Une solution en vue pour le Brexit

Royaume-UniFace à l’urgence, Londres et Bruxelles semblent s’être mis sur la même longueur d’onde. Un accord d’ici à jeudi paraît envisageable.

«Même les eurosceptiques les plus acharnés peuvent avoir confiance en Boris Johnson», affirme Jacob Rees-Mogg.
Images: AFP

«Même les eurosceptiques les plus acharnés peuvent avoir confiance en Boris Johnson», affirme Jacob Rees-Mogg. Images: AFP

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Pour la première fois depuis près d’un an, la possibilité de voir le Brexit se concrétiser de manière imminente est réelle. Même si leurs négociations peuvent encore capoter d’ici au Conseil européen de jeudi et vendredi, le Royaume-Uni et la Commission européenne (qui représente les 27 autres États membres) semblent pouvoir trouver un accord susceptible d’être adopté par le parlement britannique.

Tout est parti d’une discussion téléphonique houleuse entre la chancelière allemande, Angela Merkel, et le premier ministre britannique, Boris Johnson. Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir en juillet, l’ancien meneur des Brexiters s’est vu dire très clairement qu’un accord était «hautement improbable». La dirigeante allemande a en effet jugé inacceptables ses dernières propositions pour remplacer le filet de sécurité irlandais (backstop).

Boris Johnson s’est alors retrouvé face à deux options. Il pouvait consacrer toute son énergie à un Brexit sans accord avec les Vingt-Sept («no deal»). Même s’il avait déclaré vouloir «un Brexit coûte que coûte le 31 octobre», cette issue est difficilement envisageable depuis l’adoption par les députés d’une loi qui oblige le premier ministre à demander un report de la date du Brexit si aucun accord n’est entériné d’ici au 19 octobre.

Éviter le «no deal»

Surtout, Boris Johnson ne veut fondamentalement pas d’un «no deal». La presse britannique justifie son renoncement par de récentes informations confidentielles sur la présence «de plusieurs centaines de dissidents républicains qui prendraient pour cibles toutes les infrastructures douanières». Plus vraisemblable que ce prétexte qui prend comme boucs émissaires les terroristes de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), Boris Johnson sait qu’un «no deal» provoquerait une véritable perturbation des échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et les Vingt-Sept, en particulier pour les médicaments et les produits agricoles. Si une seule personne devait mourir à cause d’un médicament non livré, il en serait jugé comme principal responsable.

Rencontre en Irlande

Jeudi dernier, le locataire du 10 Downing Street a donc choisi de tout tenter pour obtenir un accord. Il s’est rendu en urgence en Irlande pour y rencontrer son homologue Leo Varadkar. Les deux dirigeants ont discuté seul à seul pendant plus d’une heure et demie, avant de diffuser un communiqué commun indiquant qu’ils percevaient «un chemin vers un accord». Jusqu’alors inflexibles, les deux responsables ont visiblement accepté des compromis de dernière partie pour éviter le chaos du «no deal».

Vendredi, le ministre du Brexit, Stephen Barclay, et le négociateur en chef européen, Michel Barnier, se sont rencontrés pendant deux heures. Les tractations se sont poursuivies samedi et dimanche, avant que le cabinet restreint britannique, qui rassemble les principaux ministres, ne soit informé de leur contenu en fin de week-end. Le court communiqué publié dimanche en fin de journée par la Commission européenne indique que «beaucoup de travail reste à faire» malgré «des discussions techniques constructives».

Le relatif silence autour des mesures discutées laisse à penser que les deux parties veulent mettre toutes les chances de leur côté pour trouver in extremis un accord qui satisfasse tout le monde. Et en particulier les unionistes nord-irlandais du DUP, dont le refus avait fait capoter les plans de l’ancienne première ministre Theresa May. Les éléments négociés ne sont pas encore officialisés, mais selon plusieurs médias, ils se rapprocheraient d’un des projets dessinés par Theresa May. Pour le leader de la Chambre des communes, Jacob Rees-Mogg, peu importe: l’important réside dans le fait que Boris Johnson est «quelqu’un en qui même les eurosceptiques les plus acharnés, même un adhérent du Brexit Party, peuvent avoir confiance». Cet argument n’est guère convaincant. Le DUP, en difficulté dans les sondages en raison de sa ligne dure sur le Brexit, pourrait néanmoins s’en contenter.

Créé: 13.10.2019, 21h05

Le calendrier de la semaine

Lundi 14 octobre




La reine Élisabeth II présente le programme politique de son gouvernement. Le discours de la reine révèle son rôle d’apparat: la souveraine doit en effet prononcer mot pour mot le texte rédigé par le premier ministre. Dès l’après-midi de lundi et jusqu’à vendredi, les députés discuteront de ces mesures et du Brexit. La situation est loufoque, puisque ce gouvernement pourrait être renversé dès samedi!


Jeudi 17 octobre




Les dirigeants des 28 États membres de l’Union européenne (UE) se retrouvent à Bruxelles pour un Conseil européen. Outre le programme de la future Commission européenne et du budget de l’UE, le Brexit est à l’ordre du jour. Les Vingt-Huit veulent trouver un accord pour faciliter la sortie du Royaume-Uni de l’UE le 31 octobre et s’éviter une dernière semaine indécise, et potentiellement un «no deal».


Samedi 19 octobre




Fait rarissime, la Chambre des communes siège un samedi. Si Boris Johnson revient de Bruxelles avec un accord, il le soumettra au vote des députés pour concrétiser le Brexit le 31 octobre. S’il revient de Bruxelles les mains vides ou que son accord n’est pas adopté, une loi passée par les anti-«no deal» l’oblige à demander un report du Brexit. S’il s’y refuse, l’opposition tentera de le renverser.

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