Zelenski au coeur du scandale Trump-Biden

Destitution TrumpLe président novice ukrainien aurait été «happé» dans les manœuvres de Washington, un allié dont Kiev a besoin face à Moscou.

Le président Volodymyr Zelensky garde toute la confiance des Ukrainiens.

Le président Volodymyr Zelensky garde toute la confiance des Ukrainiens. Image: SERGEY DOLZHENKO

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«Nous nous sommes parlé plusieurs fois, et c’est toujours amical. Chaque mot de nos conversations est connu.» Ce 25 septembre, Donald Trump et Volodymyr Zelensky ont beau jeu de plaisanter sur la transparence de leurs échanges. Face à la presse lors de leur première rencontre officielle en marge de l’assemblée générale de l’ONU à New York, les deux se trouvent pourtant dans l’œil du cyclone. La veille, les démocrates ont engagé une procédure de destitution à l’encontre du locataire de la Maison-Blanche. Le jour même, les notes tirées d’une conversation téléphonique entre les deux chefs d’État prouvent que Donald Trump a demandé à Volodymyr Zelensky de «s’occuper» du cas du fils de Joe Biden.

Le président ukrainien, comédien de carrière, assure très poliment ne pas se sentir dérangé par la controverse, et ne pas s’immiscer dans le processus électoral américain. D’une certaine manière, ce novice de la politique est simplement dépassé par une affaire entamée en 2016. La publication de comptes secrets liés à l’ancien régime autoritaire ukrainien avait fait tomber le directeur de la campagne Trump d’alors, Paul Manafort. La Maison-Blanche a depuis nourri un ressentiment féroce, tant à l’encontre de plusieurs personnalités ukrainiennes que du service diplomatique mis en place par Barack Obama et Joe Biden.

L’avocat Rudolph Giuliani en particulier s’est efforcé à plusieurs reprises de lancer une affaire en Ukraine contre Hunter, le fils de Joe Biden. Le lanceur d’alerte Serhiy Leshchenko comme l’ambassadrice des États-Unis Marie Yovanovitch ont été des victimes directes de ses manigances.

«Happés de force»

L’arrivée au pouvoir de Volodymyr Zelensky a donc été une simple tentative de plus pour le tandem Trump-Giuliani d’arriver à leurs fins. «Les notes de la conversation téléphonique du 25 juillet montrent bien que c’est Trump qui formule sa demande à Zelensky, insiste le politologue Alexander Motyl. Zelensky et son pays avec lui ont juste été happés de force dans la vicieuse politique de Washington.»

Rien n’indique que les nouvelles autorités à Kiev aient voulu accéder à la faveur de Donald Trump. Aucune enquête sur Hunter Biden n’est ouverte, et Volodymyr Zelensky assure que «personne ne peut faire pression sur moi, hormis mon fils de 6 ans». Quelles qu’aient pu être ses intentions, il a été servi par le calendrier: il n’a obtenu le contrôle du parlement et fait élire son procureur général que le 29 août. Cela n’a laissé qu’une fenêtre de tir très étroite avant que le lanceur d’alerte dépose sa plainte à Washington.

Reste que l’ironie est cruelle: Volodymyr Zelensky a été élu en avril sur une vague de dégagisme inédit, pour lutter contre la corruption et renforcer l’État de droit. «Et ce ne sont pas les oligarques ou des députés corrompus ukrainiens qui lui demandent d’instrumentaliser la justice, mais le leader du monde libre», déplore l’éditorialiste Anne Applebaum.

Popularité intacte

En Ukraine, cette ironie n’est pas ressentie comme telle. Le scandale est à peine mentionné dans les journaux télévisés, et la cote de popularité de Volodymyr Zelensky frise les 80% de soutien. Sur les réseaux sociaux, les commentaires sont en fait amusés. «L’influence qu’a prise l’Ukraine dans la politique américaine doit faire pâlir Poutine de jalousie!» écrit ainsi le politologue Dmytro Potekhin sur Facebook. L’affaire est perçue comme une énième bacchanale dans la politique intérieure américaine. Mais les conséquences géopolitiques sur le soutien américain à l’Ukraine, en guerre depuis 2014 et très affaiblie par une grave crise économique, suscitent de nombreuses inquiétudes.

La suspension d’une partie de l’aide militaire par Donald Trump, comme un levier de pression pour obtenir des actions de Volodymyr Zelensky contre Hunter Biden, donne une idée de potentielles représailles. Lors de la rencontre du 25 septembre, Donald Trump a exhorté son homologue ukrainien à «régler vos problèmes avec Poutine». Une façon de se distancier du processus de paix, alors que le ministre des Affaires étrangères Vadim Prystayko a craint, dans un récent entretien, que la France et l’Allemagne ne poussent l’Ukraine à signer un «mauvais traité de paix» avec la Russie. Beaucoup préféreraient, à Kiev, que Washington vienne peser dans la balance contre Vladimir Poutine. Ce que Donald Trump ne consentirait visiblement pas à faire sans l’ouverture d’une enquête contre Hunter Biden.

Créé: 26.09.2019, 22h08

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