir Poutine semble bâtir un nouveau système avec au moins trois têtes: le président, le premier ministre aux pouvoirs élargis, mais aussi… le chef du Conseil d’État lui aussi renforcé. «Cette structure lui permettra de s’ouvrir de nouvelles options si, plus tard, il décide de rester au pouvoir», confie un dirigeant régional bien en cours au Kremlin. «Ce qui est important pour lui, c’est moins sa personne que le système devant perdurer pour assurer la souveraineté du pays.» Au-delà de 2024, lorsque Vladimir Poutine célébrera déjà un quart de siècle au pouvoir.

Créé: 16.01.2020, 21h14

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